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CONFLITS & CRISES L’Europe au pied du mur

Sanctions UE Israël : pourquoi le projet E1 met l’Europe face à ses responsabilités et menace la solution à deux États

Près de 500 anciens responsables européens demandent des sanctions contre le projet E1 en Cisjordanie. Leur appel relance le débat sur le commerce entre l’Union européenne et Israël.

Vue plongeante d’un chantier E1 en Cisjordanie, avec terrassements, engins, talus de terre et collines basses au fond.
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En bref

Près de 500 anciens responsables européens demandent à l’Union européenne de sanctionner les acteurs impliqués dans le projet E1, qui prévoit plus de 1 200 logements à l’est de Jérusalem. Ils estiment que cette extension de colonie risque de couper la Cisjordanie et d’affaiblir la perspective d’un État palestinien viable.

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Que peut encore faire l’Union européenne lorsqu’un projet de colonisation menace de couper la Cisjordanie en deux ? Pour près de 500 anciens responsables européens, la réponse doit être immédiate : utiliser le commerce, la finance et les sanctions pour empêcher la réalisation du projet E1.

Un projet situé entre Jérusalem-Est et Maale Adumim

Le projet E1 prévoit la construction de plus de 1 200 logements à l’est de Jérusalem. Il doit relier la colonie de Maale Adumim à Jérusalem-Est, partie de la ville occupée depuis 1967 et annexée par Israël, une décision que la communauté internationale ne reconnaît pas.

La zone E1 se trouve au cœur de la Cisjordanie. Sa construction pourrait compliquer les déplacements entre le nord et le sud du territoire palestinien. Elle pourrait aussi isoler davantage Jérusalem-Est des autres zones palestiniennes.

Pour les Nations unies et l’Union européenne, les colonies israéliennes dans les territoires occupés sont illégales au regard du droit international. La Cour internationale de justice a également estimé, dans son avis consultatif du 19 juillet 2024, que la présence israélienne dans les territoires palestiniens occupés était contraire au droit international.

La France s’est opposée à la reprise du projet E1. Dans une déclaration publiée le 15 juillet 2025, le ministère français des Affaires étrangères a demandé l’abandon de cette initiative.

Près de 500 anciens responsables demandent des sanctions

Dans une tribune publiée lundi 5 octobre, près de 500 anciens diplomates, ministres et hauts responsables européens demandent à l’Union européenne d’agir « immédiatement ».

Parmi les signataires figurent les anciens Premiers ministres français Dominique de Villepin et Alain Juppé. Le texte rassemble aussi les anciens chefs de gouvernement italien Massimo D’Alema, belge Yves Leterme et suédois Stefan Löfven. Deux anciens présidents du Parlement européen, Josep Borrell et Enrique Barón Crespo, l’ont également signé.

Les signataires affirment que le gouvernement israélien doit bientôt attribuer les contrats liés à la première phase du projet. Ils demandent donc à la Commission européenne de présenter des textes permettant de sanctionner les établissements financiers et les prestataires participant à la construction de l’E1 ou d’autres colonies.

Ils réclament aussi l’interdiction de tout commerce européen avec les colonies israéliennes. Enfin, ils demandent la suspension des dispositions commerciales de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël.

Un levier économique important, mais difficile à utiliser

L’accord d’association entre l’Union européenne et Israël est entré en vigueur en juin 2000. Il encadre une partie des échanges commerciaux et prévoit une coopération politique et économique.

Son article 2 établit un lien avec le respect des droits humains et des principes démocratiques. Les signataires de la tribune estiment que cette clause oblige l’Union à réagir lorsque le droit international est violé.

Le levier commercial est réel. En 2025, l’Union européenne représentait 33,1 % des importations israéliennes. Elle recevait aussi 29,4 % des exportations du pays. Le commerce de biens entre les deux partenaires atteignait 43,3 milliards d’euros.

