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MUNICIPALITéS Mémoire religieuse, égalité citoyenne

À Saint-Denis, la laïcité peut-elle reconnaître l’héritage chrétien sans créer de citoyens à part ?

À l’approche de la visite de Léon XIV, le maire de Saint-Denis défend une laïcité capable d’assumer l’histoire chrétienne du pays tout en garantissant les mêmes droits à tous les citoyens.

La basilique-cathédrale de Saint-Denis, monument central de la ville et repère de son histoire chrétienne.
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En bref

À l’occasion de la venue de Léon XIV au Stade de France, Bally Bagayoko défend la reconnaissance de l’héritage chrétien de la France. Le maire musulman de Saint-Denis distingue la mémoire patrimoniale de toute préférence religieuse et affirme que la laïcité doit garantir l’égalité des droits, sans effacer l’histoire du pays.

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Un maire musulman peut-il accueillir un pape tout en défendant une conception stricte de la République ? À Saint-Denis, Bally Bagayoko répond oui. Pour l’élu, reconnaître l’histoire chrétienne de la France ne revient pas à accorder davantage de droits aux croyants catholiques.

Un rendez-vous très politique à Saint-Denis

Le pape Léon XIV est attendu en France du 25 au 28 septembre 2026. Le vendredi 25 septembre, il doit se rendre au Stade de France, à Saint-Denis, pour une veillée de prière réunissant 80 000 jeunes âgés de 17 à 35 ans. Le programme officiel prévoit cette rencontre à 21 heures. Le programme officiel du voyage de Léon XIV en France confirme cette étape.

Avant la veillée, le souverain pontife doit échanger avec des élus de Seine-Saint-Denis. Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et membre de La France insoumise, en fera partie. Il sera reçu dans le cadre d’un accueil républicain, distinct de la célébration religieuse organisée dans le stade.

Cette séquence prend une résonance particulière dans une ville marquée par la présence de la basilique-cathédrale de Saint-Denis. Le monument abrite la nécropole des rois de France. Il constitue donc à la fois un lieu de culte, un site patrimonial et un symbole majeur de l’histoire nationale.

« On ne peut pas comprendre notre pays » sans le christianisme

Dans un entretien accordé avant cette rencontre, Bally Bagayoko assume une idée souvent contestée dans le débat public : la France ne peut pas être comprise sans son histoire chrétienne.

« On ne peut pas comprendre notre pays sans comprendre l’influence du christianisme sur quinze siècles de son histoire », affirme-t-il. Il cite notamment le patrimoine, l’architecture, la littérature, la peinture, la musique, le calendrier et les paysages.

Pour le maire, cette reconnaissance relève d’abord de la connaissance historique. Elle ne constitue pas une profession de foi. « Une France qui connaît son histoire est une France plus solide », estime-t-il.

Cette position s’inscrit dans un contexte local très concret. À Saint-Denis, la basilique n’est pas un monument parmi d’autres. Elle structure l’image de la ville et concentre des débats sur la conservation du patrimoine, notamment autour de la reconstruction de sa flèche.

« Respecter ce patrimoine, c’est reconnaître ce qu’il est », explique Bally Bagayoko. Il décrit un édifice « profondément chrétien », lié à saint Denis, à l’histoire de l’Église en France et à la monarchie.

Une histoire chrétienne, mais aucun privilège religieux

Le maire se définit comme musulman. Il refuse pourtant de voir une contradiction entre sa foi et la défense du patrimoine chrétien. « Je suis musulman. Cela ne m’empêche nullement de respecter profondément ce symbole chrétien », déclare-t-il.

Son raisonnement repose sur une distinction centrale. Une histoire religieuse peut appartenir au patrimoine commun sans déterminer les droits actuels des citoyens. L’héritage culturel du catholicisme ne créerait donc aucune hiérarchie entre les croyants.

Bally Bagayoko dit comprendre l’inquiétude de Français qui perçoivent la progression de l’islam comme une menace pour l’identité catholique du pays. Il appelle toutefois à débattre de cette transformation « sans immédiatement accuser les uns de racisme ou les autres d’islamophobie ».

