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ACTUALITé NATIONALE

Quand la confiance religieuse masque l’emprise, l’État et les responsables de culte resserrent la prévention

La Miviludes et la Conférence des religieux et religieuses de France ont signé une convention pour mieux repérer les dérives sectaires. L’accord vise les situations à risque, la prévention et la sensibilisation des responsables religieux.

Guichet d’accueil administratif français avec dossier, main et usagers anonymes dans une lumière claire.

Quand une communauté religieuse doute, vers qui se tourne-t-elle ?

Dans un cadre religieux, la confiance est une force. Mais elle peut aussi devenir un piège. Quand une parole d’autorité écrase le discernement, quand l’obéissance devient une injonction absolue, la frontière avec l’emprise se brouille vite.

C’est précisément sur ce terrain que la Conférence des religieux et religieuses de France et la Miviludes ont choisi d’avancer ensemble, avec une convention signée le vendredi 3 juillet. L’objectif est simple : repérer plus tôt les situations à risque, mieux prévenir et rappeler que la dignité des personnes ne s’efface jamais derrière un cadre spirituel.

Ce que prévoit la convention

Le texte repose sur quatre axes. D’abord, des échanges d’informations sur les situations à risque. Ensuite, une analyse commune des facteurs qui favorisent les dérives sectaires. Troisièmement, des messages de prévention. Enfin, une sensibilisation des responsables des instituts religieux.

La Miviludes décrit cette logique comme une démarche de protection et d’aller-vers. Elle rappelle que l’information circule parfois difficilement dans les communautés fermées. Son rôle, dans ce type de partenariat, est donc d’ouvrir une porte avant que les alertes ne se transforment en drames.

Le calendrier n’est pas isolé. En novembre 2025, la Miviludes avait déjà signé une convention similaire avec la Fédération protestante de France. D’autres textes doivent suivre à l’automne avec l’Église catholique et les bouddhistes, selon la mission interministérielle. La stratégie est claire : construire un filet de prévention au plus près des terrains où naissent les abus.

Pourquoi le sujet touche aussi le monde religieux

En France, la Miviludes insiste sur un point central : on ne parle pas de dérive sectaire au sens large dès qu’il est question de religion. Elle parle de dévoiement, c’est-à-dire d’un détournement de la liberté de pensée, de conscience ou de religion qui porte atteinte aux droits fondamentaux ou à l’ordre public. Autrement dit, ce n’est pas la croyance qui est visée, mais l’abus.

Cette nuance est essentielle. Elle protège les croyants ordinaires, mais elle oblige aussi les institutions religieuses à regarder leurs propres angles morts. Dans les communautés, des notions comme le renoncement, l’humilité ou l’obéissance peuvent être spirituellement légitimes. Elles deviennent dangereuses lorsqu’elles servent à isoler, contrôler ou faire taire. C’est là que l’autorité bascule en emprise.

Le contexte général explique aussi l’urgence. Selon la Miviludes, les signalements et demandes d’informations sont passés de 2 160 en 2015 à 4 571 en 2024. Le phénomène s’est donc installé dans la durée. Il ne relève plus d’un bruit de fond marginal. Il s’inscrit dans un système d’alerte de plus en plus sollicité.

Ce que disent les chiffres

Entre 2022 et 2024, la Miviludes a traité des demandes très concentrées sur deux grands pôles : 37 % pour la santé et le bien-être, 35 % pour les cultes et les spiritualités. Ce partage dit beaucoup du paysage actuel. Les dérives les plus visibles ne sont pas seulement religieuses. Elles passent aussi par des promesses de guérison, de reconstruction ou de développement personnel.

La Miviludes souligne aussi que les signalements transmis aux parquets ont progressé. En 2024, elle en a adressé 45 au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, contre 35 en 2023 et 13 en 2022. Cet article impose à toute autorité publique informée d’un crime ou d’un délit de le signaler sans délai au procureur de la République. Ce passage du repérage à l’alerte judiciaire montre qu’une partie des faits dépasse désormais le seul champ de la prévention.

La loi a d’ailleurs été renforcée. Vie publique rappelle que la loi du 10 mai 2024 a durci l’arsenal contre les dérives sectaires et amélioré l’accompagnement des victimes, notamment dans le domaine médical. Le message est net : la République ne traite plus ces phénomènes comme de simples écarts d’orientation. Elle les considère comme des atteintes possibles aux libertés et à la santé.

Qui gagne quoi, et qui doit rester vigilant ?

Pour la Miviludes, ce type d’accord permet de gagner en relais, en remontée d’informations et en légitimité dans des milieux où l’État entre rarement spontanément. Pour la Corref, l’enjeu est inverse mais complémentaire : montrer que la vie religieuse accepte le contrôle démocratique dès lors qu’il s’agit de protéger les personnes. Les deux institutions y trouvent donc un intérêt, mais pas pour les mêmes raisons.

Du côté des communautés religieuses, le partenariat peut rassurer les responsables qui veulent prévenir les dérives sans stigmatiser la foi. Mais il peut aussi inquiéter ceux qui redoutent une surveillance excessive. C’est ici qu’une voix critique reste utile : la vigilance publique doit viser les comportements abusifs, pas la croyance elle-même. L’Assemblée nationale rappelait déjà que le mot « sectaire » porte une forte charge péjorative. La distinction entre religion et emprise n’est donc pas seulement juridique. Elle est aussi politique et symbolique.

Pour les victimes, les familles et les anciens membres de communautés fermées, l’enjeu est plus concret encore : savoir à qui parler, être crus, puis être orientés vers la bonne porte. La Miviludes insiste sur ce point depuis plusieurs années. Plus l’information remonte tôt, plus les chances d’éviter l’isolement, les violences psychologiques ou les abus de faiblesse augmentent.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite se jouera à l’automne, avec les conventions annoncées avec l’Église catholique et les bouddhistes. Il faudra aussi regarder si ces accords restent symboliques ou s’ils débouchent sur des procédures concrètes : formation des responsables, canaux d’alerte, repérage des situations à risque, et coopération réelle avec les services de l’État.

Un autre point comptera : la capacité de la Miviludes à tenir ses moyens. Le 24 juin 2026, elle annonçait une enveloppe de 800 000 euros issue du FIPD 2026 pour financer des projets associatifs de prévention. Dans un domaine où le repérage repose beaucoup sur l’écoute, les relais de terrain et l’accompagnement des victimes, les moyens concrets feront la différence.

Au fond, cette convention dit une chose très simple : la liberté religieuse ne se défend pas seulement contre l’État. Elle se défend aussi contre ceux qui, au nom du spirituel, transforment la confiance en domination.

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