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ACTUALITé NATIONALE

Feux de forêt : l’État promet plus de moyens, mais les Canadair promis n’arriveront qu’en 2028

Le gouvernement défend sa politique de lutte contre les incendies et met en avant des hausses de crédits. Mais le débat reste vif sur la disponibilité réelle des avions et le délai de livraison des nouveaux Canadair.

Des habitants discutent devant la mairie d’une petite ville, dans une scène de proximité civique en lumière naturelle.

Quand un incendie démarre, ce qu’on attend de l’État, c’est simple : des moyens prêts, tout de suite.

La question n’est pas seulement de savoir si le gouvernement annonce des commandes. Elle est de savoir si la flotte aérienne, les crédits et les délais suivent vraiment le rythme d’un risque incendie qui s’étire désormais bien au-delà de l’été. Sur ce point, l’exécutif défend son bilan. Mais les critiques portent sur un angle très concret : la disponibilité réelle des appareils, et le temps qu’il faut pour les remplacer.

Ce que dit l’exécutif, et ce que montrent les documents budgétaires

Le gouvernement affirme que les moyens consacrés à la lutte contre les incendies ont augmenté de 40 % entre 2019 et 2025. Les documents budgétaires disponibles montrent, eux, une hausse beaucoup plus large sur le programme « Sécurité civile » : le Sénat relève une progression de 76,7 % des crédits de paiement exécutés entre 2019 et 2025. Cette hausse ne se résume pas aux avions. Elle couvre aussi la surveillance, le secours, la modernisation des alertes, les renforts opérationnels et la hausse de dépenses liées aux crises successives.

Autre point central : la flotte aérienne. Le ministère de l’Intérieur indique qu’en janvier 2018, six avions Dash 8 ont été commandés, avec des livraisons étalées jusqu’en 2022. Il rappelle aussi que deux Canadair ont été commandés dans le cadre du renouvellement annoncé après les grands incendies de 2022. Le contrat pour deux avions supplémentaires a été signé le 9 août 2024, selon le rapport budgétaire de l’Assemblée nationale, avec une livraison annoncée pour avril et décembre 2028.

Le vrai sujet : des commandes, oui. Des avions disponibles, pas tout de suite.

C’est là que le débat se durcit. Dans un contexte où les feux s’installent plus tôt, durent plus longtemps et touchent davantage de territoires, une commande passée aujourd’hui ne règle pas le manque de moyens sur la saison en cours. Le Sénat rappelle que le risque incendie s’étend dans le temps et dans l’espace, avec une pression accrue sur les moyens nationaux. Les parlementaires notent aussi que la France dépend toujours d’une flotte vieillissante, avec une disponibilité qui reste un sujet sensible en période de forte chaleur.

Concrètement, cela change quoi ? Pour les grands départs de feu, la rapidité de largage compte autant que le nombre d’appareils sur le papier. Les Canadair servent à attaquer les incendies directement. Les Dash 8, eux, transportent davantage de retardant et peuvent bloquer la progression des flammes. Quand un appareil manque, c’est toute la chaîne d’intervention qui s’alourdit : plus de pression sur les pompiers au sol, plus de recours aux renforts, plus de dépendance à la météo et aux arbitrages de priorisation.

Une ligne de fracture politique claire

À gauche, Jean-Luc Mélenchon et plusieurs élus insistent sur l’idée d’un désengagement budgétaire. Leur angle est politique, mais il repose sur une critique simple : les annonces arrivent après les coupes, et les matériels promis tardent à être livrés. À l’Assemblée, des députés ont ainsi rappelé qu’en février 2024, un décret avait annulé 52,7 millions d’euros de crédits de paiement pour la sécurité civile. Le ministère a ensuite soutenu qu’une partie de ces montants avait été réouverte plus tard, en loi de finances de fin de gestion. Les deux lectures s’opposent sur un point décisif : l’effet concret du calendrier budgétaire sur la capacité à faire face aux feux de l’été.

Le gouvernement, lui, défend une trajectoire de renforcement. Il met en avant les commandes passées, les livraisons à venir et l’inscription de nouvelles acquisitions dans les budgets 2025 et 2026. L’argument est solide sur le temps long. Il l’est beaucoup moins pour le court terme, car les premiers nouveaux Canadair annoncés ne doivent arriver qu’en 2028. Entre les deux, l’État loue aussi des avions à hauteur de plus de 30 millions d’euros par an, ce qui montre à la fois l’urgence des besoins et la difficulté à disposer rapidement d’une flotte suffisante.

Cette tension ne profite pas aux mêmes acteurs. Les collectivités et les services départementaux d’incendie et de secours réclament de la visibilité et des moyens pérennes. Les professionnels du feu demandent surtout du matériel opérationnel tout de suite. Le gouvernement, lui, gagne à montrer qu’il planifie et commande. Mais sur le terrain, la valeur d’une annonce se mesure à sa date de livraison, pas à sa date de déclaration.

Ce qu’il faut regarder maintenant

Le prochain point de vigilance, c’est le budget 2026 et la traduction concrète des promesses de renouvellement de flotte. Le Sénat indique déjà que deux Canadair doivent être livrés en 2028 et que deux autres sont financés dans le budget 2026. Reste à voir si ces crédits seront maintenus, si les livraisons tiendront le calendrier, et si la saison des feux qui s’ouvre chaque année plus tôt pourra être couverte sans nouvelle zone d’incertitude. C’est là que se jouera, en pratique, la crédibilité du discours gouvernemental.

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