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ÉLECTIONS Le centre cherche son arbitre

Primaire présidentielle 2027 : les électeurs face au pari de Bayrou pour éviter la dispersion du centre

François Bayrou relance l’idée d’une primaire réunissant droite modérée, centre et gauche sociale-démocrate. Son objectif : désigner un candidat commun face au RN et à La France insoumise.

Salle de réunion politique avec estrade, pupitre et rangées de chaises, lors d’une rentrée militante à L’Isle-sur-la-Sorgue
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En bref

François Bayrou propose une primaire ouverte aux forces allant de la droite modérée à la gauche sociale-démocrate pour désigner un candidat commun en 2027. Il veut éviter la dispersion du centre et renforcer les chances d’une majorité après l’élection, mais Édouard Philippe, Gabriel Attal et la gauche modérée restent prudents face à cette méthode.

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Comment éviter qu’une présidentielle à plusieurs tours ne se transforme en duel entre deux camps très éloignés du centre ? À dix-huit mois de l’élection de 2027, François Bayrou remet cette question au cœur du débat. Son idée : organiser une primaire commune, de la droite à la gauche modérée, pour désigner un candidat capable de rassembler largement.

Un espace central menacé par la dispersion

Le président du MoDem a défendu cette proposition vendredi 18 septembre, à l’ouverture de l’université de rentrée de son parti, à L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse. Il y a décrit une situation qu’il juge de plus en plus dangereuse pour les forces modérées.

François Bayrou redoute la progression électorale de deux formations situées aux extrémités du paysage politique : le Rassemblement national et La France insoumise. Il estime que leur présence simultanée au second tour pourrait conduire à un choix jugé particulièrement difficile par les électeurs du centre et de la droite modérée.

« Le risque s’aggrave chaque jour », a-t-il déclaré, évoquant « la prééminence électorale et la présence au deuxième tour de deux forces qui sont chacune pour leur compte et conjointement mortelles dans leurs conséquences pour le pays ». Ces propos constituent le point de départ de son appel à une candidature commune.

Pour le dirigeant centriste, aucune famille politique ne dispose seule d’une base assez large pour gouverner durablement après la présidentielle. La droite, la gauche modérée et le centre devraient donc, selon lui, construire un ensemble commun avant le scrutin.

Une primaire pour donner une légitimité au candidat

François Bayrou ne propose pas seulement un accord entre appareils. Il défend une primaire, c’est-à-dire une consultation destinée à départager plusieurs candidats avant l’élection présidentielle.

La différence est importante. Dans une primaire classique, les candidats se confrontent à l’intérieur d’un même parti ou d’une famille politique. Le président du MoDem veut, lui, élargir le périmètre à un « grand courant central ». Celui-ci irait, selon sa définition, de la droite modérée à la gauche sociale-démocrate.

Son objectif est double. D’abord, éviter la multiplication des candidatures au premier tour. Ensuite, donner au vainqueur une légitimité qui ne reposerait pas seulement sur sa notoriété, ses réseaux ou les sondages.

Cette question concerne directement Édouard Philippe et Gabriel Attal. Les deux anciens Premiers ministres ont déjà déclaré leur ambition pour 2027. François Bayrou considère toutefois qu’aucun des deux ne dispose encore de la légitimité suffisante pour s’imposer à l’ensemble de cet espace politique.

« Personne dans ce grand espace n’a la légitimité d’avoir été choisi démocratiquement par un processus qui tienne la route », a-t-il résumé dans une déclaration rapportée par le compte rendu de la rentrée du MoDem.

Pour gouverner, Bayrou veut une majorité plus large

La primaire ne serait pas seulement un outil électoral. Elle servirait aussi à préparer l’après-présidentielle. En France, le président élu doit généralement obtenir une majorité à l’Assemblée nationale pour appliquer son programme sans dépendre d’alliances instables.

Or, les élections législatives qui suivent la présidentielle peuvent produire une Assemblée fragmentée. Dans ce cas, le gouvernement doit négocier texte par texte. Il peut aussi être exposé à une motion de censure, c’est-à-dire un vote par lequel les députés cherchent à le renverser.

