Élections au Maroc : une victoire sans élan populaire place le PAM face au défi de la confiance citoyenne
Le PAM arrive en tête des législatives marocaines, sans majorité absolue. La participation, limitée à 38,08 %, révèle une défiance persistante, notamment chez les jeunes, alors qu’une coalition doit être négociée.

Le PAM remporte les législatives marocaines avec 97 sièges, devant le RNI et l’Istiqlal, mais devra bâtir une coalition pour gouverner. La participation de 38,08 %, au plus bas depuis près de vingt ans, souligne la défiance des électeurs, surtout des jeunes, face au chômage, au coût de la vie et aux inégalités territoriales.
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Que signifie une victoire électorale quand près de deux électeurs inscrits sur trois ne se déplacent pas ? Au Maroc, les législatives du mercredi 23 septembre 2026 donnent une réponse contrastée : le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête, mais la faible participation fragilise la portée politique du résultat.
Un scrutin dominé par les partis de la coalition sortante
Le PAM obtient 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants, selon les résultats provisoires annoncés jeudi 24 septembre par le ministère marocain de l’Intérieur. Il devance le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui décroche 66 sièges, et le Parti de l’Istiqlal, crédité de 65 élus.
Ces trois formations appartiennent à la coalition gouvernementale sortante. Elles conservent donc une position centrale dans le futur Parlement. Toutefois, leur avance ne suffit pas à former seules une majorité. Le seuil de la majorité absolue se situe à 198 sièges.
Le RNI, parti dont est issu le chef du gouvernement Aziz Akhannouch, recule nettement. Il perd environ trente sièges par rapport aux élections de 2021. L’Istiqlal, lui, s’installe à la troisième place, à un siège seulement du RNI.
Le quatrième résultat est celui du Parti de la justice et du développement (PJD). Après son effondrement en 2021, la formation islamiste remonte à 54 sièges, contre 13 auparavant. Elle redevient ainsi un groupe parlementaire important, même si elle reste loin de son niveau de 2016, lorsqu’elle avait remporté 125 sièges.
Une participation au plus bas depuis près de vingt ans
Le chiffre le plus lourd de conséquences n’est peut-être pas celui du PAM. C’est celui de la participation. Elle atteint 38,08 % à l’échelle nationale, contre 50,86 % en 2021 et 42,27 % en 2016. Le ministère de l’Intérieur indique que près de six millions d’électeurs ont voté.
Autrement dit, plus de six électeurs inscrits sur dix sont restés à distance du scrutin. Cette abstention est particulièrement scrutée chez les jeunes. Leur défiance s’inscrit dans un contexte de chômage, de hausse du coût de la vie et d’inégalités entre les grandes villes et les territoires moins favorisés.
Le chômage atteint 37 % chez les 15-24 ans en 2025, selon des données citées par l’Associated Press. Dans plusieurs régions, les jeunes dénoncent surtout l’accès difficile à l’emploi, aux soins, aux transports et à l’éducation. Pour une partie d’entre eux, les élections apparaissent donc éloignées des difficultés quotidiennes.
La crise migratoire autour de Ceuta, survenue moins de deux mois avant le vote, a également accentué cette impression de malaise social. Elle a exposé les frustrations d’une jeunesse confrontée à des perspectives limitées, malgré les investissements engagés dans l’industrie, les infrastructures et les grands projets.
Pourquoi le PAM devra chercher des alliés
Avec 97 sièges, le PAM dispose du premier groupe parlementaire. Il ne peut pourtant pas gouverner seul. La formation devra négocier avec d’autres partis afin de réunir une majorité et de répartir les responsabilités ministérielles.
Le RNI et l’Istiqlal sont les partenaires les plus évidents, puisqu’ils participaient déjà à la coalition sortante. Ensemble, les trois formations totalisent 228 sièges. Cette addition leur donnerait une majorité confortable. Elle ne garantit toutefois pas que l’équilibre de la précédente équipe gouvernementale sera reconduit à l’identique.
