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ANALYSES & OPINIONS

I’A qu’à… !

L’IA ne remplacera pas l’homme, mais elle remplacera ceux qui refusent de se former. Et c’est plutôt une bonne nouvelle : la culture, la connaissance et l’esprit critique sont des qualités qu’il faudra développer pour ne pas être dépassé.

Lors d’une conversation privée, un spécialiste de l’IA chez un leader mondial glissait à quelques convives : « On ne mesure pas ce qui se passe aux États-Unis et notamment l’impact des agents autonomes qui vont arriver massivement chez nous ! Parmi tous les GAFAM, la tension est à son comble pour savoir qui va remporter la bataille de l’intelligence artificielle. »

En gros, le pire est à venir et on se demande bien à quelle sauce nous allons être mangés si le monde de demain se fait sans nous ou plutôt sans intelligence humaine. Si l’on écoute Luc Ferry ou Laurent Alexandre, on a comme l’impression d’être déjà totalement dépassés, car la tech nous submerge en étant plus rapide, plus précise, plus efficace et moins sujette aux hésitations humaines. On parle déjà de « Job Apocalypse » outre-Atlantique. La dernière édition de VivaTech a clairement montré une automatisation qui s’accélère avec les agents, les robots humanoïdes ou encore l’analyse de données. Les robots ont notamment été très visibles, avec l’idée qu’on a dépassé le gadget de démonstration.

Relation humaine

La tech, c’est désormais certain, va remplacer des tâches élémentaires. Mais, à ce jour, elle ne remplace pas encore totalement les métiers dans leur complexité : relation humaine, jugement, responsabilité, créativité réelle, arbitrage politique, commercial, management, intuition, négociation.

Alors, voyons les choses positivement et rappelons qu’au début, l’ambition était d’aider l’humain en augmentant ses capacités. Si l’IA impacte pour le moment les débutants inexpérimentés, c’est parce que les opérations basiques de préparation de dossier ou de synthèse sont automatisées. Idem dans la tech, où certaines tâches d’analyse, de programmation ou de codage deviennent progressivement l’apanage de la machine.

La vision positive d’un futur désirable vient de France avec Yann LeCun, ancien responsable scientifique de l’IA chez Meta, parti lancer sa propre start-up après avoir défendu une autre voie que celle des seuls grands modèles de langage. Selon lui, l’IA n’est pas une fatalité de remplacement, mais un chantier scientifique encore ouvert. Là où certains annoncent la fin de l’homme au travail, lui rappelle que l’intelligence artificielle ne comprend pas encore vraiment le monde. L’enjeu n’est donc pas de se résigner à être dépassés, mais de construire des machines capables d’augmenter nos capacités, de nous assister dans les tâches complexes et de résoudre des problèmes que nous ne savons pas traiter seuls. Ce n’est pas l’homme remplacé : c’est l’homme mieux équipé.

Nouveau monde

Une chose est sûre toutefois : les citoyens dont nous parlons devront être formés et disposer d’une solide culture générale. Les études, la connaissance, l’apprentissage doivent être des piliers de nos projets de société. Il est d’ailleurs assez fou de voir les budgets se réduire alors qu’il faudrait accélérer. Les nouveaux outils d’intelligence devraient nous pousser à mieux nous former afin que chaque citoyen dispose d’un esprit critique à la hauteur de la machine, qui donne des réponses, tandis que l’humain définit les objectifs et assume les conséquences.

Les oracles qui promettent un nouveau monde où l’humain serait pratiquement secondaire doivent être pris avec beaucoup de distance, car nos organisations vont vite se rendre compte que l’avantage concurrentiel repose sur des éléments que les systèmes ne maîtrisent pas. L’IA n’a pas de volonté propre ou de conscience. Globalement, elle ne veut rien puisque son fonctionnement se base sur des calculs et des données définis par des humains.

Captation de la valeur

Une chose est en revanche certaine : la formation tout au long de la vie fait sens. Impossible de rester à regarder les trains qui passent. Il est fondamental de se former intensivement tout au long de son parcours professionnel pour piloter l’IA, sous peine d’être totalement décroché.

Dans une France vieillissante, mieux vaut avoir des citoyens formés pour rester compétitif et peut-être plus efficace grâce à la machine et au traitement rapide des données.

Condition ultime : gagner la bataille de l’IA face aux leaders mondiaux grâce à des champions hexagonaux comme Yann LeCun ou Arthur Mensch. Il en va de la survie de notre modèle. Car, qu’on se le dise, les acteurs actuels proposent un service certes utile, mais leur modèle économique repose aussi sur la captation de la valeur, des données et des infrastructures. L’audition du fondateur de Mistral à l’Assemblée nationale a tout de même révélé un décalage : lui parlait en industriel d’une guerre technologique mondiale, tandis qu’une partie des questions semblait encore posée comme si l’IA était un simple sujet d’innovation ou de régulation. Ce décalage montre combien l’échelle du choc technologique reste encore difficile à appréhender dans le débat public.

Plusieurs centaines de milliards sont déjà transférés de l’Europe vers les États-Unis au profit des grands acteurs du numérique. Il serait donc temps de reprendre le pouvoir sur la production de tokens, nouvelle matière première de l’IA.

Gilbert Azoulay

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