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ÉLECTIONS Le logement sous tension

Logement social : les promesses de Marine Le Pen peuvent-elles vraiment améliorer la vie des ménages ?

À Hénin-Beaumont, Marine Le Pen place le logement et le pouvoir d’achat au cœur de sa rentrée politique. Ses propositions mêlent construction, accession à la propriété et priorité nationale, au risque de fortes controverses juridiques.

Habitants devant un service municipal du logement, dans une rue résidentielle d’une ville moyenne du Pas-de-Calais
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En bref

Marine Le Pen veut faire du logement un axe majeur de sa campagne présidentielle. Elle propose de construire davantage, de faciliter l’accès à la propriété et de réserver prioritairement certains dispositifs aux Français. Ces mesures posent des questions de financement, de mixité sociale et de compatibilité avec le droit actuel.

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Pour une famille qui cherche à louer, acheter ou simplement rester dans son quartier, le logement est devenu une question politique centrale. Marine Le Pen veut en faire l’un des grands thèmes de sa campagne présidentielle, en renouant avec le discours social porté par le Rassemblement national en 2022.

Une rentrée politique pensée pour relancer la dynamique

Dimanche 13 septembre 2026, Marine Le Pen a tenu son meeting de rentrée à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais. Près de 2 000 personnes se sont réunies dans une salle couverte, après l’annulation d’une déambulation prévue dans les rues de la ville à cause de la pluie.

Le décor devait rappeler l’ancrage local de la députée et la fidélité de son électorat. Le mauvais temps a finalement imposé une séquence plus sobre. L’essentiel était ailleurs : montrer que la candidate reprend la main après une période marquée par les incertitudes judiciaires et les interrogations sur la ligne du RN.

À la tribune, Marine Le Pen a cherché à installer une image de candidate déjà tournée vers la présidentielle. Elle a aussi voulu afficher une relation apaisée avec Jordan Bardella, président du RN. Le public a été invité à lui souhaiter son anniversaire. En revanche, Bardella n’a pas pris la parole.

Cette mise en scène répond à une difficulté politique. Marine Le Pen apparaît en position favorable dans les enquêtes d’opinion, mais le RN refuse de considérer sa qualification pour le second tour comme acquise. « Il faut faire campagne comme si on était à 14 % », a résumé Julien Sanchez, directeur de campagne.

Le logement comme nouvelle porte d’entrée sociale

Le choix du logement n’est pas anodin. Le sujet touche directement les locataires, les ménages modestes, les jeunes actifs et les classes moyennes qui renoncent parfois à acheter. Il renvoie aussi à une crise concrète de l’offre.

La construction neuve a connu une forte baisse en 2024. En Île-de-France, les autorisations ont reculé de 12,7 % cette année-là, après une baisse de 21,8 % en 2023. À l’échelle nationale, les mises en chantier restent également très éloignées des besoins de nombreux territoires. Les données de l’Insee sur la construction de logements montrent l’ampleur du ralentissement.

Marine Le Pen a annoncé vouloir « libérer la construction, valoriser le parc existant et encourager la propriété ». Elle propose notamment de mettre davantage de foncier à disposition des promoteurs. Elle souhaite aussi réduire certaines contraintes qui, selon elle, renchérissent les opérations et ralentissent les chantiers.

La candidate vise en particulier le dispositif de zéro artificialisation nette, ou ZAN. Cette règle cherche à limiter la consommation de terres naturelles et agricoles par l’urbanisation. Le RN estime qu’elle bloque la construction dans les zones où les habitants ont pourtant besoin de logements.

Le débat oppose ici deux priorités. Les promoteurs et les ménages en attente demandent davantage de terrains constructibles. Les défenseurs de l’environnement alertent sur l’étalement urbain, la disparition des terres agricoles et le coût des nouvelles infrastructures pour les collectivités.

La « priorité nationale » au cœur du programme

Le discours ne s’est pas limité à la construction. Marine Le Pen a réaffirmé sa volonté d’appliquer une « priorité nationale » dans l’attribution des logements sociaux. Concrètement, cette mesure donnerait un avantage aux citoyens français par rapport aux étrangers, à situation comparable.

Le RN défend cette proposition depuis plusieurs années. Une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale en mars 2024 visait déjà à instaurer cette priorité dans l’accès au logement social. Le dossier parlementaire consacré à cette proposition présente les arguments avancés par le groupe.

