Recyclage du plastique : les Français comptent d’abord sur les industriels, mais 96 % attendent l’appui de l’État
Selon un sondage Norstat, les Français misent d’abord sur les entreprises pour mieux recycler le plastique. Mais ils attendent aussi de l’État qu’il aide à créer des débouchés pour la matière recyclée et à implanter des usines en France.

Selon un sondage Norstat mené début septembre auprès de 1 002 personnes, 96 % des Français attendent une action de l’État aux côtés des entreprises pour développer le recyclage du plastique. Mesure la plus citée (55 %) : inciter les marques à acheter de la matière recyclée produite en France ou en Europe. Des associations rappellent l’enjeu de la réduction à la source.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
Une fois jeté dans le bac jaune, un emballage en plastique a-t-il vraiment une seconde vie ? Et qui doit s’en assurer : le consommateur, l’industriel ou l’État ? Un sondage Norstat dévoilé le 30 septembre apporte une réponse nette. Les Français placent les industriels en première ligne, mais 96 % attendent que l’État agisse à leurs côtés.
Le recyclage du plastique, une filière sous pression
La France ne recycle aujourd’hui qu’environ un quart de ses emballages plastiques, alors que l’objectif européen est fixé à 55 % pour 2030. Le gouvernement a bien lancé un plan plastique 2025-2030 pour réduire cet écart. Mais l’industrie du recyclage du plastique traverse une passe difficile.
En Europe, les fermetures se multiplient. Selon Plastics Recyclers Europe, qui fédère les recycleurs du continent, 900 000 tonnes de capacités ont disparu depuis 2023, dont 460 000 tonnes sur la seule année 2025. En cause, selon les industriels : la baisse des prix du plastique vierge depuis 2023 et l’afflux de matières recyclées importées à bas prix. En France, au moins six usines de régénération ont fermé en 2025, d’après Polyvia, le syndicat national des industriels de la plasturgie et des composites.
Les industriels attendus en première ligne
L’enquête mesure les attentes des Français dans ce contexte. Elle a été réalisée en ligne les 2 et 3 septembre 2026 auprès de 1 002 personnes, un échantillon représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. Premier enseignement : l’inquiétude reste forte. Ainsi, 70 % des sondés citent la pollution des océans et de la nature, et 60 % la présence de microplastiques dans l’environnement et l’alimentation.
Les failles du système sont aussi identifiées. Les difficultés à collecter, trier et recycler certains plastiques sont citées par 28 % des répondants. La dépendance aux matières premières en préoccupe 23 %, l’exportation d’une partie des déchets plastiques 19 %.
Pour y répondre, les Français ne misent pas seulement sur les gestes individuels. Les entreprises qui développent de nouvelles technologies de recyclage arrivent en tête des acteurs au rôle jugé le plus important (66 %). Suivent les marques qui utilisent du plastique dans leurs produits ou leurs emballages (60 %), les consommateurs (52 %) puis l’État et les pouvoirs publics (51 %). Enfin, 69 % jugent indispensables de nouvelles technologies ou une innovation industrielle pour mieux recycler le plastique.
Un État attendu en soutien, d’abord sur les débouchés
Le paradoxe n’est qu’apparent. L’État n’arrive qu’en quatrième position des acteurs clés, mais 96 % des Français attendent qu’il agisse aux côtés des entreprises pour développer le recyclage du plastique. C’est un niveau de consensus rare, qui traverse l’ensemble des catégories de la population.
Concrètement, la mesure la plus citée vise les débouchés. Ainsi, 55 % souhaitent que les pouvoirs publics encouragent les marques à s’engager à acheter de la matière recyclée produite en France ou en Europe. Viennent ensuite le soutien à la recherche-développement (43 %), la facilitation de l’implantation des usines en France (41 %) et l’aide au financement des usines utilisant de nouvelles technologies (40 %).
Ce premier chiffre n’a rien d’un détail technique. Une usine de recyclage ne tient que si quelqu’un achète ce qu’elle produit. Or la matière recyclée doit rivaliser avec un plastique vierge devenu moins cher. « Les matières que nous recyclons doivent trouver des acheteurs », résume Xavier Chastel, directeur général de Polyvia. Selon lui, cette attente rejoint l’ambition d’une « plasturgie circulaire, avec des capacités industrielles et des emplois en France ».
Le droit européen pousse déjà dans ce sens. Le règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages, applicable depuis le 12 août 2026, imposera dès 2030 une part minimale de plastique recyclé : 30 % pour les bouteilles de boisson en plastique, 35 % pour une grande partie des autres emballages plastiques.
Sur le plan technique, les attentes sont tout aussi précises : 57 % veulent des solutions qui génèrent moins de résidus, 48 % qu’elles traitent en priorité les déchets aujourd’hui difficiles à recycler. Au total, 90 % des répondants citent au moins un critère de performance technique, contre 62 % un critère économique.
Des usines et des emplois en France d’abord
Le sondage révèle aussi une exigence de souveraineté industrielle. Une majorité de Français (59 %) veut que le pays développe ses propres capacités pour transformer les déchets plastiques en nouvelles matières premières. Plus d’un sur deux (53 %) souhaite que les usines et les emplois du recyclage soient d’abord implantés sur le territoire national. Un déploiement à l’échelle européenne est cité par 49 % des répondants, et seuls 12 % laisseraient les entreprises libres de choisir où investir. Par ailleurs, 49 % jugent nécessaire de protéger les technologies et savoir-faire français considérés comme stratégiques.
Cette préférence pour l’ancrage national traverse les sexes, les territoires et les niveaux de revenus. Seuls les 18-25 ans penchent un peu plus vers l’échelon européen, sans écarter pour autant la nécessité d’un ancrage en France. Le calendrier européen donne d’ailleurs du relief à ces réponses : à partir du 21 novembre 2026, l’Union européenne interdit l’exportation de ses déchets plastiques non dangereux vers les pays hors OCDE.
Recycler plus, ou produire moins ?
Ces résultats confortent le discours d’une filière. Ils sont commentés par Polyvia, qui représente les industriels de la plasturgie, directement intéressés au développement du recyclage en France. Les associations environnementales, elles, déplacent le débat sur le recyclage du plastique. À propos du recyclage chimique, Zero Waste France a mis en garde contre un « mirage technologique » qui détournerait l’attention de la réduction à la source.
Lors de la présentation du plan plastique, Surfrider Foundation regrettait de son côté des leviers d’action largement centrés sur le citoyen, quand les producteurs de plastique restent peu contraints. Le cadre légal va d’ailleurs au-delà du recyclage : la loi anti-gaspillage de 2020 vise la fin des emballages en plastique à usage unique d’ici 2040. Sur ce point, les résultats publiés du sondage ne disent rien.
Ce qu’il faut surveiller
Premier rendez-vous le mercredi 7 octobre. L’étude sera présentée en détail à la Questure de l’Assemblée nationale, lors d’un colloque de L’Hémicycle consacré à l’économie circulaire. Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, et Sylvain Waserman, président de l’ADEME, doivent notamment y participer, aux côtés de représentants de Carbios, de l’Union des Industries Textiles, de la Ville de Paris et de Polyvia.
Le gouvernement y sera attendu sur deux sujets : les débouchés de la matière recyclée et le soutien aux usines. À Bruxelles, la Commission prépare par ailleurs un « Circular Economy Act », inscrit à son programme de travail 2026, qui doit notamment renforcer le marché des matières premières issues du recyclage.



