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ÉCONOMIE

Alstom accumule les retards et renforce sa communication : ce que cette nomination dit du rail public français

Le constructeur ferroviaire confie sa communication mondiale à une spécialiste des affaires publiques, cinq jours après un trimestre commercial en fort recul. Une nomination qui interroge le rapport de force entre un industriel et ses clients publics : régions, SNCF et Île-de-France Mobilités.

Cathy Pianon devant un train et une signalétique Alstom, à l’occasion de sa nomination à la direction de la communication du groupe

Un million de voyageurs empruntent chaque jour le RER B. Leurs rames neuves, promises pour fin 2025, ne rouleront pas avant fin 2028. Et l’annonce de l’été chez leur constructeur ne porte pas sur un train.

Alstom a rendu publique, le 27 juillet, la nomination de Cathy Pianon à la direction de la communication du Groupe, à compter du 1er octobre 2026. Le constructeur emploie 87 800 personnes dans 61 pays. Il a réalisé 19,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice clos le 31 mars 2026.

En France, ses clients ne sont pas des consommateurs. Ce sont des autorités publiques : l’État, les régions, SNCF Voyageurs, Île-de-France Mobilités. Chaque commande de trains suppose donc un budget voté et un arbitrage politique.

Une nomination qui tombe cinq jours après un trimestre en repli

Le calendrier mérite un coup d’œil. Le 22 juillet, Alstom publiait ses commandes du premier trimestre 2026/27. Elles tombent à 2,56 milliards d’euros, contre 4,07 milliards un an plus tôt. Le ratio commandes sur chiffre d’affaires s’établit à 0,5, loin de l’équilibre.

Ce trimestre prolonge une séquence contrastée. Le groupe a résumé son exercice 2025/26 par un contraste assumé : des prises de commandes record, une exécution industrielle difficile. Martin Sion, arrivé d’ArianeGroup après dix années de mandat d’Henri Poupart-Lafarge, a fait de l’exécution opérationnelle sa priorité affichée.

Cinq jours plus tard, le groupe annonçait sa nouvelle directrice de la communication. Elle rendra compte directement à Martin Sion, directeur général depuis le 1er avril 2026. Son périmètre couvre la communication corporate, les relations médias, l’interne, le digital, les événements, la marque et la réputation.

Son parcours éclaire la commande. Cathy Pianon arrive du groupe SEB, où elle occupait le poste de directrice générale adjointe Affaires publiques et Communication, ainsi que celui de directrice du cabinet du président. Elle avait auparavant dirigé les affaires publiques, la communication et la RSE d’Euro Disney, au sein du comité exécutif. Elle est aussi passée par Vivendi, Vinci et Bureau Veritas. Alstom souligne son expérience de la communication financière et de la gestion de crise.

Le rattachement direct au directeur général n’a rien d’anodin. Il installe la fabrique du récit juste à côté du centre de décision.

Communication et affaires publiques, une frontière poreuse

Dans les grands groupes, ces deux métiers avancent désormais ensemble. La communication parle au public et aux médias. Les affaires publiques parlent aux décideurs : ministères, parlementaires, collectivités, régulateurs. Le même récit alimente souvent les deux canaux.

La loi encadre cette activité. Depuis le texte du 9 décembre 2016, dit Sapin 2, toute entreprise qui cherche à peser sur une décision publique doit s’inscrire au répertoire des représentants d’intérêts. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique y recense chaque année les actions menées et les moyens engagés. Elle rappelle que la représentation d’intérêts reste légitime, à condition de se déclarer.

L’asymétrie n’en demeure pas moins réelle. Un industriel de 19 milliards d’euros dispose d’une direction dédiée, d’un accès aux cabinets et d’une capacité à imposer son récit. Une association d’usagers ou une petite intercommunalité n’ont pas ces moyens. La question cesse alors d’être technique : elle devient démocratique.

Un fournisseur face à des clients qui sont aussi des élus

Le dossier du RER B résume ce rapport de force. Île-de-France Mobilités finance 146 rames MI20, pour 2,5 milliards d’euros. Elles devaient arriver fin 2025. En septembre 2025, l’autorité organisatrice a jugé le retard inacceptable et imposé un plan d’urgence sur les livraisons. Valérie Pécresse a rappelé qu’elle était le premier client du groupe et brandi des pénalités.

Les usagers, eux, jugent sur pièces. La présidente de l’association Courb, Marie-Hélène Wittersheim, avait alors dénoncé « une prise de risque considérable » sur une ligne déjà fragilisée par les pannes.

Alstom conteste pourtant l’idée d’une responsabilité unique. Le groupe produit les MI20 avec l’espagnol CAF, dont les livraisons commandent le calendrier. Et le chantier avance : le 7 mai 2026, la première rame d’essai a effectué son premier roulage sur le site de Crespin, dix trains étant alors en production.

Le RER B ne constitue pas un cas isolé. Alstom totalise 262 rames RER NG commandées pour le réseau francilien, dont 96 supplémentaires financées 1,7 milliard d’euros par Île-de-France Mobilités. La plateforme Omneo Régio2N compte, elle, 567 trains commandés dans dix régions françaises. Chaque programme dépend d’une autorité organisatrice, donc d’un exécutif élu et d’un budget public.

Reste que la réputation pèse. Quand un fournisseur vit de la commande publique, l’image ne relève pas du supplément d’âme. Elle influe sur les votes en conseil d’administration, sur les arbitrages budgétaires et sur la patience des élus.

La rentrée dira si le récit tient

Cathy Pianon prendra ses fonctions le 1er octobre. Île-de-France Mobilités auditionne chaque automne le constructeur sur l’avancement de ses commandes, et les élus y scruteront le rythme réel de sortie des MI20. Le Parlement examinera ensuite les crédits transports du budget 2027, alors que le financement du réseau ferré reste sans trajectoire stabilisée. En novembre enfin, les comptes semestriels du groupe afficheront une consommation de trésorerie attendue autour de 1,5 milliard d’euros. Trois moments où les mots devront s’aligner sur les chiffres.

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