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ANALYSES & OPINIONS Liberté d’expression sous tension

Menaces contre Macron : le procès de Ritchy Thibault met la liberté d’expression face au juge pénal

Poursuivi pour des propos tenus au Salon de l’agriculture, Ritchy Thibault a été expulsé de l’audience après plusieurs incidents. Le tribunal doit désormais trancher entre menace pénale et provocation politique.

Réunion de commission parlementaire française avec témoins anonymes, micros et dossiers lors d’une audience tendue
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En bref

Ritchy Thibault est poursuivi pour une phrase adressée à Emmanuel Macron au Salon de l’agriculture en 2024. Expulsé après des échanges tendus avec la présidente, il a vu ses avocats et ses témoins quitter la salle avant un huis clos. Le jugement est attendu le 10 octobre 2026.

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Que se passe-t-il quand un prévenu transforme son audience en tribune politique ? À Paris, le procès de Ritchy Thibault devait porter sur une phrase adressée à Emmanuel Macron. Il s’est finalement concentré sur le comportement du jeune militant dans la salle d’audience.

Une affaire née au Salon de l’agriculture

Le dossier remonte au 24 février 2024. Ce jour-là, Emmanuel Macron visitait le Salon de l’agriculture, dans un climat très tendu. La colère du monde agricole avait marqué l’ouverture de l’événement. Le président avait été hué et pris à partie par plusieurs manifestants.

Ritchy Thibault s’était placé sur une barrière au moment du passage du chef de l’État. Il lui avait lancé : « Éborgneur, n’oublie jamais que nous sommes le pays de la Révolution française, le pays qui fait tomber la tête des monarques ! »

Le parquet considère cette phrase comme une menace de mort visant le président de la République. La défense soutient au contraire qu’il s’agissait d’une adresse politique, provocatrice et historique, mais dépourvue d’intention criminelle.

Après son interpellation, Ritchy Thibault avait été placé en garde à vue pendant quarante-huit heures. Son procès, initialement prévu en 2024, a ensuite été reporté à plusieurs reprises. Il s’est finalement tenu le 8 septembre 2026 devant la 10e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.

Un prévenu qui refuse les codes du tribunal

Dès l’ouverture de l’audience, le ton est monté. Le président du tribunal a demandé à Ritchy Thibault d’éteindre son téléphone. Le prévenu a contesté la consigne et répondu sur un ton provocateur.

La suite de l’audience a confirmé cette tension. Ritchy Thibault a interrompu la présidente, contesté ses demandes et multiplié les digressions. Il a aussi critiqué le procureur et le fonctionnement de la justice.

Le tribunal devait examiner les faits reprochés, mais aussi entendre plusieurs témoins cités par la défense. Parmi eux figuraient des universitaires, des militants et des personnalités liées au mouvement des « gilets jaunes ».

La défense avait également demandé l’audition d’un témoin détenu à la centrale de Moulins-Yzeure, par visioconférence. Les avocats affirment avoir formulé cette demande le 28 août. Le parquet a estimé que le délai était trop court pour organiser cette comparution.

Pour les conseils de Ritchy Thibault, cette décision pose une question de procès équitable. Ils estiment qu’un témoin cité par la défense ne peut pas être écarté pour une simple difficulté d’organisation. Le tribunal n’a pas retenu cette demande à ce stade.

Une audience élargie à d’autres procédures

Le procès ne portait pas seulement sur la phrase prononcée contre Emmanuel Macron. Le parquet avait joint deux autres procédures au dossier principal.

La première concerne des propos visant la préfecture de police de Paris. Ritchy Thibault aurait déclaré : « Le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille n’était pas déclarée ; aujourd’hui, la prise de la préfecture de police ne le sera pas davantage. » Ces mots font l’objet de poursuites pour outrage et menace.

La seconde procédure concerne une prise de parole au cours de laquelle il aurait appelé à la « libération des derniers territoires de l’empire colonial français ». L’accusation estime que cette déclaration pourrait relever de la provocation à la rébellion armée.