Cette orientation se heurte toutefois au cadre juridique actuel. Le logement social est attribué selon des critères de ressources, de composition familiale, de handicap, de conditions de logement et de situation d’urgence. Les règles ne reposent pas uniquement sur la nationalité.

Le gouvernement rappelle aussi que la loi SRU impose à certaines communes d’atteindre 20 % ou 25 % de logements sociaux. Cette obligation vise à mieux répartir l’offre et à éviter que celle-ci reste concentrée dans les mêmes villes. Le ministère du Logement explique le fonctionnement de l’article 55 de la loi SRU.

Marine Le Pen propose au contraire d’abroger cette obligation. Elle estime qu’elle impose des constructions à des communes qui ne disposent pas toujours des moyens financiers ou du foncier nécessaires. Ses opposants y voient un risque de réduire la mixité sociale et de laisser certaines municipalités échapper à l’effort collectif.

Une ligne sociale, mais aussi sécuritaire et pro-propriétaires

La candidate a également défendu une loi anti-squat. Elle veut renforcer la protection des propriétaires et accélérer les expulsions dans les situations d’occupation illégale. Le RN avait déjà déposé un texte en ce sens à l’Assemblée nationale en novembre 2022. La proposition de loi contre le squat portée par les députés RN détaille cette approche.

Elle a aussi évoqué l’expulsion du logement social des familles de délinquants. Cette mesure vise à associer accès au logement et respect des règles collectives. Ses défenseurs y voient un outil d’autorité. Ses critiques dénoncent une sanction qui pourrait frapper des membres d’une famille n’ayant pas participé aux faits reprochés.

Le programme cherche donc à réunir plusieurs publics. Les propriétaires y trouvent des garanties supplémentaires. Les promoteurs attendent une simplification des règles. Les ménages modestes espèrent un accès facilité au logement. Mais les locataires étrangers, les familles nombreuses et les habitants des communes déjà déficitaires pourraient être directement concernés par la priorité nationale et la remise en cause de la loi SRU.

La promesse sociale s’accompagne ainsi d’une orientation économique et politique précise. Marine Le Pen veut construire davantage, faciliter l’accession à la propriété et réduire certaines normes. Elle veut aussi réserver en priorité les dispositifs publics aux Français. Ces mesures ne produiraient pas les mêmes effets selon le statut, le territoire et le niveau de revenus des ménages.

Retrouver le ton de 2022 sans effacer les tensions internes

À Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a repris un vocabulaire déjà utilisé lors de sa campagne de 2022. « Nous devons mener la bataille sociale », a-t-elle martelé. Elle promet de placer le pouvoir d’achat au centre de la prochaine campagne, avec un accent particulier sur le prix de l’énergie.

Cette stratégie permet au RN de parler aux catégories populaires sans abandonner ses thèmes traditionnels. Le logement offre aussi un terrain plus concret que l’immigration ou les questions institutionnelles. Il permet d’aborder les loyers, les factures, l’accès au crédit et la propriété.

Mais le parti doit encore clarifier sa ligne. La rentrée a été marquée par des désaccords sur l’économie, le voile dans l’espace public et la guerre en Ukraine. Le retour de Marion Maréchal remet également en lumière les tensions autour de l’organisation du mouvement et de la place de Jordan Bardella.

Marine Le Pen veut donc montrer un front uni. Elle doit en même temps préparer une campagne capable de dépasser le socle historique du RN. Le parti devra parler à ses électeurs les plus fidèles, tout en rassurant ceux qui pourraient le rejoindre au second tour.

Les prochaines étapes à surveiller

La suite de la campagne permettra de vérifier si le logement devient réellement un axe durable du projet présidentiel. Il faudra notamment observer le chiffrage des mesures, le calendrier de présentation du programme et la place accordée au pouvoir d’achat.

Le débat portera aussi sur la faisabilité juridique de la priorité nationale et sur les conséquences d’une éventuelle abrogation de la loi SRU. Enfin, la capacité de Marine Le Pen et Jordan Bardella à maintenir une stratégie commune sera déterminante. Le RN veut apparaître comme le parti de l’alternance. Il doit désormais démontrer que son discours social peut devenir un programme applicable.

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