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ÉCONOMIE & SOCIéTé Le RN face à ses contradictions

Franchises médicales, argent saoudien : les choix du RN qui pourraient peser sur le budget et les soins des Français

Le RN critique la hausse des franchises médicales tout en défendant une ligne pragmatique avec l’Arabie saoudite. Son soutien au budget 2027 dépendra des concessions obtenues sur les impôts, l’immigration et les dépenses publiques.

Journaliste au travail devant un écran affichant une interface européenne abstraite, dans une rédaction française lumineuse
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En bref

Aleksandar Nikolic conteste la hausse envisagée du plafond des franchises médicales et accuse le gouvernement de faire payer davantage les assurés. Le RN se dit toutefois prêt à négocier le budget 2027, notamment sur la fiscalité, les agences publiques, l’immigration et la contribution française à l’Union européenne.

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Faut-il accepter l’argent d’une puissance étrangère lorsque ses valeurs sont très éloignées de celles de la France ? Et jusqu’où demander des efforts aux assurés pour réduire les dépenses publiques ? Ces deux questions ont dominé l’intervention d’Aleksandar Nikolic, député européen et porte-parole du Rassemblement national, mardi 25 août 2026.

Un projet saoudien à six milliards d’euros

Le débat a d’abord porté sur l’investissement annoncé par l’Arabie saoudite en Île-de-France. Le projet prévoit la création, à Cergy-Pontoise, d’un vaste complexe consacré aux loisirs, à l’hôtellerie, à la culture et au sport.

Le groupe saoudien Qiddiya envisage jusqu’à trois grandes attractions. L’une d’elles pourrait être consacrée à l’univers du manga Dragon Ball. Le montant annoncé atteint environ six milliards d’euros sur l’ensemble du développement. Emmanuel Macron évoque jusqu’à 22 000 emplois créés.

Ces chiffres ne correspondent pas nécessairement à des emplois immédiatement disponibles. Ils renvoient à l’ambition globale du projet et à son cycle de développement. Les effets dépendront donc des autorisations, du calendrier des travaux et de la fréquentation future.

Pour les élus et les acteurs économiques franciliens, l’opération présente plusieurs avantages. Elle peut attirer des capitaux, soutenir le secteur du tourisme et créer de l’activité dans la construction, l’hôtellerie ou les transports. Elle s’inscrit aussi dans une relation économique plus large entre Paris et Riyad.

La déclaration franco-saoudienne sur le projet de Cergy-Pontoise confirme toutefois qu’il s’agit encore d’une ambition à développer. Le texte ne décrit pas un parc déjà construit ni un nombre définitif d’emplois.

Le RN entre principes et « realpolitik »

Aleksandar Nikolic a jugé problématique de « pactiser » avec un pays dont les idées sont, selon lui, « aux antipodes » de celles de la France. Cette critique s’appuie sur les positions historiques du RN contre certains partenariats avec des régimes autoritaires.

Le député européen a cependant nuancé cette ligne. En cas d’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir, il affirme que l’Arabie saoudite resterait un partenaire possible. Il invoque la « realpolitik », c’est-à-dire une politique étrangère fondée sur les intérêts concrets plutôt que sur les seules considérations idéologiques.

Riyad fournit notamment du pétrole et partage avec Paris des intérêts dans le domaine de la défense. La France cherche aussi à développer ses entreprises dans l’énergie, l’eau, les transports et la logistique. Pour les industriels français, cette coopération peut donc ouvrir des marchés importants.

La contradiction est toutefois réelle. Amnesty International documente la situation des droits humains en Arabie saoudite. L’organisation évoque des restrictions sévères contre la liberté d’expression et d’association, des procès jugés iniques ainsi qu’un niveau élevé d’exécutions.

Le choix politique consiste donc à arbitrer entre deux objectifs. D’un côté, la France veut protéger ses intérêts économiques et stratégiques. De l’autre, elle doit éviter que ses partenariats donnent le sentiment de relativiser les droits fondamentaux. Cette tension ne concerne pas seulement le RN. Elle traverse la diplomatie française depuis plusieurs années.

