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ÉLECTIONS

Primaire ouverte à droite : pourquoi Lisnard veut imposer une méthode pour éviter l’éparpillement en 2027

À Saint-Raphaël, David Lisnard a lancé sa bataille présidentielle devant près de 2 000 soutiens. Il défend une ligne de rupture, mais son pari repose surtout sur la capacité à unir une droite encore fragmentée.

Scène de campagne politique sur une place côtière française, avec passants anonymes et ambiance de meeting local.

Une campagne de plus, ou un vrai point de départ ?

Pour un électeur de droite, la question est simple : qui peut encore rassembler un camp éclaté, sans perdre le reste du pays en route ? C’est exactement le pari de David Lisnard, maire de Cannes et président de Nouvelle Énergie, qui veut se poser en candidat du redressement national.

Le décor compte. À droite, la présidentielle de 2027 s’annonce déjà comme une bataille de positions, entre les tenants d’une ligne plus institutionnelle, les partisans d’une primaire large et ceux qui misent sur une dynamique de sondages. Dans ce paysage, David Lisnard pousse une lecture très nette : sans méthode claire, la droite se condamne à l’impuissance. C’est aussi pour cela qu’il a rompu avec Les Républicains au printemps, après le refus du parti d’opter pour une primaire ouverte à toute la droite.

Le rendez-vous de Saint-Raphaël avait tout du lancement politique assumé. Près de 2 000 soutiens, un décor de bord de mer, des couleurs tricolores partout et une scénographie soigneusement réglée. Le message, lui, était limpide : David Lisnard veut incarner l’urgence, l’autorité et la rupture. Son entourage présente ce type de meeting comme un moment de mobilisation, pas comme une simple réunion militante.

Ce que dit le candidat

Le cœur du discours est connu. David Lisnard défend une France plus libérale dans son économie, plus décentralisée dans son organisation et plus ferme sur le régalien, c’est-à-dire la sécurité, la justice et l’autorité de l’État. Sur le site de Nouvelle Énergie, le projet est présenté comme une “refondation nationale” autour de neuf grands axes, avec une promesse de réduction des dépenses publiques, de choc de dérégulation et de transfert de compétences vers les collectivités locales. Le programme de Nouvelle Énergie insiste aussi sur la liberté, l’ordre et la dignité comme ligne directrice.

Cette ligne n’est pas sortie de nulle part. David Lisnard construit depuis plusieurs années une image d’élu local gestionnaire. Son équipe rappelle qu’à Cannes, il a réduit dette, dépenses et impôts, tout en mettant en avant la qualité du service public local. Il capitalise aussi sur son profil d’ancien commerçant, en opposition frontale avec les profils perçus comme technocratiques. Cette différence nourrit sa campagne autant que ses prises de parole.

Le meeting de Saint-Raphaël n’était donc pas seulement une démonstration de force. C’était une mise en récit. David Lisnard y vend l’idée qu’un maire, habitué aux arbitrages concrets, serait mieux placé qu’un appareil partisan pour remettre la France “au travail”. Pour ses soutiens, ce positionnement parle aux classes moyennes, aux élus locaux, aux indépendants et à une partie de l’électorat de droite fatigué des querelles internes.

Ce que cela change, concrètement

Sur le papier, son projet peut séduire les électeurs qui veulent moins d’impôts, moins de normes et plus d’autorité. En pratique, il soulève une question très concrète : comment financer l’État si l’on coupe encore dans la dépense publique ? Cette tension est au cœur du débat. Les partisans de Lisnard y voient la condition d’un choc d’efficacité. Ses adversaires y lisent un risque de fragilisation des services publics, surtout pour les territoires les plus dépendants de l’action de l’État.

La décentralisation, autre pilier de son discours, a aussi des effets différents selon les acteurs. Pour les grandes villes et les collectivités bien dotées, elle peut signifier plus de marge de manœuvre. Pour les petites communes, déjà sous contrainte budgétaire, elle peut au contraire déplacer la pression vers des élus locaux moins armés. Bref, le même mot d’ordre ne produit pas les mêmes effets partout.

Le terrain institutionnel, lui, est encore plus sensible. Dans un discours de Bayeux en juin, David Lisnard a avancé plusieurs propositions sur les institutions, dont un débat sur le référendum et la critique d’une Ve République qu’il juge trop bloquée. Ses propositions institutionnelles visent à donner plus d’initiative à l’exécutif et au peuple, mais elles inquiètent aussi ceux qui craignent un contournement des garde-fous constitutionnels.

Une droite fracturée, une stratégie contestée

Le vrai nœud politique est là. David Lisnard plaide pour une primaire ouverte à toute la droite, y compris des figures venues de bords très différents. Il estime que seule une telle méthode pourrait éviter l’éparpillement. À l’inverse, Bruno Retailleau et plusieurs cadres de droite préfèrent une logique plus resserrée, centrée sur l’ossature traditionnelle des Républicains. Le désaccord n’est pas seulement tactique. Il porte sur la définition même de ce qu’est la droite en 2027.

Cette fracture se lit aussi dans les réactions récentes. Au moment de quitter Les Républicains, David Lisnard a dénoncé un “vote truqué” et un choix “biaisé” sur la désignation du candidat. De son côté, Bruno Retailleau a fait savoir qu’il ne comprenait pas ce départ et qu’il assumait une autre méthode de rassemblement. La rupture avec LR a donc transformé un débat interne en affrontement politique ouvert.

Les sondages donnent aussi un arrière-plan utile. Dans le baromètre politique Ipsos bva-CESI de juin 2026, David Lisnard figure parmi les personnalités testées pour une future présidence, mais sans niveau de satisfaction comparable aux figures les mieux installées. Cela ne ferme pas sa route. En revanche, cela rappelle qu’une campagne de conviction ne remplace pas encore une dynamique nationale. Le baromètre de juin 2026 montre surtout un marché politique encore ouvert, mais très dispersé.

Autre point de tension : Nouvelle Énergie avance un discours de rupture, mais son espace électoral reste étroit. Il doit convaincre au-delà des militants, sans se dissoudre dans la concurrence des autres candidats de droite, du centre et de la droite radicale. C’est le dilemme classique des outsiders : exister assez pour peser, sans paraître hors-jeu aux yeux des électeurs qui cherchent déjà le futur finaliste.

Ce qu’il faudra surveiller

Les prochaines semaines diront si Saint-Raphaël était un vrai départ ou une séquence de plus. Le point décisif sera la capacité de David Lisnard à transformer l’enthousiasme militant en soutiens politiques visibles, puis en présence médiatique régulière. Dans la droite française, ce sont souvent les alliances, les primaires et les sondages qui tranchent bien avant le vote.

Il faudra aussi suivre la réponse des Républicains et des autres prétendants. Si la droite continue de se fragmenter, Lisnard pourra revendiquer son rôle de lanceur d’alerte. Si, au contraire, un autre nom s’impose durablement, sa stratégie de rupture devra prouver qu’elle peut encore survivre sans machine partisane derrière elle.

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