François Bayrou estime qu’un candidat désigné par une primaire transpartisane aurait davantage de chances de réunir ensuite une majorité parlementaire. « C’est seulement si nous sommes capables de construire ce grand ensemble, cette grande coalition, que nous avons une petite chance » de remporter l’élection et de gouverner, a-t-il expliqué.

Cette stratégie bénéficierait d’abord aux formations du centre. Elles pourraient conserver une influence nationale malgré leur dispersion. Elle offrirait aussi aux élus une méthode pour éviter une compétition trop agressive entre candidats issus de la même famille politique.

Mais le pari comporte une difficulté majeure. Une coalition allant de la droite modérée à la gauche modérée devrait s’entendre sur un programme commun. Les divergences seraient nombreuses sur les retraites, les impôts, les services publics, l’immigration, l’écologie et les finances publiques.

Une proposition qui divise déjà le bloc central

L’idée n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs mois, François Bayrou plaide pour une désignation commune. D’autres responsables politiques défendent également une forme de rapprochement entre la droite et le centre. Cependant, les modalités et le périmètre de cette éventuelle primaire restent très disputés.

Édouard Philippe s’est montré favorable à une discussion entre les différentes forces de la droite et du centre. Gabriel Attal, lui, refuse de considérer qu’un candidat serait naturellement désigné avant la campagne. Les deux hommes disposent déjà de leurs propres réseaux, de leurs équipes et de leur visibilité nationale.

Cette situation réduit leur intérêt à accepter une procédure qui pourrait les conduire à perdre. Une primaire peut donner une forte légitimité au vainqueur, mais elle impose aussi aux candidats de reconnaître à l’avance le résultat. Elle peut enfin exposer les désaccords internes devant les électeurs.

La proposition de François Bayrou ne convainc pas non plus automatiquement à gauche. La présence de Bernard Cazeneuve à la rentrée du MoDem a illustré l’existence de passerelles avec la social-démocratie. Mais l’ancien Premier ministre s’est montré prudent sur le principe d’une primaire, tout en appelant au rassemblement.

Cette prudence souligne une limite politique. Les sociaux-démocrates peuvent vouloir empêcher une victoire du RN ou de La France insoumise sans souhaiter s’intégrer à une coalition dominée par la droite et les anciens soutiens d’Emmanuel Macron.

Les électeurs, arbitres d’un rapprochement incertain

Pour les électeurs, l’enjeu serait concret. Une candidature commune pourrait réduire le nombre de bulletins au premier tour et clarifier l’offre politique. Elle pourrait aussi éviter que plusieurs candidats proches se neutralisent.

Mais cette clarification aurait un coût si elle reposait sur un accord trop vague. Les électeurs pourraient avoir le sentiment de voter pour un rassemblement construit contre les extrêmes, plutôt que pour un projet clairement défini.

Les effets seraient également différents selon les territoires. Dans les grandes villes, les électeurs du centre et de la gauche modérée peuvent être habitués aux alliances. Dans les zones rurales ou périurbaines, les priorités liées au pouvoir d’achat, aux mobilités et aux services publics pourraient peser davantage que les équilibres entre partis.

La question de la légitimité reste donc centrale. Une primaire pourrait trancher entre les prétendants, mais elle ne réglerait pas automatiquement les désaccords idéologiques. Elle ne garantirait pas non plus une majorité à l’Assemblée nationale après le scrutin.

Les prochaines étapes à surveiller

Le débat devrait désormais se déplacer vers les discussions entre les partis du bloc central, de la droite et de la gauche modérée. Le premier point à clarifier sera le périmètre de la consultation : qui pourrait y participer, quels candidats seraient admis et selon quelles règles ?

Il faudra ensuite mesurer la capacité d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal à accepter une procédure commune. Leur désaccord sur le calendrier et la méthode constitue déjà l’un des principaux obstacles au projet.

Enfin, la place de la gauche modérée sera déterminante. Sans elle, François Bayrou défendrait surtout une primaire de la droite et du centre. Avec elle, il pourrait réellement transformer son « grand courant central » en coalition électorale. Pour l’instant, l’idée est posée. Reste à savoir qui acceptera de se soumettre au vote.

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