La percée AfD en Allemagne bouscule le débat français sur l’immigration et les alliances de la droite radicale
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt relance le débat sur l’immigration, la souveraineté et les coopérations européennes. En France, Sarah Knafo revendique des convergences tout en prenant ses distances avec certaines figures du parti allemand.

L’AfD a obtenu 43,8 % des voix en Saxe-Anhalt, un résultat historique qui confirme son implantation dans l’est de l’Allemagne. Sarah Knafo y voit la preuve d’une dynamique favorable aux partis opposés à l’immigration, tout en se démarquant de responsables controversés comme Maximilian Krah. Le parti reste toutefois isolé pour former un gouvernement régional.
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Que signifie la victoire de l’AfD pour les débats français sur l’immigration ? En Allemagne, le parti d’extrême droite vient de franchir un seuil électoral majeur. En France, ce résultat nourrit déjà les arguments de Reconquête et relance la question des alliances européennes.
Une victoire historique dans l’est de l’Allemagne
L’Alternative für Deutschland, ou AfD, a obtenu 43,8 % des voix aux élections régionales en Saxe-Anhalt, selon les résultats provisoires rapportés par les chiffres de la chaîne publique allemande. Il s’agit du meilleur résultat obtenu par un parti dans l’histoire de cette région depuis la réunification allemande.
La Saxe-Anhalt se situe dans l’ancienne Allemagne de l’Est. L’AfD y dispose depuis plusieurs années d’un électorat solide. Cette fois, son score lui permet de devancer nettement les autres formations, sans toutefois lui garantir seule la direction du gouvernement régional.
Le parti devra donc rechercher des soutiens. Or, les formations traditionnelles allemandes maintiennent officiellement leur refus de gouverner avec l’AfD. Cette règle, souvent appelée « cordon sanitaire », limite les options de coalition, même lorsque l’extrême droite arrive en tête.
Le résultat ne se résume pas à la question migratoire. Le vote exprime aussi une défiance envers les partis installés, les difficultés économiques locales et le sentiment d’abandon exprimé dans plusieurs territoires de l’Est. La progression de l’AfD s’appuie ainsi sur plusieurs colères, qui ne recouvrent pas toutes les mêmes attentes.
Sarah Knafo assume son soutien à l’AfD
Interrogée lundi 14 septembre sur BFMTV-RMC, Sarah Knafo a renouvelé son soutien au parti allemand. La députée européenne et secrétaire générale de Reconquête a mis en avant trois convergences : « la souveraineté des nations », « la lutte contre l’immigration clandestine » et « la défense de l’identité des peuples européens ».
Elle a également dénoncé une prétendue banalisation du terme « nazi » dans le débat public. « Tous les partis, partout dans le monde, qui veulent lutter contre l’immigration » seraient, selon elle, « nazifiés ». Elle a cité l’AfD, mais aussi le Rassemblement national.
Sarah Knafo a ajouté qu’il était impossible, selon elle, de considérer que « 45 % des Allemands sont nazis ». Elle présente donc le vote AfD comme l’expression d’une attente populaire, plutôt que comme l’adhésion à une idéologie extrémiste.
Cette lecture bénéficie directement à Reconquête. Le parti d’Éric Zemmour cherche à inscrire son discours dans une dynamique européenne plus large. La progression de formations hostiles à l’immigration lui permet de défendre l’idée d’un mouvement international en expansion.
Pourquoi l’AfD reste au centre des controverses
L’AfD ne se limite pas à un programme de contrôle migratoire. Le parti défend aussi une ligne très critique envers l’Union européenne. Il s’est rapproché de positions favorables à la Russie et a affiché une proximité politique avec Donald Trump. Ces orientations expliquent les convergences évoquées par Reconquête, mais elles alimentent également les critiques de ses adversaires.
Les autorités allemandes ont par ailleurs placé l’AfD sous une surveillance renforcée. La formation a été qualifiée de mouvement d’extrême droite avéré par l’Office fédéral de protection de la Constitution. Cette classification permet aux services de renseignement intérieur d’utiliser des moyens de surveillance spécifiques, sous contrôle juridique.