Il rejette surtout l’idée d’un choix obligatoire entre christianisme et islam. « L’augmentation de la visibilité de citoyens musulmans ne signifie pas la disparition de l’histoire chrétienne de la France », affirme-t-il. Sa formule est directe : « La France n’a pas besoin de choisir entre son héritage chrétien et ses citoyens musulmans. »

Cette approche bénéficie à deux publics différents. Elle rassure ceux qui craignent un effacement du patrimoine religieux. Elle donne aussi aux habitants musulmans une place dans un récit national qui ne leur serait pas présenté comme exclusivement chrétien.

Que signifie « la laïcité n’est pas l’amnésie » ?

La formule de Bally Bagayoko résume sa conception de la laïcité. Selon lui, l’État ne doit favoriser aucune religion. Mais il ne doit pas non plus effacer les traces religieuses de l’histoire française.

Le cadre juridique français repose sur la liberté de conscience, la neutralité de l’État et le libre exercice des cultes. L’article premier de la loi du 9 décembre 1905 prévoit que la République « assure la liberté de conscience » et garantit le libre exercice des cultes, sous réserve de l’ordre public. Le texte de la loi de 1905 sur la liberté de conscience et la séparation des Églises et de l’État précise ce principe.

La laïcité impose donc une limite au maire. Il peut être présent lors d’un événement lié à la basilique ou accueillir un chef religieux. En revanche, il ne peut pas agir au nom d’une confession ni utiliser les moyens de la commune pour en promouvoir une.

Bally Bagayoko revendique cette séparation. Il se dit prêt à participer à Noël, à Pâques ou à un événement patrimonial lié à la basilique. Il précise qu’il ne s’agirait pas de prendre part au culte, mais de manifester du respect et de l’amitié.

Sa vision ne fait toutefois pas disparaître les désaccords. Certains défenseurs d’une laïcité plus stricte redoutent que la mise en avant de l’héritage chrétien transforme progressivement une référence historique en préférence culturelle. À leurs yeux, la puissance publique doit veiller à ce que le patrimoine religieux reste présenté comme un objet de connaissance, et non comme une norme collective.

Cette réserve rejoint le principe de neutralité rappelé par les institutions publiques : la République protège les croyances, mais elle n’en privilégie aucune. L’enjeu consiste donc à distinguer clairement mémoire, patrimoine et pratique religieuse.

« Je deviens le maire de tous »

L’élu veut aussi tracer une frontière entre sa foi personnelle et son mandat. « Lorsque je franchis la porte de la mairie, je ne deviens pas le maire des musulmans. Je deviens le maire de tous », affirme-t-il.

Cette ligne vaut également sur les sujets de société. Bally Bagayoko rappelle que l’interruption volontaire de grossesse est un droit protégé par le droit français. Il refuse que la mairie s’oppose aux femmes qui souhaitent l’exercer.

Il reconnaît que sa foi peut nourrir des interrogations sur la fin de vie. Mais il affirme également que les personnes LGBT doivent être protégées contre les discriminations, les violences et les humiliations.

Ces positions montrent la difficulté d’un exercice municipal dans une ville diverse. Le maire doit représenter des habitants aux convictions religieuses, philosophiques et politiques très différentes. Il doit aussi répondre aux attentes concrètes liées au patrimoine, à l’organisation d’un événement international et à la tranquillité publique.

La veillée du 25 septembre comme test grandeur nature

La venue de Léon XIV donnera une dimension nationale à ces principes. Les 80 000 jeunes attendus au Stade de France feront de Saint-Denis le centre d’un événement religieux sans précédent récent par son ampleur. L’accueil nécessitera également une organisation importante dans les transports, les gares et les abords du stade.

Pour Bally Bagayoko, l’enjeu sera de montrer qu’un événement catholique peut être accueilli par une collectivité laïque sans exclure les autres habitants. Pour ses contradicteurs, il faudra vérifier que la distinction entre accueil républicain et célébration religieuse reste lisible.

Le prochain point à surveiller sera donc la séquence du vendredi 25 septembre 2026 : la rencontre entre le pape, le maire et les élus locaux, puis la veillée au Stade de France. Elle dira concrètement si la formule « la laïcité n’est pas l’amnésie » peut se traduire dans l’espace public sans devenir un privilège accordé à une religion.

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