Salaires des enseignants : les promesses de 2027 peuvent-elles améliorer l’école sans alourdir durablement la dépense publique ?
Édouard Philippe et Gabriel Attal rivalisent de propositions sur les salaires, l’autorité et la mixité scolaire. Derrière les annonces, le financement et les conditions de travail restent les véritables défis pour l’école.

Édouard Philippe propose d’augmenter de 20 % la rémunération moyenne des enseignants en cinq ans. Gabriel Attal avance une hausse de 200 euros nets par mois dès 2027, avec jusqu’à 500 euros en milieu de carrière. Les deux projets devront répondre au manque de candidats, aux difficultés de terrain et à la contrainte budgétaire.
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Pour les familles, la rentrée se joue dans la classe. Pour les enseignants, elle se joue aussi sur la fiche de paie, les conditions de travail et la capacité à tenir une classe. À quelques mois de la présidentielle de 2027, ces sujets deviennent un terrain central de compétition entre Édouard Philippe et Gabriel Attal.
Pourquoi l’école revient au centre du débat présidentiel
La rentrée scolaire du mardi 1er septembre 2026 fournit un calendrier politique idéal. Le gouvernement présente ses priorités, tandis que les candidats cherchent à imposer leurs thèmes avant l’ouverture officielle de la campagne.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a tenu sa conférence de presse de rentrée le mardi 25 août. Il y a notamment assuré que les élèves et les personnels pourraient bien reprendre les cours à la date prévue, malgré les perturbations provoquées par une cyberattaque contre le ministère.
Le ministre a aussi promis qu’il y aurait « assez de professeurs » à la rentrée 2026. Cette assurance répond à une difficulté devenue récurrente : dans plusieurs disciplines et territoires, l’administration peine à recruter et à stabiliser les équipes.
Le sujet dépasse donc la seule question des programmes. Il touche directement les familles, qui peuvent voir apparaître des heures non remplacées, des classes chargées ou des changements d’enseignants en cours d’année.
Deux promesses salariales, deux méthodes
Édouard Philippe propose une hausse de 20 % de la rémunération moyenne des enseignants sur cinq ans s’il est élu président. Il présente cette mesure comme un investissement nécessaire pour restaurer l’attractivité et la dignité du métier.
Son objectif affiché est double : rapprocher les salaires français de la moyenne européenne et éviter une dégradation des finances publiques. Le candidat Horizons ne détaille toutefois pas encore, dans les éléments disponibles, la répartition exacte de cette hausse entre traitement indiciaire, primes et progression de carrière.
Gabriel Attal avance une proposition plus découpée. Il promet 200 euros nets supplémentaires par mois dès la rentrée 2027. Il prévoit aussi jusqu’à 500 euros de plus pour les enseignants en milieu de carrière.
Les deux annonces répondent à un même constat politique. Les débuts de carrière ont été revalorisés ces dernières années, mais la progression salariale reste jugée trop lente par de nombreux personnels. D’après la dernière étude de la DEPP sur les salaires des enseignants, le salaire net moyen atteignait 3 090 euros par mois en 2024. Cette moyenne masque cependant de grands écarts entre corps, ancienneté, fonctions et lieux d’exercice.
Un débutant, un professeur des écoles expérimenté et un enseignant en classe préparatoire ne se trouvent pas dans la même situation. De même, une prime liée à l’éducation prioritaire ne compense pas toujours le coût du logement, le temps de transport ou la difficulté du poste.
Le salaire moyen ne raconte pas toute la réalité
La rémunération moyenne agrège des situations très différentes. Elle inclut notamment les primes, les heures supplémentaires et les fonctions particulières. Elle ne permet donc pas de mesurer directement le revenu d’un professeur qui débute ou d’un enseignant qui n’accepte pas de missions supplémentaires.
Le rapport budgétaire du Sénat consacré à l’enseignement scolaire souligne que la rémunération des enseignants français reste inférieure à celle d’actifs ayant un niveau de formation comparable. Le constat est particulièrement marqué dans le premier degré.
