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ACTUALITé NATIONALE

Emmanuel Macron en Syrie : ce que le président français va chercher en allant serrer la main du nouveau maître de Damas

Emmanuel Macron sera le premier chef d'État occidental à se rendre à Damas depuis la chute d'Assad. Derrière la poignée de main avec l'ex-jihadiste Ahmad al-Chareh, Paris joue gros : sécurité, marché de la reconstruction et influence face aux Américains et au Golfe.

Un chef d’État qui a combattu dans les rangs jihadistes reçoit à Damas le président de la République française. Pour beaucoup de Français, la scène a de quoi surprendre. Elle est pourtant le résultat d’un pari assumé depuis plus d’un an par Emmanuel Macron.

La présidence syrienne l’a annoncé ce dimanche 5 juillet : le chef de l’État français se rendra prochainement à Damas. Ce sera la première visite d’un président français en Syrie depuis celles de Nicolas Sarkozy en 2008 et 2009, avant la rupture provoquée par la répression du printemps arabe. Surtout, Emmanuel Macron deviendra le premier dirigeant d’un pays de l’Union européenne, et le premier chef d’État d’une puissance occidentale, à se rendre auprès d’Ahmad al-Chareh, l’ancien chef jihadiste devenu président de transition après avoir renversé Bachar al-Assad en décembre 2024, comme le rapporte CNEWS.

Un pari personnel assumé depuis mai 2025

Ce déplacement ne sort pas de nulle part. Emmanuel Macron avait déjà pris tout le monde de vitesse en mai 2025, en recevant à l’Élysée Ahmad al-Chareh, une première pour un dirigeant occidental. Le geste avait suscité de vives critiques d’opposants à droite et à l’extrême droite, qui reprochaient au président de dérouler le tapis rouge à un homme au passé islamiste. Pour le chercheur Arthur Quesnay, spécialiste de la Syrie à Paris I Panthéon-Sorbonne, cité par l’AFP, Emmanuel Macron « a mis le pied à l’étrier à el-Chareh sur la scène internationale ». Un an plus tard, le président français doit désormais démontrer que ce pari politique tenait la route.

La visite à Paris avait ouvert la voie à un déplacement encore plus stratégique du dirigeant syrien à Washington, puis à la levée progressive des sanctions américaines et européennes qui étouffaient l’économie syrienne. Emmanuel Macron s’était engagé à peser en ce sens auprès de Bruxelles.

Sécurité, marché de la reconstruction : ce que Paris vient chercher

Le volet économique occupera une place centrale à Damas. Le président français sera accompagné d’une délégation d’investisseurs et de représentants d’entreprises françaises, précise la présidence syrienne. Les secteurs visés sont larges : transport maritime, aviation, énergie, gestion de l’eau et des déchets, infrastructures, numérique. Le groupe CMA-CGM avait déjà signé en mai 2025 un accord pour le port de Lattaquié, selon l’Epoch Times.

Mais l’ampleur du chantier donne le vertige. La reconstruction du pays est estimée à plus de 216 milliards de dollars par la Banque mondiale et n’a, pour l’essentiel, pas commencé. Un pays exsangue, qui manque de tout et tient en partie grâce à l’argent envoyé par sa diaspora, ne se transforme pas en eldorado du jour au lendemain. Les entreprises françaises qui s’y positionnent aujourd’hui misent sur demain, pas sur des profits immédiats.

Au-delà des contrats, Paris cherche aussi à peser sur la sécurité régionale. La lutte contre les derniers réseaux du groupe État islamique, auquel Damas participe désormais à part entière, reste un dossier sensible, tout comme la présence de jihadistes français sur le sol syrien. L’annonce du voyage intervient d’ailleurs quelques jours seulement après un attentat à la bombe qui a fait dix morts dans un café de la capitale syrienne, rappelant la fragilité persistante du nouveau pouvoir.

Une place à prendre face aux Américains et au Golfe

Sur ce dossier, la France n’est pas seule. L’émir du Qatar avait ouvert le bal dès début 2025 en se rendant le premier auprès d’Ahmad al-Chareh. Ursula von der Leyen puis Volodymyr Zelensky ont suivi. Washington, de son côté, pèse d’un tout autre poids : c’est Donald Trump qui a acté la levée des sanctions américaines, et l’administration américaine pousserait désormais Damas à s’impliquer contre le Hezbollah au Liban, un scénario que Paris ne partage pas.

Pour un chercheur cité par l’Epoch Times, l’enjeu pour la diplomatie française est d’exister face à l’influence combinée de Washington et des monarchies du Golfe, dans un contexte où la France se retrouve largement marginalisée sur ce dossier. La visite d’Emmanuel Macron s’apparente ainsi à une tentative de replacer Paris dans le jeu, avant que la place ne soit définitivement prise par d’autres.

Un pays toujours à vif

Reste la question qui pèse sur tout le reste : celle de la protection des minorités. Ahmad al-Chareh s’était engagé, dès sa visite parisienne, à protéger tous les Syriens sans exception. Un engagement qu’il n’a pas toujours tenu : des massacres d’Alaouites, la communauté dont est issu le clan Assad, ont eu lieu en mars 2025, et des affrontements sanglants ont opposé les nouvelles autorités à des combattants druzes il y a un an.

L’intégration des forces kurdes, qui contrôlaient jusqu’ici de vastes territoires dans le nord-est du pays, avance elle aussi, non sans tensions. Emmanuel Macron, qui soutient cet accord, devrait redire à Damas sa vigilance sur le caractère pacifique de cette inclusion.

La date exacte du déplacement présidentiel n’est toujours pas connue. Elle dira si Paris parvient à transformer un pari diplomatique risqué en position durable, ou si la France arrive, une fois de plus, un peu après les autres.

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