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ÉCONOMIE & SOCIéTé La colère monte dans les lycées

À Saint-Denis, les lycéens réclament des moyens tandis que la polémique sur un feu éclipse leurs conditions d’étude

Le maire de Saint-Denis conteste les accusations nées d’une vidéo le montrant près d’une poubelle en feu. Derrière la polémique, les lycéens maintiennent leurs revendications sur les moyens et les conditions d’étude.

Des lycéens bloquent la grille du lycée Paul-Éluard à Saint-Denis, regroupés devant l’entrée fermée.
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En bref

À Saint-Denis, des élèves du lycée Paul-Éluard bloquent leur établissement pour dénoncer le manque de moyens, les difficultés matérielles et l’insuffisance des personnels. La présence du maire Bally Bagayoko près d’une poubelle en feu a déclenché une controverse politique, qui risque d’éclipser les revendications scolaires.

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Que s’est-il réellement passé devant le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis ? Une vidéo de quinze secondes montre le maire Bally Bagayoko près d’une poubelle en feu. Elle a suffi à déclencher une polémique nationale, alors que les lycéens mobilisés dénoncent surtout leurs conditions d’étude.

Une mobilisation sur fond de colère scolaire

Lundi 28 septembre 2026, des élèves ont bloqué l’accès au lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis. Leur mouvement s’inscrit dans une série de blocus organisés dans plusieurs établissements d’Île-de-France.

Les revendications portent notamment sur le manque de moyens, les conditions matérielles et l’accompagnement des élèves. Des témoignages évoquent des classes chargées, des problèmes d’entretien et l’absence de personnels indispensables dans un établissement accueillant un grand nombre de jeunes.

Le lycée Paul-Éluard compte environ 2 000 élèves. Sur place, des lycéens ont notamment dénoncé l’absence d’assistante sociale et d’infirmière en nombre suffisant. Ces demandes concernent directement la vie quotidienne des élèves, mais aussi leurs chances de réussir.

Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, s’est rendu devant l’établissement pour soutenir la mobilisation. Il a été accueilli par des applaudissements. Cette présence a rapidement pris une dimension politique, car l’élu appartient à La France insoumise.

Une vidéo courte, deux lectures opposées

La polémique repose sur une séquence diffusée sur les réseaux sociaux. On y voit Bally Bagayoko se pencher au-dessus d’une poubelle en feu, puis s’éloigner en direction du rassemblement, sous les acclamations de plusieurs jeunes.

La vidéo ne montre pas l’origine du feu. Elle ne permet donc pas, à elle seule, d’établir que le maire l’a allumé. Elle a toutefois été interprétée par plusieurs responsables politiques comme le signe d’un soutien à des débordements.

Le député Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy a dénoncé ce qu’il a présenté comme une attitude indécente. Laurent Wauquiez, député Les Républicains, a déclaré que « le rôle d’un maire n’est pas de jouer avec le feu ».

Bruno Retailleau, candidat de la droite à l’élection présidentielle, a lui aussi vivement réagi. Il a estimé qu’une arrivée au pouvoir de responsables qu’il qualifie de « factieux » marquerait, selon lui, « la fin de la République ».

Ces réactions ont déplacé le débat. La question n’est plus seulement celle des conditions d’étude. Elle porte désormais sur la responsabilité d’un élu présent au milieu d’un rassemblement marqué par un départ de feu et des tensions avec les forces de l’ordre.

La défense du maire de Saint-Denis

Bally Bagayoko conteste cette interprétation. Dans un message publié sur le réseau social X, il affirme : « Contrairement aux accusations qui circulent, je n’ai évidemment ni allumé ni encouragé de feu de poubelle. » Il qualifie ces accusations de « grotesques ».

L’élu soutient qu’il a, au contraire, tenté de limiter le danger. Il explique avoir déblayé des débris en feu pour sécuriser les jeunes présents et faciliter l’intervention des pompiers.

Une autre séquence vidéo montre effectivement le maire près de débris enflammés, puis des pompiers intervenant pour éteindre le feu. Cette seconde séquence ne permet pas davantage de déterminer qui a déclenché l’incendie. Elle nuance toutefois l’image d’un élu venu encourager les flammes.

Le maire affirme également avoir demandé aux lycéens de ne pas se mettre en danger et de poursuivre leur mobilisation de manière pacifique. Il estime que la polémique sur la poubelle détourne l’attention des revendications portées par les élèves.

Un affrontement politique autour des blocus

Le gouvernement adopte une lecture différente. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé une « surenchère irresponsable » de responsables insoumis autour des mobilisations lycéennes.

Le reproche est précis : en se rendant sur les lieux et en affichant son soutien, un élu pourrait contribuer à légitimer un blocage ou des actions qui perturbent le fonctionnement d’un établissement. Pour le gouvernement et ses soutiens, la défense des élèves ne doit pas se confondre avec l’acceptation des violences ou des dégradations.

La France insoumise répond que la présence d’élus permet justement de rendre visibles des problèmes longtemps ignorés. Bally Bagayoko demande au Premier ministre, au ministre de l’Éducation et à la présidente de la région Île-de-France de se déplacer sur place.

« Nous avons besoin, plutôt que de faire de la gesticulation derrière les caméras, qu’ils viennent ici », a déclaré le maire devant le lycée. Il affirme ainsi vouloir opposer une réponse politique aux difficultés exprimées par les élèves.

Les deux camps ne parlent donc pas du même risque. Le gouvernement insiste sur la sécurité, l’autorité et la protection des établissements. Le maire et les lycéens mettent en avant le sentiment d’abandon et l’inégalité entre les territoires scolaires.

Des conséquences différentes selon les acteurs

Pour les élèves, le blocus peut offrir un moyen visible de faire entendre des revendications concrètes. Il peut aussi entraîner des cours annulés, des tensions et des risques d’interpellation. Les familles doivent alors composer avec une scolarité perturbée et une incertitude sur les conditions d’accueil.

Pour les personnels, la mobilisation met en lumière des difficultés quotidiennes. Mais les incidents compliquent également leur travail. Un feu devant une entrée, des jets de projectiles ou l’usage de gaz lacrymogène peuvent rendre l’accès à l’établissement impossible.

Pour la municipalité, la situation est délicate. Le maire peut soutenir les habitants et alerter l’État sur les besoins locaux. Il doit aussi préserver la sécurité dans l’espace public et éviter que sa présence soit comprise comme un encouragement aux infractions.

Enfin, l’État et la région sont renvoyés à leurs responsabilités. Les lycées relèvent principalement des compétences régionales pour les bâtiments et l’équipement. L’État, lui, assume la politique éducative et les personnels enseignants. Cette répartition rend les réponses plus lentes et entretient parfois le renvoi de responsabilité.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Bally Bagayoko s’est de nouveau rendu devant le lycée Paul-Éluard mardi 29 septembre 2026. Il a maintenu son soutien à la mobilisation et demandé une venue des responsables gouvernementaux et régionaux.

La suite dépendra de l’évolution des blocus et du niveau de tension autour des établissements. Les forces de l’ordre ont prévenu qu’elles interviendraient en cas de violences. Le gouvernement devra aussi répondre aux demandes portant sur les moyens scolaires.

La vidéo de la poubelle continuera probablement d’alimenter l’affrontement politique. Mais l’enjeu principal reste ailleurs : les autorités répondront-elles aux difficultés matérielles et humaines dénoncées par les lycéens de Saint-Denis ?

Les réactions politiques au blocus du lycée Paul-Éluard et les revendications des lycéens de Saint-Denis permettent de suivre les prochaines étapes de cette mobilisation.

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