À Montargis, une vidéo diffamatoire peut-elle faire revoter les habitants après la courte victoire du RN ?
Le tribunal administratif d’Orléans annule la victoire du RN à Montargis, remportée de 59 voix. Une vidéo accusant le candidat de gauche est au cœur du jugement, qui peut conduire à un nouveau scrutin.

Le tribunal administratif d’Orléans a invalidé l’élection municipale remportée par le RN à Montargis. Les juges ont retenu la diffusion entre les deux tours d’une vidéo accusant Bruno Nottin de faux en écriture publique. Le jugement peut entraîner un nouveau vote si aucun recours n’aboutit.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
À Montargis, les électeurs pourraient devoir revoter quelques mois après avoir choisi leur conseil municipal. En cause : une vidéo diffusée entre les deux tours, dans une élection remportée par seulement 59 voix.
Une victoire très serrée dans une ville sous tension
Le tribunal administratif d’Orléans a annulé, jeudi 24 septembre 2026, la victoire du Rassemblement national aux élections municipales de Montargis, dans le Loiret.
Le scrutin s’était joué le 22 mars. La liste conduite par Côme Dunis avait obtenu 34,64 % des suffrages exprimés. Elle devançait la liste d’union de la gauche menée par le communiste Bruno Nottin, créditée de 33,10 %.
Le maire sortant, Benoit Digeon, candidat divers droite, était arrivé troisième avec 32,26 % des voix. L’écart entre les deux premières listes ne représentait que 59 bulletins.
Cette configuration rend le résultat particulièrement sensible. Dans une triangulaire, quelques dizaines de voix peuvent suffire à modifier l’ordre d’arrivée. À Montargis, l’abstention avait atteint près de 47 %.
La commune compte environ 15 000 habitants. Elle était dirigée par la droite depuis 2001. Elle reste aussi marquée par les émeutes urbaines de juin 2023 et par une forte précarité : environ un habitant sur trois vit sous le seuil de pauvreté.
La vidéo au cœur de l’annulation
Le tribunal a retenu une irrégularité liée à la diffusion, entre les deux tours, d’une vidéo accusant Bruno Nottin de faux en écriture publique.
Les propos ont été qualifiés de diffamatoires par la juridiction. Ils auraient été largement relayés sur les réseaux sociaux, notamment par Côme Dunis, alors candidat du RN.
La campagne officielle était pourtant terminée. Cette période impose une restriction de la propagande électorale afin que les candidats ne puissent plus modifier brutalement le rapport de force à la veille du vote.
Le juge électoral ne sanctionne donc pas seulement le caractère offensant d’un message. Il vérifie surtout si une irrégularité a pu influencer les électeurs et altérer la sincérité du scrutin.
Dans sa décision, le tribunal estime qu’un message diffamatoire peut influencer une partie des électeurs. Le risque devient plus important lorsque l’écart entre les candidats reste très faible.
Bruno Nottin avait dénoncé une vidéo « absolument scandaleuse », consultée 24 000 fois. Les requérants, Bruno Nottin et Dalip Vehapi, avaient aussi contesté la poursuite d’actions de communication après la clôture de la campagne officielle.
Pourquoi une vidéo peut faire tomber une élection
Une élection municipale ne repose pas uniquement sur le décompte des bulletins. Le juge examine également les conditions dans lesquelles les électeurs ont été appelés à voter.
Une irrégularité n’entraîne pas automatiquement l’annulation d’un scrutin. Elle doit avoir pu peser sur le résultat. Le raisonnement dépend donc du contexte, de la portée du message et de l’écart entre les listes.
À Montargis, ces éléments se sont combinés. La vidéo visait directement une tête de liste. Elle a circulé à quelques jours du second tour. Enfin, le RN ne devançait la gauche que de 59 voix.
Le numérique renforce ce type de risque. Une publication peut atteindre rapidement plusieurs milliers de personnes. Elle peut aussi être repartagée sans contrôle, alors même que les candidats disposent de peu de temps pour répondre.
Cette situation ne produit pas les mêmes effets pour tous. Une équipe disposant d’un réseau militant actif peut diffuser un message très vite. Une petite liste locale peut, au contraire, manquer de moyens pour vérifier les contenus ou rétablir les faits.
Pour les habitants, l’annulation ne signifie pas que les bulletins ont été matériellement falsifiés. Elle signifie que la justice estime que les conditions de la campagne ont pu fausser le choix des électeurs.
Un changement de maire avant même la décision
La décision intervient alors que Côme Dunis n’est déjà plus maire. Il a démissionné début août pour des raisons médicales.
Son adjoint à la sécurité, Dominique Coquelle, ancien policier, lui a succédé à la tête de la commune. Cette succession ne règle toutefois pas le contentieux électoral.
Le recours concernait la validité du scrutin municipal et non la seule personne du maire. Si l’annulation devient définitive, le conseil municipal issu du vote de mars ne pourra pas conserver son mandat sur cette base.
Le cas montargois illustre ainsi une distinction importante. Le remplacement d’un maire peut intervenir dans le cadre du conseil élu. L’annulation d’une élection remet en cause la légitimité de l’ensemble du scrutin.
Le RN conteste, la gauche demande un nouveau vote
Pour la liste RN, l’enjeu est politique et local. La victoire de Montargis représentait une implantation importante dans une ville longtemps dirigée par la droite classique.
Pour la liste d’union de la gauche, la décision valide au contraire l’idée que la campagne a franchi une limite. Bruno Nottin et Dalip Vehapi soutenaient que les vidéos avaient pu influencer un scrutin particulièrement serré.
Le jugement ne transforme pas automatiquement la gauche en gagnante. Il ne proclame pas Bruno Nottin maire. Il ouvre la possibilité d’un nouveau vote, dans lequel les électeurs pourront se prononcer dans d’autres conditions.
Le droit prévoit que le préfet et les parties intéressées peuvent saisir le Conseil d’État contre une décision du tribunal administratif concernant des élections municipales. Le délai est d’un mois, comme le rappelle le Conseil d’État sur les recours électoraux municipaux.
Cette voie de recours permet de contester l’analyse du tribunal. Elle ne constitue pas un nouveau scrutin. Le Conseil d’État devra examiner les arguments présentés et décider si l’annulation doit être confirmée ou annulée.
Les prochaines échéances à surveiller
Le premier point à suivre sera donc la décision des parties et du préfet du Loiret. Un appel pourrait prolonger l’incertitude sur la gouvernance de Montargis.
Si aucun recours n’est déposé, ou si le Conseil d’État confirme l’annulation, les électeurs devront être convoqués pour de nouvelles élections. Le Code électoral prévoit un nouveau vote dans un délai maximal de trois mois lorsque l’annulation est devenue définitive.
La prochaine campagne pourrait donc rebattre toutes les cartes. Le RN devra défendre une victoire désormais fragilisée. La gauche devra transformer son recours en dynamique électorale. La droite municipale, arrivée troisième en mars, pourrait également tenter de reprendre sa place.
À court terme, la question est juridique. À Montargis, elle deviendra rapidement politique : qui parviendra à convaincre les électeurs que le prochain vote sera plus clair, plus équitable et plus représentatif de leur choix ?