Le tribunal a considéré que l’examen des trois dossiers aurait nécessité environ douze heures. Il a donc décidé de renvoyer les deux procédures complémentaires au 18 mai 2027. Seul le dossier concernant Emmanuel Macron a été examiné au fond le 8 septembre.

De la provocation à l’expulsion

Au fil des échanges, la présidente a tenté de recentrer les débats sur les faits. Ritchy Thibault a toutefois souhaité lire des extraits de l’un de ses ouvrages et développer longuement sa vision de la société, de la police et de l’autorité.

La magistrate lui a rappelé que cette lecture ne devait pas empêcher le déroulement normal de l’audience. Elle lui a proposé de poursuivre les débats avant de lui laisser la parole à la fin.

Le compromis n’a pas tenu. Après une nouvelle interruption et un échange tendu avec le procureur, la présidente a estimé que le comportement du prévenu troublait le bon déroulement des débats. Elle a ordonné son expulsion pour trouble à l’ordre public.

Ritchy Thibault a alors demandé à ses soutiens de quitter la salle. Plusieurs témoins et ses avocats sont partis à leur tour. Le public a entonné un chant associé au mouvement des « gilets jaunes » avant de sortir du tribunal.

La présidente a ensuite ordonné un huis clos. Cette mesure signifie que le public et la presse ne peuvent plus assister aux débats. Le tribunal a poursuivi l’examen du dossier en l’absence du prévenu, de ses avocats et des témoins cités par la défense.

Liberté d’expression contre protection du chef de l’État

Le cœur juridique de l’affaire reste la qualification de menace de mort. Une formule peut être violente, choquante ou insultante sans constituer automatiquement une menace pénale. Les juges doivent rechercher son sens, son contexte et l’intention de celui qui l’a prononcée.

La défense présente Ritchy Thibault comme un militant qui utilise l’exagération et les références révolutionnaires pour critiquer le pouvoir. Elle dénonce des poursuites motivées par ses opinions et une volonté de limiter une parole contestataire.

Le parquet et les autorités concernées se placent sur un autre terrain. Pour eux, les références à la décapitation d’un monarque ne peuvent pas être détachées du contexte politique et sécuritaire. La fonction présidentielle bénéficie d’une protection particulière, surtout lorsque des propos peuvent être compris comme un appel à la violence.

Cette opposition dépasse le seul cas de Ritchy Thibault. Elle concerne aussi les militants, les élus et les agents publics qui évoluent dans un espace politique de plus en plus conflictuel. Les responsables publics sont davantage exposés aux insultes et aux menaces en ligne. Les opposants, eux, redoutent que la justice ne devienne un outil de dissuasion.

Le parcours du prévenu alimente cette controverse. Ancien « gilet jaune », étudiant en histoire et ex-collaborateur parlementaire de la députée LFI Ersilia Soudais, il s’est fait connaître par ses prises de parole radicales. En 2025, plusieurs de ses déclarations avaient déjà suscité des réactions politiques et administratives.

La France insoumise avait pris ses distances avec certains de ses propos. De son côté, Ritchy Thibault affirme agir en son nom et revendique une critique de l’autorité, des institutions et des partis.

Le délibéré attendu le 10 octobre

Le tribunal n’a pas annoncé publiquement les réquisitions au moment où l’audience a été interrompue. Le jugement doit être rendu le 10 octobre 2026.

Cette décision permettra de savoir si la phrase prononcée au Salon de l’agriculture est retenue comme une menace de mort ou comme une déclaration politique protégée par la liberté d’expression. Le tribunal devra aussi se prononcer dans un contexte particulier : les débats ont été poursuivis à huis clos après l’expulsion du prévenu et le départ de sa défense.

Les deux autres procédures, concernant la préfecture de police et l’appel à la « libération » de territoires coloniaux, sont désormais fixées au 18 mai 2027. Ces audiences pourraient prolonger le débat sur les limites de la provocation politique et sur la manière dont les tribunaux répondent aux prévenus qui contestent leur autorité.

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