Franchises médicales : une facture plus lourde pour certains assurés

Le second sujet concerne le budget de la Sécurité sociale. Le gouvernement souhaite relever le plafond annuel des franchises médicales à 140 euros, contre 100 euros aujourd’hui, selon les éléments évoqués pendant l’émission.

Les franchises médicales sont des sommes restant à la charge du patient sur certains médicaments, actes paramédicaux ou transports sanitaires. Elles sont généralement déduites des remboursements de l’Assurance maladie.

Aleksandar Nikolic juge cette hausse « inacceptable ». Il accuse le gouvernement de demander régulièrement des efforts aux Français tout en épargnant d’autres dépenses publiques. Il cite notamment l’aide médicale de l’État, ou AME, qui permet à des étrangers en situation irrégulière et sous conditions de ressources d’accéder à des soins.

Cette présentation oppose deux sujets de nature différente. Les franchises concernent les assurés sociaux, tandis que l’AME répond à un dispositif spécifique d’accès aux soins. Les règles officielles de l’AME prévoient notamment une condition de résidence, de ressources et une prise en charge encadrée.

Le débat porte donc aussi sur la prévention. Les personnes âgées, les patients atteints d’une maladie chronique et les personnes en situation de handicap peuvent cumuler les consultations, les médicaments et les dispositifs médicaux. Pour elles, un plafond plus élevé peut produire un effet plus important que pour un assuré qui se soigne rarement.

À l’inverse, les partisans de la mesure mettent en avant la nécessité de maîtriser les dépenses de santé. Le principe consiste à faire participer davantage certains patients afin de limiter le coût supporté par la collectivité. Mais le gain budgétaire dépendra du dispositif final et de ses exemptions.

Des parlementaires de gauche ont critiqué une logique qui augmente le reste à charge. Dans un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale, ils ont évoqué un risque de renoncement aux soins, notamment pour les malades chroniques et les personnes déjà fragiles financièrement. Les enfants, les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire et certaines femmes enceintes font partie des publics bénéficiant d’exemptions dans le cadre prévu par les textes.

Le RN veut négocier plutôt que censurer immédiatement

À l’Assemblée nationale, La France insoumise a annoncé son intention de censurer le gouvernement. Une motion de censure est un vote par lequel les députés peuvent faire tomber le gouvernement s’ils réunissent une majorité.

Le RN adopte une position plus conditionnelle. Aleksandar Nikolic estime que des négociations pourraient permettre de modifier le budget dans un sens favorable à ses électeurs. Il cite une baisse de la pression fiscale, des économies sur des agences jugées inutiles, une réduction de la contribution française à l’Union européenne et des mesures liées à l’immigration.

Cette stratégie donne au RN une marge de manœuvre. Le parti peut se présenter comme une force d’opposition tout en cherchant à obtenir des concessions concrètes. Le gouvernement, lui, peut tenter de trouver des voix à droite sans accepter toutes les demandes du RN.

Les propositions avancées s’inscrivent dans les orientations déjà défendues par le parti. Dans son programme européen du Rassemblement national, le RN réclame notamment une baisse de la contribution française au budget de l’Union européenne et une politique plus restrictive sur l’immigration.

Le point sensible reste le financement. Réduire une dépense ne suffit pas à produire une économie immédiate. Il faut préciser le montant, le calendrier et les conséquences pour les administrations, les collectivités ou les bénéficiaires concernés. Une baisse de la contribution européenne, par exemple, suppose aussi de mesurer l’effet sur les programmes financés par l’Union.

Les prochaines étapes à surveiller

La bataille budgétaire se jouera à l’automne 2026, lors de l’examen des textes financiers pour 2027. Les franchises médicales, l’AME, la contribution européenne et les économies administratives pourraient devenir des points de négociation majeurs.

Il faudra surtout surveiller le contenu exact du projet présenté par le gouvernement, les amendements adoptés au Parlement et la position finale du RN. Le vote d’une éventuelle motion de censure permettra ensuite de mesurer si le parti privilégie le compromis budgétaire ou la rupture politique.

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