Présidentielle 2027 : quand le supérieur privé soumet ses « dix décisions » aux candidats
L'association 3E, qui fédère onze groupes d'enseignement supérieur privé, publie « La République des compétences ». Au sommaire : une loi de programmation, la stabilisation de l'apprentissage, une contribution des apprentis ou encore une nouvelle approche de l'évaluation. Le tout « à dépense publique constante ». Si l'initiative sert d'abord à asseoir la légitimité du privé, elle n'en recèle pas moins quelques bonnes idées. Décryptage.

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Les Entreprises éducatives pour l’emploi (3E) ne parlent pas de propositions mais de « décisions ». Antoine Prodo, président de l’association, adresse aux candidats une plateforme au moment où l’État entend réguler le secteur pour sanctionner les officines, et où les fonds de l’apprentissage se tarissent fortement. L’enseignement supérieur privé traverse une période difficile, entre baisse démographique, crise économique qui met les familles dans l’incapacité de financer des études coûteuses et réglementation qui change beaucoup trop souvent à son goût.
Loi de programmation
« La France planifie sa défense et son énergie, mais elle ne programme pas la formation de ses jeunes », clame 3E, qui réclame donc une loi de cinq ans, à l’instar de la loi de programmation militaire. Les niveaux de prise en charge, les aides et les contributions des employeurs y seraient figés, sous le contrôle annuel du Parlement. Le mot d’ordre : la stabilité. « Sept changements de règles en sept ans ont fragilisé la confiance », peut-on lire. Si la réforme de 2018 a permis la signature de près de 900 000 contrats en 2024, les entrées ont reculé de 5 % en 2025. Selon le calcul de la Cour des comptes actualisé par 3E, le soutien public à l’alternance est passé de 16,8 milliards d’euros en 2022 à 12,3 milliards prévus en 2026, et la part de l’État est tombée de 62 % à 36 %. Une manière de battre en brèche l’idée d’une alternance trop coûteuse, alors que la contribution publique ne cesse de reculer.
Reste à charge pour les apprentis
C’est la mesure la plus sensible. 3E propose d’instaurer pour les apprentis du supérieur un droit d’inscription d’environ 200 euros par an, avec une exonération sur critères sociaux. Il faudrait pour cela revenir sur la gratuité inscrite dans le Code du travail. Le gain est certes modeste (entre 100 et 200 M€ par an), mais la mesure a le mérite de rappeler que le dispositif a un coût. D’autant que, selon de nombreux observateurs, les aides à l’apprentissage ne profitent pas nécessairement à ceux qui en ont le plus besoin.
Les aides à l’embauche seraient d’ailleurs ciblées selon la taille de l’entreprise et les métiers en tension, et non plus selon le niveau de diplôme. Pour les TPE/PME, 3E prévoit une mutualisation par branche, un guichet unique couvrant la formation et le remplacement du salarié, ainsi qu’un bonus-malus expérimental sur la contribution à la formation.
Priorité aux décrocheurs
Premier chantier de la future loi : les 1,4 million de jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET). L’objectif serait de ramener leur part à la moyenne européenne en cinq ans, soit 200 000 jeunes remis en parcours. Pour y parvenir, 3E mise sur une prépa-apprentissage généralisée et un repérage systématique des « décrocheurs ». En contrepartie, les écoles membres s’engagent à ouvrir des places de prépa-apprentissage.
3E demande aussi un pilote politique unique de l’apprentissage, ministre ou haut-commissaire, et une plateforme administrative unique pour les contrats. De quoi simplifier considérablement la gestion de l’alternance, qui relève encore du chemin de croix.
Dans un autre registre, l’association réclame un service public de l’orientation « du collège au premier emploi », dans lequel le conseil de classe deviendrait l’instance de décision. Elle rappelle que seuls quatre bacheliers sur dix obtiennent leur licence en trois ou quatre ans. En creux, on comprend qu’une orientation de qualité, pensée et organisée dès le collège, permettrait d’éviter bien des échecs et des fausses routes.
Employabilité, critère d’évaluation
Par-dessus tout, l’employabilité deviendrait le critère d’évaluation de tous les établissements, publics comme privés. Le régulateur recevrait de « réels moyens de contrôle » pour écarter les acteurs qui se contentent d’un « affichage commercial ». Une façon de rappeler, en plein débat sur la loi de régulation du privé, que 3E veut voir juger la qualité, et non le statut lucratif.
S’y ajoutent un passeport de compétences universel, l’IA enseignée dans chaque discipline, avec 100 % des enseignants formés d’ici 2030, et un « Erasmus de l’apprentissage ».
En retour, les membres de 3E signent une charte en sept points : transparence sur les frais, indicateurs d’insertion « sincères et vérifiables », loyauté commerciale. L’association demande aux candidats de faire des compétences « la grande cause du prochain quinquennat ».
Reste à chiffrer ces redéploiements, que l’organisation présente comme neutres pour les finances publiques. Demeure aussi un paradoxe qu’on ne manquera pas de lui opposer : des groupes largement financés par l’alternance réclament à la fois plus de stabilité pour eux-mêmes et un effort des apprentis. À suivre.



