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ANALYSES & OPINIONS Guerre de gouvernance

Pourquoi la crise entre l’UEFA et la FIFA peut changer l’équilibre du football mondial avant 2027

La contestation européenne contre Gianni Infantino vise désormais la gouvernance de la FIFA. Une motion de censure se profile, tandis que plusieurs fédérations africaines et arabes maintiennent leur soutien au président.

Salle institutionnelle parisienne évoquant les tensions de gouvernance entre l’UEFA et la FIFA
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En bref

Des responsables européens envisagent une motion de censure contre Gianni Infantino pour contester sa gouvernance de la FIFA. Le président conserve toutefois des appuis en Afrique et dans plusieurs fédérations arabes. Le rapport de force pourrait évoluer avant l’élection présidentielle de mars 2027.

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Qui décide vraiment de l’avenir du football mondial ? Pour les fédérations européennes, la question ne relève plus seulement des débats internes. Elle touche désormais à la gouvernance de la FIFA, à la répartition du pouvoir et au poids des intérêts économiques dans le sport.

Une contestation qui dépasse le simple désaccord

À l’été 2025, plusieurs responsables de l’UEFA se sont réunis en marge de la Supercoupe d’Europe disputée à Salzbourg. Le Paris Saint-Germain y avait battu Aston Villa 2-1. Derrière l’événement sportif, des discussions politiques ont porté sur l’avenir de la FIFA et de son président, Gianni Infantino.

D’après les informations rapportées à cette période, certains membres de l’UEFA souhaitaient désormais « changer la gouvernance » de l’instance mondiale. Autrement dit, il ne s’agirait plus seulement de contester une décision précise. Le projet viserait directement la manière dont la FIFA est dirigée.

Une motion de censure est même envisagée. Cette procédure permettrait aux fédérations membres de demander formellement le retrait de leur confiance au président. Elle ne conduirait pas automatiquement à une démission, mais ouvrirait une crise institutionnelle majeure.

Le scénario d’un départ sous pression

Selon les éléments rendus publics, des représentants européens chercheraient à réunir suffisamment de soutiens pour provoquer un changement à la tête de la FIFA. Leur objectif serait d’obtenir le départ de Gianni Infantino dans les prochains mois.

Le calendrier rend cette menace particulièrement sensible. Infantino est candidat à sa propre succession lors de l’élection prévue en mars 2027. Il est, à ce stade, le seul dirigeant à avoir officiellement annoncé sa candidature. Une contestation avant ce scrutin pourrait donc rebattre les cartes.

Pour l’UEFA, le sujet est aussi celui de son influence. L’organisation représente 55 associations nationales. Elle pèse lourd dans les compétitions, les droits audiovisuels et les revenus commerciaux du football mondial. Pourtant, elle ne dispose pas à elle seule de la majorité des voix au Congrès de la FIFA, qui réunit 211 fédérations.

Une motion de censure nécessiterait donc une coalition dépassant largement les frontières européennes. L’enjeu consiste à convaincre des fédérations d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et d’Océanie. Ces soutiens ne se gagnent pas seulement sur des arguments institutionnels. Ils dépendent aussi des financements, des compétitions et des promesses de développement distribués par la FIFA.

Trois pouvoirs concentrés dans une même organisation

Les discussions porteraient notamment sur une séparation plus nette entre les différentes fonctions de la FIFA. L’organisation exerce aujourd’hui des responsabilités de régulation, de développement commercial et d’organisation des compétitions.

Les partisans d’une réforme estiment que cette concentration crée un risque de conflits d’intérêts. Une même institution peut fixer les règles, négocier les contrats et organiser les tournois. Elle contrôle ainsi une grande partie de la chaîne de décision.

La séparation de ces trois branches modifierait profondément le fonctionnement du football international. La régulation pourrait être confiée à une structure davantage indépendante. Les activités commerciales seraient gérées dans un cadre distinct. Enfin, l’organisation des compétitions pourrait relever d’une entité chargée de la seule logistique sportive.

