Assistants parlementaires et fonds européens : le RN sous double pression judiciaire à l’approche du rendez-vous de 2027
Entre perquisitions du parquet européen et nouvelle information judiciaire, le RN cumule les signaux d’alerte. Le dossier des assistants parlementaires revient aussi au premier plan, avec un verdict attendu le 7 juillet.

Quand un parti est soupçonné d’avoir utilisé l’argent européen, qui paie la note ?
Pour le Rassemblement national, le problème n’est plus seulement judiciaire. Il devient politique, financier et électoral. En quelques jours, le parti se retrouve exposé à deux dossiers distincts : une enquête du parquet européen sur l’usage de fonds liés à un ancien groupe politique du Parlement européen, et une nouvelle procédure visant Jordan Bardella dans l’affaire des assistants parlementaires.
Le calendrier ajoute de la pression. La cour d’appel de Paris doit rendre sa décision le 7 juillet dans le dossier des assistants parlementaires de Marine Le Pen. Cette affaire pèse déjà sur la préparation de la présidentielle de 2027, car une peine d’inéligibilité pourrait barrer la route à la cheffe de file du RN.
Le parquet européen cible l’usage de fonds du groupe Identité et démocratie
Le premier dossier concerne des perquisitions menées en France et dans d’autres pays européens dans le cadre d’une enquête du parquet européen. L’institution a confirmé qu’elle mène des mesures d’enquête sur l’usage de fonds européens par un ancien groupe politique du Parlement européen entre 2019 et 2024. Le groupe visé est Identité et démocratie, auquel appartenait le RN pendant la législature précédente.
Le parquet européen, ou EPPO, est l’organe indépendant de l’Union chargé d’enquêter et de poursuivre les infractions qui portent atteinte au budget européen, comme la fraude ou la corruption. Il peut travailler avec les autorités nationales et ses actes sont contrôlés par les juridictions nationales.
Ce dossier ne vise pas seulement un parti français. Il concerne aussi un ancien groupe transnational du Parlement européen, qui rassemblait plusieurs formations d’extrême droite. Au début de la législature 2019-2024, Identité et démocratie comptait 49 députés et représentait 6,95 % des sièges. Le Parlement européen finance les groupes politiques pour leur fonctionnement, avec des moyens en personnel, bureaux et activités parlementaires.
Les montants en cause donnent la mesure du dossier. Des révélations de presse ont évoqué 4,33 millions d’euros de dépenses jugées indûment engagées, dont 700 000 euros en dons à des associations sans lien direct avec l’activité politique, ainsi que plus de 3,6 millions d’euros passés par des contrats sans appels d’offres avec des sociétés proches des partis concernés.
L’affaire des assistants parlementaires reste le dossier le plus lourd
Le second front est plus ancien et plus explosif. Il s’agit de l’affaire des assistants parlementaires européens. Dans ce dossier, la justice a déjà condamné Marine Le Pen en première instance pour détournement de fonds publics, en retenant l’hypothèse d’assistants payés par le Parlement européen mais travaillant en réalité pour le parti. Elle a fait appel, et la décision est attendue le 7 juillet 2026.
Jordan Bardella est lui aussi rattrapé par cette affaire, mais sur un autre épisode. Il a été assistant parlementaire de Jean-François Jalkh pendant quelques mois, il y a une douzaine d’années. À l’époque, la justice avait renoncé à le poursuivre faute d’indices jugés suffisants. Désormais, une nouvelle plainte d’Anticor a conduit à l’ouverture d’une information judiciaire. Une information judiciaire, c’est une enquête confiée à un juge d’instruction, souvent sur des dossiers complexes ou sensibles.
Anticor affirme disposer d’éléments nouveaux. L’association a déposé une plainte avec constitution de partie civile pour obtenir la désignation d’un juge. Elle vise plusieurs personnes pour faux et usage de faux, escroquerie en bande organisée, escroquerie au jugement, détournement de fonds et recel. Les faits allégués portent notamment sur la fabrication a posteriori de documents censés prouver un travail parlementaire, ainsi que sur l’achat d’un agenda présenté comme contemporain mais acquis plus tard selon des éléments évoqués par la presse.
Ce que ces affaires changent concrètement pour le RN
Sur le plan politique, le danger est évident. Si Marine Le Pen est définitivement empêchée, Jordan Bardella devient le recours naturel du parti pour 2027. Mais le président du RN n’est plus seulement l’héritier potentiel. Il entre lui aussi dans une zone de fragilité judiciaire. Pour un parti qui construit depuis des années son image de force prête à gouverner, l’effet est direct : la communication se complique, et la promesse de normalisation perd de sa force.
Le paradoxe est brutal. Le RN peut encore contester les soupçons et rappeler qu’une procédure n’est pas une condamnation. De son côté, le parti a déjà dénoncé à plusieurs reprises une instrumentalisation politique, en soutenant que les prestations de média training mises en cause avaient été validées par les services du Parlement européen. Cette ligne de défense vise à déplacer le débat : non plus sur la moralité du parti, mais sur la régularité administrative des dépenses.
En face, les associations anticorruption jouent un autre rôle. Elles ne représentent pas un camp partisan, mais une contre-pression civique. Leur stratégie est simple : pousser le parquet à ouvrir des procédures, puis demander un juge quand l’enquête tarde ou se heurte à des obstacles. C’est ce qui fait de ces dossiers des affaires lourdes pour les partis concernés. Elles ne se résument pas à des polémiques médiatiques. Elles peuvent durer des années, coûter cher en défense et peser sur les investitures, les campagnes et la crédibilité publique.
Pourquoi les prochaines semaines comptent
Le prochain rendez-vous clé est fixé au 7 juillet 2026, avec la décision de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires. Ce jugement dira si la condamnation de Marine Le Pen est confirmée, atténuée ou annulée. En pratique, il pèsera sur tout le dispositif électoral du RN.
En parallèle, l’enquête du parquet européen n’en est qu’à ses débuts. Les perquisitions ouvrent une phase plus intrusive, mais elles ne disent pas encore où ira le dossier. Pour le RN, le risque n’est donc pas un seul choc judiciaire. C’est une succession de coups portés au même endroit : la gestion de l’argent public, européen dans un cas, parlementaire dans l’autre. Et c’est précisément là que se joue la suite.



