Canicule et incendies : les choix budgétaires du RN peuvent-ils mieux protéger les Français ?
Face à la surmortalité liée aux fortes chaleurs et au risque d’incendie, Franck Allisio défend l’action internationale, la rénovation des logements et davantage de moyens pour les secours.

Franck Allisio défend une réponse combinant coopération internationale contre le réchauffement, rénovation des logements et renforcement des services d’incendie. Le député RN propose aussi de supprimer l’Ademe et l’OFB, une mesure qui déplacerait leurs missions vers d’autres administrations et relancerait le débat sur la prévention.
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Que peut faire un député face à une canicule qui tue, à des incendies qui menacent les habitations et à un budget sous pression ? Franck Allisio, député du Rassemblement national dans les Bouches-du-Rhône, défend une ligne en trois volets : agir au niveau international contre le réchauffement, financer davantage les secours et réduire le nombre d’agences publiques.
Une mortalité exceptionnelle, mais encore provisoire
L’été 2026 a déjà laissé une trace lourde. Un premier bilan de Santé publique France fait état de 7 300 décès en excès liés aux épisodes de fortes chaleurs survenus entre mai et juillet. Il s’agit d’une estimation provisoire : elle compare les décès observés à ceux qui étaient attendus sur la même période.
Un précédent bilan, publié le 22 juillet, évaluait déjà à 5 764 le nombre de décès supplémentaires pendant la canicule du 17 juin au 2 juillet. Cette période avait exposé presque toute la France hexagonale à des températures très élevées. Les données définitives doivent encore être consolidées à l’automne.
La chaleur ne frappe pas seulement les personnes âgées. Santé publique France indique que l’excès de mortalité concerne toutes les classes d’âge à partir de 15 ans. Les personnes fragiles, isolées ou vivant dans des logements difficiles à rafraîchir restent toutefois particulièrement exposées.
Le lieu de décès apporte un autre éclairage. Une part importante des victimes est morte à son domicile. Cela pose directement la question de la qualité des logements, de l’accès à la climatisation et de la capacité des proches ou des services sociaux à repérer les situations dangereuses.
Le RN mise sur la coordination internationale
Interrogé sur les solutions à apporter, Franck Allisio refuse de limiter la réponse à la France. « Le réchauffement climatique est quelque chose qui se combat au niveau international », a-t-il déclaré. Selon lui, le sujet relève d’abord de la coordination entre les États.
Sur le fond, cette position correspond à une réalité : les émissions françaises ne représentent qu’une partie des émissions mondiales. Les décisions prises sur l’énergie, les transports, l’industrie ou la déforestation dépassent donc largement les frontières nationales.
Mais cette réponse ne règle pas, à elle seule, les urgences du quotidien. Même si une coopération internationale réduisait les émissions, les vagues de chaleur déjà rendues plus probables par le changement climatique continueraient de peser sur la France. Les collectivités doivent donc aussi adapter les villes, protéger les personnes vulnérables et prévenir les décès à court terme.
La politique publique repose ainsi sur deux calendriers. Le premier concerne la réduction des émissions. Le second porte sur l’adaptation : végétalisation, îlots de fraîcheur, horaires de travail aménagés, suivi des personnes isolées et amélioration des bâtiments.
Logements surchauffés : le débat sur les passoires thermiques
Le député propose de contraindre les propriétaires à réaliser des travaux lorsqu’un logement devient inhabitable. Il évoque aussi des prêts à taux zéro et l’intégration de la climatisation dans les solutions de rénovation.
Le sujet touche directement les locataires. Un logement mal isolé conserve la chaleur pendant la nuit. Il peut devenir dangereux lors d’une succession de journées très chaudes, surtout pour les personnes âgées, malades ou vivant seules.
Le droit impose déjà une trajectoire aux logements énergivores. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G au diagnostic de performance énergétique ne peut plus être loué. Les logements classés F seront concernés à partir de 2028, puis les logements classés E à partir de 2034. Ces règles définissent la décence énergétique, mais elles ne mesurent pas parfaitement le confort d’été.
Un logement peut donc être peu performant en hiver et rester très chaud en été. À l’inverse, une rénovation efficace doit limiter les entrées de chaleur, améliorer la ventilation et protéger les fenêtres. La climatisation peut apporter une réponse immédiate, mais elle augmente la consommation d’électricité et peut accentuer les tensions lors des pics de demande.