Les défenseurs du système actuel mettent en avant un autre argument. Une direction centralisée permettrait de financer plus facilement les fédérations les moins riches. Les recettes des grandes compétitions peuvent ensuite être redistribuées au moyen de programmes de développement.

Le débat oppose donc deux visions. La première privilégie la transparence et la séparation des pouvoirs. La seconde insiste sur l’efficacité, la solidarité financière et la capacité à décider rapidement.

Infantino conserve des relais puissants

La contestation européenne ne signifie pas que le président de la FIFA est isolé. Gianni Infantino continue de disposer de soutiens importants parmi plusieurs confédérations et fédérations nationales.

La Confédération africaine de football a confirmé son appui à sa candidature pour 2027. Plusieurs fédérations arabes lui ont également apporté leur soutien. Parmi elles figurent celles du Qatar et du Maroc, ce dernier étant associé à l’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal.

Ces soutiens s’expliquent par des intérêts différents de ceux de l’UEFA. Pour certaines fédérations, la FIFA représente une source essentielle de financement. Ses programmes permettent de construire des infrastructures, de former des encadrants et de développer les sélections nationales.

Les grandes puissances européennes, elles, disposent déjà de championnats attractifs et de revenus élevés. Elles peuvent donc défendre davantage leur autonomie. À l’inverse, les fédérations plus petites dépendent souvent des aides internationales pour maintenir leur activité.

Cette différence économique pèse directement sur les votes. Une réforme de gouvernance peut séduire les fédérations qui réclament plus de contrôle. Mais elle peut aussi inquiéter celles qui craignent de perdre des financements ou une influence acquise grâce à leurs relations avec la présidence.

Une bataille institutionnelle avant l’élection de 2027

Gianni Infantino a été élu président de la FIFA en 2016. Il a ensuite été réélu en 2019, puis en 2023. Sa volonté de briguer un nouveau mandat en 2027 donne une dimension électorale à la crise.

Pour ses opposants, une motion de censure permettrait de ne pas attendre le prochain scrutin. Elle servirait à forcer un débat sur la gouvernance et à empêcher que l’élection se déroule dans les mêmes conditions.

Pour ses soutiens, cette offensive serait d’abord une tentative de l’UEFA pour reprendre du poids dans les décisions mondiales. L’organisation européenne défend ses intérêts sportifs et économiques. Ses clubs participent aux compétitions les plus rentables, tandis que ses fédérations contribuent fortement à l’audience et aux revenus de la FIFA.

La critique ne peut donc pas être séparée des rapports de force du football professionnel. Les Européens réclament davantage de transparence, mais ils souhaitent aussi conserver une influence correspondant au poids économique de leurs compétitions.

De son côté, la FIFA met en avant sa représentativité mondiale. Ses dirigeants peuvent rappeler que le football ne se résume pas aux grands championnats européens. Les fédérations africaines, asiatiques ou arabes disposent du même droit de vote que les autres membres.

Les prochaines étapes seront décisives

La première échéance sera la capacité de l’UEFA à transformer ses discussions informelles en initiative officielle. Pour déposer une motion de censure, ses dirigeants devront obtenir des soutiens écrits et convaincre des fédérations situées hors d’Europe.

Il faudra aussi surveiller l’attitude des confédérations qui soutiennent encore Infantino. Un changement de position de l’Afrique ou de l’Asie modifierait immédiatement le rapport de force. À l’inverse, un front européen uni ne suffirait pas à renverser seul le président de la FIFA.

Enfin, la préparation de l’élection de mars 2027 devrait accélérer les manœuvres. Les éventuels candidats concurrents, les alliances entre confédérations et les propositions de réforme permettront de mesurer la profondeur de la crise.

Pour l’instant, Gianni Infantino conserve son poste et ses soutiens. Mais la contestation a changé de nature. Elle ne porte plus seulement sur une décision ou une méthode. Elle vise désormais l’équilibre institutionnel de la FIFA.

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