Les dirigeants de l’AfD contestent cette qualification. Ils affirment qu’elle vise à empêcher leur parti de participer normalement à la vie démocratique. À l’inverse, leurs opposants estiment que la surveillance repose sur des éléments précis concernant certains discours, réseaux et responsables du parti.
Le débat porte notamment sur l’attitude de plusieurs cadres envers l’histoire du nazisme. L’AfD a connu des polémiques liées à des propos relativisant certains crimes du régime nazi. Ces épisodes expliquent pourquoi les autres partis allemands refusent, à ce stade, toute alliance nationale ou régionale avec elle.
Le cas Maximilian Krah, une limite au rapprochement
Sarah Knafo affirme toutefois distinguer le soutien à l’AfD de l’adhésion à tous ses responsables. Elle a rappelé avoir refusé de siéger avec Maximilian Krah, ancien député européen du parti.
En 2024, Krah avait été écarté de la campagne européenne de l’AfD après plusieurs controverses. Il avait notamment déclaré qu’un membre de la SS n’était pas automatiquement un criminel. Cette déclaration avait provoqué une crise au sein du parti et contribué à son exclusion du groupe parlementaire européen.
La position de Krah n’a toutefois pas mis fin à sa carrière électorale. Élu au Bundestag en février 2025, il siège désormais au Parlement allemand dans les rangs de l’AfD. Sa fiche officielle de député confirme son mandat et son appartenance au groupe parlementaire du parti.
Sarah Knafo assure avoir posé une condition claire avant toute coopération. « Je leur ai dit que je ne siégerais jamais avec ce monsieur », a-t-elle déclaré. Elle affirme que les responsables de l’AfD ont ensuite décidé de l’exclure du groupe européen.
Cette distinction reste difficile à tenir politiquement. Elle permet à Reconquête de soutenir les thèmes et les électeurs de l’AfD, tout en prenant ses distances avec certaines figures controversées. Mais elle ne règle pas la question de la responsabilité collective d’un parti dans le choix de ses candidats et dans les propos de ses dirigeants.
Un débat qui dépasse la seule immigration
Pour les électeurs favorables à l’AfD, le résultat de Saxe-Anhalt confirme que les partis traditionnels ne répondent plus à leurs préoccupations. L’immigration, la sécurité et le coût de la vie figurent au cœur de leurs attentes. Dans les territoires ruraux et industriels, la fermeture de services publics et le manque de perspectives renforcent aussi le vote protestataire.
Pour les adversaires du parti, cette victoire ne peut pas être séparée de son discours identitaire et de ses liens avec des responsables régulièrement accusés de banaliser l’extrême droite. Ils redoutent qu’un succès électoral conduise à normaliser des positions jusque-là marginales dans le débat allemand.
Les conséquences sont différentes selon les acteurs. L’AfD gagne en légitimité électorale, mais reste isolée institutionnellement. Reconquête peut s’appuyer sur un nouvel exemple européen, mais prend le risque d’être associé aux polémiques de ses partenaires. Les partis traditionnels, eux, doivent répondre à une contradiction : respecter le résultat des urnes tout en refusant une coopération gouvernementale.
Les prochaines étapes à surveiller
La première question concerne la formation du gouvernement régional en Saxe-Anhalt. L’AfD devra mesurer sa capacité à imposer ses thèmes sans disposer automatiquement d’une majorité. Les négociations entre les autres formations détermineront aussi la solidité du cordon sanitaire allemand.
En France, les déclarations de Sarah Knafo devraient prolonger le débat sur les relations entre Reconquête, le Rassemblement national et les partis européens classés à l’extrême droite. L’enjeu sera de savoir jusqu’où ces formations peuvent coopérer sur l’immigration et la souveraineté, tout en se démarquant des courants les plus radicaux de l’AfD.



