Victoire de l’AfD en Allemagne : le témoignage de Jean-Philippe Tanguy relance le débat sur ses alliances européennes
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt provoque des réactions en France. Jean-Philippe Tanguy affirme avoir été « terrorisé » après une rencontre avec des membres du parti allemand en 2019.

L’AfD a remporté une victoire historique en Saxe-Anhalt, sans obtenir seule la majorité nécessaire pour gouverner. En France, Jean-Philippe Tanguy dit avoir été « terrorisé » après une rencontre avec des membres du parti allemand en 2019, illustrant les tensions entre formations nationalistes européennes.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
Que signifie la victoire d’un parti d’extrême droite en Allemagne pour les responsables politiques français qui ont déjà travaillé avec lui ? La question revient au premier plan après le scrutin régional du 6 septembre 2026 en Saxe-Anhalt.
Une victoire qui dépasse les frontières allemandes
L’Alternative pour l’Allemagne, ou AfD, est arrivée largement en tête dans ce Land de l’est du pays. Le parti a obtenu environ 43,8 % des voix, selon les résultats disponibles après le vote. Il devance nettement la CDU, la droite conservatrice allemande, qui a réalisé son plus mauvais score régional.
Cette performance est historique. L’AfD devient la première force politique du Parlement régional de Saxe-Anhalt. Elle n’obtient toutefois pas la majorité absolue. Pour gouverner seule, elle aurait dû remporter plus de la moitié des sièges.
Le scrutin ouvre donc une période de négociations. Les autres partis peuvent tenter de former une coalition pour empêcher l’AfD de diriger le gouvernement régional. En Allemagne, cette stratégie est souvent désignée par l’expression de « cordon sanitaire ». Elle consiste à refuser toute alliance avec l’extrême droite.
La situation est d’autant plus observée que l’AfD pourrait, pour la première fois, prendre la tête d’un gouvernement régional allemand depuis la création de la République fédérale en 1949.
Jean-Philippe Tanguy dit avoir été « terrorisé »
Cette victoire a fait réagir Jean-Philippe Tanguy. Le député du Rassemblement national de la Somme s’est dit « choqué » par le résultat, lors d’une intervention diffusée mardi 8 septembre 2026.
L’élu a également raconté une rencontre avec des membres de l’AfD avant les élections européennes de 2019. À cette époque, il appartenait encore à Debout la France, le parti dirigé par Nicolas Dupont-Aignan.
Selon son récit, cette réunion s’est tenue au Parlement européen. Jean-Philippe Tanguy affirme être sorti du bureau « terrorisé » avec Nicolas Dupont-Aignan.
« On s’est dit : mais ce n’est pas possible, c’est qui ces gens ? », a-t-il déclaré. Il décrit ainsi une prise de distance ancienne avec certains responsables de l’AfD, alors même que le parti allemand cherche depuis plusieurs années à nouer des relations avec des formations nationalistes européennes.
Le témoignage porte sur une expérience personnelle. Il ne permet pas, à lui seul, de décrire l’ensemble des élus ou des militants de l’AfD. Il montre toutefois les tensions qui peuvent apparaître entre partis européens lorsqu’ils tentent de coopérer malgré des histoires et des cultures politiques différentes.
Pourquoi le résultat de l’AfD est un signal fort
La Saxe-Anhalt se situe dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Comme d’autres Länder orientaux, elle connaît une défiance importante envers les partis traditionnels. Les difficultés économiques, le vieillissement de la population et le sentiment de déclassement alimentent cette défiance.
Le vote ne s’explique cependant pas par une seule cause. L’AfD a construit sa campagne autour de plusieurs thèmes : l’immigration, la sécurité, le pouvoir d’achat et le rejet des élites politiques. Elle bénéficie aussi d’un contexte national difficile pour le gouvernement allemand.
La victoire de l’AfD ne signifie pas que tous ses électeurs partagent exactement le même projet. Certains ont voulu soutenir le parti. D’autres ont pu utiliser leur bulletin pour sanctionner la CDU et les autres formations au pouvoir.
Pour les habitants favorables à l’AfD, ce résultat représente une possibilité de changement. Ils espèrent notamment une politique plus stricte sur l’immigration et une réponse aux difficultés quotidiennes. Pour ses opposants, il fait naître des inquiétudes sur les droits des personnes immigrées, les minorités et le fonctionnement des institutions.
Le résultat crée aussi une difficulté concrète pour les entreprises et les collectivités. Une partie du monde économique redoute qu’une image politique plus radicale rende la région moins attractive pour les travailleurs étrangers et les investisseurs. Dans un territoire confronté à des besoins de main-d’œuvre, cette question dépasse le seul débat électoral.
Le RN français face à une formation allemande plus radicale
Le Rassemblement national entretient des liens avec plusieurs partis européens, mais les relations avec l’AfD ont connu des limites. En 2024, le RN avait notamment pris ses distances avec certains propos et certaines positions de responsables de l’AfD au Parlement européen.
Cette différence est importante. Le RN cherche à apparaître comme une force capable d’exercer le pouvoir en France. L’AfD conserve, de son côté, une image plus radicale en Allemagne. Les services régionaux de protection de la Constitution allemands classent d’ailleurs la branche de l’AfD en Saxe-Anhalt comme un mouvement d’extrême droite avéré.
La déclaration de Jean-Philippe Tanguy répond donc à un double enjeu. Elle exprime une réaction personnelle face à la progression de l’AfD. Elle permet aussi au député RN de marquer une distance avec un parti dont la réputation est plus controversée, y compris dans les milieux nationalistes européens.
Cette position peut bénéficier au RN sur le plan de la respectabilité. Elle comporte aussi une limite. Le parti français reste lui-même classé à droite de l’échiquier politique et défend une ligne dure sur l’immigration, la sécurité et l’identité nationale. Ses adversaires peuvent donc considérer cette prise de distance comme une distinction de degré plutôt qu’une opposition de principe.
Le prochain test : former un gouvernement régional
L’AfD a remporté le scrutin, mais elle ne dispose pas seule de la majorité nécessaire pour gouverner. Elle doit donc compter sur une alliance, un accord de soutien ou une abstention d’autres groupes.
La CDU se trouve au centre de cette équation. Une coopération officielle avec l’AfD romprait avec la ligne défendue par les principaux partis allemands. Mais un refus total pourrait conduire à une coalition large et difficile à stabiliser.
Les semaines qui viennent seront donc décisives. Il faudra surveiller les discussions entre la CDU, le SPD, les Verts, Die Linke et les autres formations représentées au Parlement régional. Le choix d’un ministre-président dira jusqu’où les partis allemands acceptent de maintenir le « cordon sanitaire ».
Au-delà de la Saxe-Anhalt, le scrutin servira de référence pour les prochaines batailles électorales. Il mesure la capacité de l’AfD à transformer une forte implantation électorale en pouvoir exécutif. Il teste aussi la solidité des partis traditionnels face à la progression de l’extrême droite.