La proposition de prêts à taux zéro vise surtout les propriétaires qui n’ont pas les moyens d’engager seuls des travaux. Elle pourrait faciliter les rénovations dans les petites copropriétés. Cependant, le coût et la complexité des chantiers restent des obstacles majeurs. Les ménages modestes, les bailleurs individuels et les copropriétés ne disposent pas des mêmes capacités financières.
Pour les locataires, la difficulté est différente. Ils subissent la chaleur sans pouvoir décider des travaux. Pour les propriétaires, l’interdiction progressive de louer peut représenter une charge importante, en particulier lorsque le bien est ancien ou situé dans une copropriété dégradée.
Supprimer l’Ademe et l’OFB : quelles conséquences ?
Sur le budget, Franck Allisio défend la suppression de l’Ademe, l’Agence de la transition écologique, et de l’OFB, l’Office français de la biodiversité. « Nous sommes pour la suppression de toutes les agences qui coûtent beaucoup plus qu’elles ne rapportent », affirme-t-il.
Le RN propose de rediriger les moyens vers les services départementaux d’incendie et de secours, les SDIS. Ces établissements regroupent les sapeurs-pompiers professionnels et volontaires qui interviennent lors des incendies, des accidents et des urgences. Pour le député, la priorité doit être donnée aux moyens opérationnels.
L’argument répond à une préoccupation concrète. Dans les territoires exposés aux feux, la rapidité d’intervention dépend des effectifs, des véhicules, des avions disponibles, de l’entretien des pistes et de la coordination avec les communes. Les habitants voient directement ces moyens sur le terrain.
La suppression de l’OFB aurait toutefois des effets plus larges. L’office assure notamment des missions de police de l’environnement. Il contrôle l’application des règles liées à la biodiversité, à l’eau et aux espaces naturels. Il intervient aussi aux côtés des services de l’État pour faire respecter les obligations de débroussaillement.
Ces obligations figurent parmi les mesures de prévention les plus efficaces autour des habitations. Elles réduisent la propagation du feu et facilitent l’accès des secours. Leur contrôle suppose cependant des agents, des compétences techniques et une présence locale.
L’Ademe, de son côté, accompagne les politiques de rénovation énergétique, de sobriété et d’adaptation. La supprimer pourrait réduire certaines dépenses administratives. Mais cela poserait aussi la question du transfert de ses missions : vers les ministères, les collectivités ou d’autres opérateurs ? Une économie budgétaire n’est réelle que si le service rendu est maintenu à coût inférieur.
Prévenir les départs de feu, sanctionner les incendiaires
Franck Allisio veut également renforcer les sanctions contre les pyromanes. Cette piste répond à une demande de fermeté, mais elle ne couvre pas toutes les causes des incendies. Les feux peuvent être volontaires, accidentels ou liés à des travaux et à des équipements mal maîtrisés.
La prévention repose donc sur plusieurs acteurs. Les propriétaires doivent débroussailler. Les communes doivent informer et contrôler. Les services de l’État organisent la surveillance. Les pompiers interviennent. Les organismes spécialisés apportent leur expertise sur les milieux naturels et les risques.
Le ministère de la Transition écologique rappelle que la France compte 17,6 millions d’hectares de forêt dans l’Hexagone et en Corse. Avec le changement climatique, les périodes favorables aux incendies s’allongent et le risque progresse dans de nouveaux territoires.
La question budgétaire ne se résume donc pas à choisir entre agences et secours. Elle porte aussi sur la prévention, l’aménagement du territoire et l’entretien des massifs. Un financement concentré sur l’intervention peut sauver des vies. Il ne remplace pas forcément les actions qui empêchent le feu de partir ou de se propager.
Le prochain test sera budgétaire
Les propositions du député devront être confrontées au projet de loi de finances, dont l’examen est attendu à l’automne. Le débat portera sur les crédits des SDIS, mais aussi sur l’avenir des opérateurs environnementaux et les aides à la rénovation.
Il faudra surtout surveiller la répartition des moyens. Les grands départements disposent parfois de services structurés et de ressources importantes. Les territoires ruraux, les petites communes et les copropriétés anciennes peuvent rencontrer davantage de difficultés.
Autre échéance : le bilan consolidé de Santé publique France, attendu à l’automne. Il précisera l’ampleur de la surmortalité estivale et les profils des personnes les plus touchées. Ces données pèseront sur la préparation des prochaines alertes canicule et sur les choix budgétaires à venir.



