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ACTUALITé NATIONALE

Frappes sur Bouchehr, détroit d’Ormuz fermé : l’escalade entre Washington et Téhéran menace l’approvisionnement européen

Les bombardements américains sur l'Iran, dont la ville abritant sa seule centrale nucléaire, et la fermeture du détroit d'Ormuz font bondir le pétrole au-dessus de 85 dollars. L'Europe retient son souffle.

85 dollars le baril. C’est le seuil que le Brent a franchi mardi 14 juillet, pour la première fois depuis la brève accalmie de juin. Pour un automobiliste français, cela signifie que le plein va encore coûter plus cher. Pour les diplomates européens, c’est la confirmation que la guerre entre Washington et Téhéran n’est plus un risque lointain : c’est un choc énergétique en cours.

Trois nuits de bombardements

Depuis le 10 juillet, les États-Unis ont frappé l’Iran pour la troisième nuit consécutive. Les frappes ont touché la ville portuaire de Bouchehr, qui abrite la seule centrale nucléaire civile iranienne. Quatre points de la ville ont été visés, selon le vice-gouverneur provincial cité par l’agence officielle IRNA. Aucune information n’a été communiquée sur d’éventuels dégâts à l’installation nucléaire elle-même, mais l’AIEA avait déjà alerté en avril après un impact relevé à 75 mètres du périmètre de la centrale.

D’autres frappes ont visé Abadan, qui abrite la plus ancienne raffinerie de pétrole du Moyen-Orient, la ville portuaire de Mahshahr, et la zone de Bandar Abbas, à l’entrée du détroit d’Ormuz. L’île de Qeshm a reçu une dizaine de projectiles. En face, les Gardiens de la révolution ont riposté en ciblant des installations américaines au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie, selon les déclarations du quartier général Khatam al-Anbiya.

Le détroit, encore fermé

L’Iran a annoncé dimanche 12 juillet la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » du détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures. La veille, les Gardiens de la révolution avaient tiré sur un navire marchand qui avait, selon eux, emprunté une « route non autorisée ». L’équipage a abandonné le bâtiment en flammes. Un second navire a été touché dans la foulée. L’agence britannique UKMTO a confirmé qu’un pétrolier avait été frappé au large des côtes omanaises.

Les Émirats arabes unis signalent que deux de leurs pétroliers ont été atteints par des missiles iraniens mardi. Les sirènes d’alerte ont retenti à Manama, au Bahreïn, pour la troisième fois depuis l’aube. Des explosions ont été entendues au Qatar. Le général de brigade Akraminia, porte-parole des Gardiens de la révolution, a averti que toute coopération des États du Golfe avec Washington serait considérée comme « un acte de guerre ».

Le pétrole flambe, l’Europe calcule

L’impact sur les marchés de l’énergie a été immédiat. Le Brent a brièvement progressé de plus de 5 % mardi, après un bond de 10 % la veille, atteignant son plus haut niveau depuis la mi-juin. Depuis le début des hostilités en février 2026, le prix du Brent a bondi de plus de 16 %, tandis que le gaz européen a connu une hausse de 40 % dans les jours qui ont suivi les premières frappes.

La France, malgré son parc nucléaire, reste dépendante des hydrocarbures pour 40 % de sa consommation d’énergie primaire. Le pétrole pèse 28 %, le gaz naturel 12 %. Les transports, encore massivement tributaires des carburants fossiles, subissent le choc de plein fouet. Et même le prix de l’électricité peut être contaminé : en Europe, ce sont les centrales à gaz qui fixent le prix marginal du mégawattheure, par le mécanisme du « merit order ». Quand le gaz grimpe, l’électricité suit, même dans un pays nucléarisé.

Washington entre blocus et escalade

Le Commandement central américain a annoncé le rétablissement du blocus naval des ports iraniens à compter de mardi soir. Donald Trump, qui avait annoncé renoncer à son projet de taxe de 20 % sur le fret maritime, mise désormais sur l’étranglement économique. Lors du précédent blocus, en avril, l’Iran n’avait pas pu exporter un seul baril de pétrole, selon son propre négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Téhéran affirme pourtant avoir exporté environ 80 millions de barils au cours des 26 derniers jours, grâce à des mécanismes de contournement des sanctions mis en place ces dernières années. Le ministre du Pétrole iranien assure sur Telegram que les exportations « ne rencontreront pas de difficultés ». Une affirmation que les analystes accueillent avec scepticisme. La Chine, principal client du brut iranien, appelle de son côté à la désescalade et à la reprise d’un transit normal dans le détroit.

Une spirale sans arbitre

Le protocole d’accord signé le 17 juin entre Washington et Téhéran, censé stabiliser la situation, est en lambeaux. Chaque camp accuse l’autre d’avoir violé ses termes. Le Parlement iranien, suspendu depuis le début de la guerre et qui a repris ses séances lundi, a entamé l’examen d’un projet de loi sur le contrôle permanent du détroit d’Ormuz. Le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, n’est pas apparu en public depuis sa désignation en mars.

Pour l’Europe, l’enjeu dépasse le prix du carburant. Le 21e paquet de sanctions contre la Russie, en cours de négociation à Bruxelles, prévoit justement un gel du plafond du prix du pétrole russe pour tenir compte de la flambée des cours. Les chocs énergétiques se transmettent à l’économie par l’inflation, les coûts de production et la confiance. Si le Brent se maintient durablement au-dessus de 85 dollars, les Européens se retrouveront pris entre deux fronts : sanctionner Moscou tout en absorbant le surcoût d’une crise pétrolière alimentée par un allié américain. Les prochaines 48 heures dans le détroit d’Ormuz dicteront la suite.

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