Cependant, suspendre une partie de l’accord ne serait pas une décision technique. Elle nécessiterait un accord politique entre les 27 États membres. Or les gouvernements européens ne partagent pas tous le même niveau de pression sur Israël.

Certains États ont déjà annoncé des restrictions nationales sur les produits issus des colonies. L’Espagne, l’Irlande et les Pays-Bas ont notamment avancé dans cette direction. D’autres gouvernements privilégient encore le dialogue et la coopération avec Israël.

Pourquoi l’E1 inquiète les défenseurs de la solution à deux États

La question dépasse la construction de logements. Le projet touche à la continuité territoriale d’un futur État palestinien.

La solution à deux États prévoit la coexistence d’Israël et d’un État palestinien. Elle suppose donc un territoire palestinien suffisamment continu pour permettre les déplacements, le développement économique et l’exercice d’une autorité politique.

Le projet E1 se situe entre Jérusalem-Est et Maale Adumim. Ses opposants redoutent qu’il crée une coupure durable entre différentes parties de la Cisjordanie. Ils craignent aussi une accélération de l’annexion de fait, c’est-à-dire un contrôle territorial durable sans annexion officiellement proclamée.

Les conséquences seraient différentes selon les populations. Pour les colons israéliens, la construction pourrait renforcer les liaisons routières, l’accès aux logements et l’intégration de Maale Adumim à l’espace urbain de Jérusalem.

Pour les Palestiniens vivant dans la zone, les enjeux concernent l’accès aux terres, les déplacements, les permis de construire et le risque de déplacement forcé. Les communautés bédouines installées dans ce secteur sont particulièrement exposées aux restrictions et aux démolitions.

Pour les entreprises européennes, une participation au projet pourrait entraîner des risques juridiques et réputationnels. Le Conseil européen a déjà demandé aux sociétés de ne pas soumissionner aux contrats liés à l’E1 ou à d’autres projets de colonies.

Une pression politique qui s’ajoute aux mesures déjà prises

L’Union européenne n’est pas restée totalement inactive. Elle dispose depuis 2020 d’un régime mondial de sanctions en matière de droits humains. Ce dispositif permet de viser des personnes et des organisations responsables de violations graves.

Le 28 mai 2026, le Conseil de l’Union européenne a ajouté quatre entités et trois personnes à sa liste de sanctions. Ces mesures concernaient notamment le mouvement de colonisation Nachala et sa dirigeante Daniella Weiss.

Ces sanctions ciblées ne suspendent toutefois pas les échanges commerciaux entre l’Union européenne et Israël. C’est précisément ce que dénoncent les anciens responsables européens. Ils demandent une réponse plus large, visant les institutions et les entreprises qui rendraient possible la construction des colonies.

Le gouvernement israélien défend, de son côté, l’expansion des implantations juives en Cisjordanie. Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a déclaré en septembre 2025 que son gouvernement avait doublé la présence juive en Judée-Samarie et entendait poursuivre cette politique. Cette position s’oppose directement à celle de l’Union européenne, de l’ONU et des signataires de la tribune.

La question est donc aussi celle du rapport de force. Les partisans de sanctions espèrent modifier le calcul économique des entreprises et du gouvernement israélien. Leurs opposants redoutent qu’une rupture commerciale réduise l’influence diplomatique européenne et ferme les canaux de dialogue.

La prochaine étape se joue au niveau des ministres européens

Les signataires souhaitent que des mesures soient discutées lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne prévue le 12 octobre.

Il faudra surveiller trois éléments : la position de la Commission européenne sur de nouvelles sanctions, la capacité des États membres à trouver une majorité et le calendrier concret d’attribution des contrats du projet E1.

Le débat portera enfin sur la portée de la réponse européenne. Des sanctions ciblées contre des colons ou des organisations sont déjà possibles. Une restriction commerciale visant les colonies, ou une suspension de certaines dispositions de l’accord d’association, constituerait un changement d’échelle.

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