La question du financement sera donc décisive. Une hausse de 20 % ou de 500 euros nets mensuels représenterait une dépense durable pour l’État. Pour être crédible, chaque candidat devra préciser son calendrier, son coût et les éventuelles contreparties demandées.
Le précédent du Pacte enseignant illustre cette difficulté. Mis en place en 2023, ce dispositif rémunère des missions supplémentaires. La Cour des comptes a appelé à mieux évaluer ses effets. Pour les syndicats, une prime liée à davantage de tâches ne remplace pas une revalorisation générale du traitement.
L’autorité, autre ligne de fracture
Les deux candidats ne limitent pas leur offensive à la rémunération. Gabriel Attal veut fermer les 100 établissements qu’il considère comme les plus touchés par la ghettoïsation. L’objectif serait de réorganiser l’offre scolaire et de réduire la concentration des difficultés dans certains collèges et lycées.
Cette mesure bénéficierait potentiellement aux élèves scolarisés dans les établissements les plus fragiles. Mais elle pose une question concrète : que deviendraient les personnels, les familles et les élèves concernés ? Une fermeture ne produit pas automatiquement de la mixité. Elle peut aussi déplacer les difficultés vers les établissements voisins si la carte scolaire et les transports ne suivent pas.
Édouard Philippe propose, de son côté, une « amende de responsabilisation scolaire » pour les parents d’enfants harceleurs, perturbateurs ou absentéistes. Le dispositif viserait également les parents qui se montrent violents envers les personnels. Il s’inspire de mécanismes existant au Royaume-Uni.
Le principe répond à une demande d’autorité souvent exprimée par les équipes éducatives. Cependant, son application serait délicate. Les familles ne disposent pas toutes des mêmes ressources, de la même disponibilité ni du même accès aux services sociaux. Une sanction financière pourrait toucher plus durement les ménages modestes, sans résoudre les causes de l’absentéisme ou des violences.
Les enseignants demandent plus qu’un slogan
Les propositions des deux anciens Premiers ministres servent leurs positionnements respectifs. Édouard Philippe cherche à incarner la maîtrise budgétaire et l’autorité. Gabriel Attal met en avant son expérience de l’Éducation nationale et une volonté de rupture plus visible.
La contradiction vient du terrain. Les organisations syndicales réclament depuis plusieurs années une revalorisation durable, mais aussi des créations de postes, du temps pour préparer les cours, une meilleure formation et une réduction de la charge administrative. La consultation 2026 de l’UNSA Éducation place précisément l’attractivité et l’évolution des métiers au cœur du débat présidentiel.
Cette critique change la lecture des annonces. Une hausse de salaire peut aider à recruter, mais elle ne suffit pas à retenir les enseignants si les conditions d’exercice restent difficiles. La réforme de la formation et du recrutement, prévue à partir de 2026 avec un concours placé au niveau de la licence, devra également être évaluée.
Jean-Luc Mélenchon profite de cette rivalité pour attaquer deux responsables issus de la majorité présidentielle. Il moque leur volonté de « dynamiser l’école » et leurs prises de position antérieures sur l’abaya. Son intervention rappelle que l’éducation sera aussi un sujet de confrontation entre blocs politiques, et pas seulement entre les deux prétendants du centre et de la droite.
Le prochain test aura lieu à Roland-Garros
Édouard Philippe et Gabriel Attal doivent participer, jeudi 27 août, au premier débat de la campagne organisé devant le Medef, à Roland-Garros. D’autres responsables politiques sont également attendus à cette rencontre consacrée aux priorités économiques et sociales.
L’école y servira de test grandeur nature. Les candidats devront expliquer comment financer leurs promesses, comment répartir les hausses entre les différents métiers et comment mesurer les résultats sur le terrain.
Il faudra surtout surveiller les précisions apportées sur le calendrier budgétaire, le recrutement et la carte scolaire. Car derrière les annonces de rentrée, la question est simple : qui paiera, qui décidera et quelles améliorations les élèves et les enseignants verront réellement dans les établissements ?