Le résultat du RNI complique aussi la position d’Aziz Akhannouch. Son parti reste au deuxième rang, mais il recule fortement. Le PAM, arrivé en tête, dispose désormais d’un avantage institutionnel majeur dans la discussion sur la formation du gouvernement.
La Constitution marocaine prévoit que le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé premier aux élections de la Chambre des représentants. Cette règle ne signifie pas que le PAM choisira librement son futur dirigeant. La nomination appartient au roi Mohammed VI, qui désignera une personnalité issue du parti vainqueur.
Le futur chef du gouvernement devra ensuite composer une équipe de coalition. Le Parlement votera les lois et contrôlera l’action gouvernementale, mais les grandes orientations stratégiques restent fortement liées aux prérogatives du monarque. Le système marocain est donc parlementaire dans son fonctionnement électoral, tout en conservant une monarchie dotée de pouvoirs importants.
Des promesses économiques confrontées à des contraintes concrètes
Durant la campagne, le PAM a promis une croissance moyenne de 5 % par an. Il s’est également engagé à maintenir l’inflation autour de 2 % et à créer au moins un million d’emplois durant le mandat.
Ces objectifs répondent aux principales attentes des ménages. Ils se heurtent cependant à plusieurs contraintes. Le Maroc reste exposé aux sécheresses, aux tensions sur les prix et aux écarts de développement entre les régions. La croissance peut progresser sans créer suffisamment d’emplois pour les jeunes diplômés ou les habitants des zones rurales.
Les grands groupes et les métropoles pourraient bénéficier plus rapidement des investissements publics et privés. À l’inverse, les petites villes et les campagnes attendent des résultats plus directs : des transports réguliers, des écoles accessibles, des hôpitaux mieux dotés et des emplois stables.
La préparation de la Coupe du monde de football de 2030 va accélérer les chantiers d’infrastructures. Elle peut soutenir l’activité et l’emploi. Elle risque aussi de renforcer les écarts territoriaux si les investissements se concentrent surtout dans les pôles déjà les mieux équipés.
Le rebond du PJD et les critiques de l’opposition
Le retour du PJD constitue l’autre enseignement du scrutin. La formation a notamment insisté sur la lutte contre la corruption et sur la nécessité de restaurer la confiance. Son score montre qu’elle conserve une base électorale, malgré sa débâcle de 2021.
Le parti devra toutefois transformer ses 54 sièges en influence parlementaire. Il pourrait soutenir certaines mesures, s’opposer à la coalition ou chercher à redevenir une alternative nationale. Son poids dépendra aussi de sa capacité à s’adresser aux jeunes abstentionnistes, qui ne se reconnaissent pas forcément dans les formations traditionnelles.
À gauche, le Parti de la voie démocratique a appelé au boycott du scrutin. Il estime que les élections ne réunissent pas les conditions suffisantes pour produire un Parlement pleinement représentatif. Cette critique rejoint, sur un autre terrain, le constat de nombreux jeunes : les institutions élues disposent d’une marge limitée face au pouvoir royal.
Le gouvernement et les partis de la coalition peuvent, eux, mettre en avant la continuité institutionnelle et la stabilité du pays. Les oppositions répondent que cette stabilité ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration mesurable du niveau de vie et des services publics.
Les prochaines étapes à surveiller
La première échéance sera la nomination du futur chef du gouvernement par Mohammed VI. Elle devra intervenir au sein du PAM, arrivé en tête le 23 septembre.
Viendront ensuite les négociations de coalition. Le choix des partenaires, la répartition des ministères et le programme commun diront si la majorité sortante est reconduite ou réorganisée.
Enfin, le nouveau gouvernement sera rapidement jugé sur trois dossiers : l’emploi des jeunes, le pouvoir d’achat et la réduction des inégalités territoriales. Le résultat électoral lui donne une majorité potentielle. La participation, elle, lui rappelle l’urgence de regagner la confiance des électeurs.



