Après la déception à Matignon, les syndicats veulent faire du 5 novembre un test de force pour les salariés
Après leur rencontre avec Sébastien Lecornu, les syndicats jugent les réponses du gouvernement insuffisantes et appellent à une mobilisation le 5 novembre. L’ampleur de la grève dépendra notamment de la participation dans les entreprises et les services publics.

Après leur réunion avec Sébastien Lecornu, plusieurs organisations syndicales estiment que les réponses du gouvernement ne répondent pas à leurs attentes. Elles appellent à une mobilisation le 5 novembre, avec des assemblées générales pour discuter des suites à donner. La participation des salariés et les éventuelles propositions de l’exécutif pèseront sur la portée du mouvement.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
Comment défendre son pouvoir d’achat quand faire grève signifie aussi perdre une partie de son salaire ? Après la réunion du 21 octobre à Matignon, les syndicats misent sur le 5 novembre pour accentuer la pression.
La vie chère, au cœur du conflit social
Le rendez-vous intervient quatre jours après la mobilisation du 17 octobre 2026 contre la vie chère. Le mouvement rassemble des préoccupations qui dépassent une seule profession : salaires, retraites, prestations sociales et moyens consacrés aux services publics. Dans un communiqué publié après cette journée, la CGT demande notamment une augmentation des salaires, des minima sociaux et des pensions.
Ces revendications visent plusieurs catégories aux situations différentes. Les salariés attendent une amélioration de leur rémunération. Les retraités et les bénéficiaires de prestations dépendent, eux, de décisions sur leurs pensions ou leurs allocations. Une négociation salariale dans les entreprises ne répondrait donc qu’à une partie des demandes portées dans la rue.
Le poids des dépenses indispensables aide à comprendre cette convergence. Selon une étude de l’Insee sur les budgets des ménages en 2017, le logement absorbait 22 % des dépenses des 20 % les plus modestes. L’alimentation à domicile en représentait 18 %. Ces données anciennes décrivent une contrainte structurelle, pas la situation exacte de chaque foyer en 2026.
À Matignon, une déception partagée
Mercredi 21 octobre, les organisations syndicales ressortent déçues de leur rencontre avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu. Elles convergent sur un constat : les réponses apportées ne correspondent pas à leurs attentes.
Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, juge le gouvernement « pas vraiment dans le tempo ». Cyril Chabanier, président confédéral de la CFTC, décrit une réunion « très décevante ». Au SNES-FSU, le syndicat des enseignants du second degré, Sophie Vénétitay estime les réponses « très en dessous de ce que l’on peut attendre ».
Cette déception commune débouche sur un même rendez-vous : le 5 novembre. La CFDT appelle à une « grande mobilisation ». Sophie Vénétitay souhaite une « très grande grève ». Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, veut, elle, « généraliser la grève » et appelle à organiser des assemblées générales dans les lieux de travail.
Ces formulations ne sont pas parfaitement interchangeables. Elles indiquent une volonté partagée d’élargir le mouvement, mais ne constituent pas toutes un appel à une grève prolongée. Pour les salariés, cette différence compte : participer à une journée nationale et engager plusieurs jours d’arrêt ne représentent pas le même choix.
Passer de la manifestation à l’arrêt de travail
La CGT cherche désormais à transformer la contestation en rapport de force dans les entreprises et les administrations. Son communiqué sur les suites de la mobilisation du 17 octobre invitait déjà à débattre des prochaines étapes sur les lieux de travail. Le 5 novembre figurait alors dans ce calendrier.
Une assemblée générale permet aux participants de discuter des revendications et des modalités d’action. Elle peut donner une traduction locale à l’appel national. Toutefois, l’annonce des directions syndicales ne suffit pas à établir combien de salariés cesseront effectivement le travail.
Le coût individuel constitue une limite concrète. Dans le privé, l’employeur peut retenir la rémunération correspondant au temps de grève. Les règles du droit de grève dans le secteur privé encadrent cette retenue : elle doit rester proportionnelle à la durée de l’arrêt. Pour un foyer sans épargne disponible, même une journée peut peser dans l’arbitrage.
Les conséquences dépassent aussi les grévistes. Selon les secteurs mobilisés, des interruptions d’activité peuvent toucher des employeurs, des clients ou des usagers. Il serait néanmoins prématuré d’annoncer des perturbations précises : les appels généraux ne donnent pas encore la mesure des arrêts de travail à venir.
Réponses sociales et sécurité : deux priorités qui se croisent
Le gouvernement aborde également la séquence sous l’angle de la sécurité. Dans la lettre présentant la rencontre, l’exécutif mettait en avant la protection de la liberté de manifester et les moyens d’empêcher son détournement par des actes violents. Cette priorité vise à protéger les manifestants et les personnes exposées aux débordements.
Les syndicats ne contestent pas tous cette préoccupation, mais refusent qu’elle remplace les réponses sociales. Dans son appel à l’apaisement après le 17 octobre, la CFDT défend une mobilisation pacifique le 5 novembre. Elle demande aussi au Premier ministre de recevoir rapidement les organisations syndicales, patronales et de jeunesse pour apporter des réponses concrètes.
Le désaccord porte donc aussi sur l’ordre des priorités. Pour l’exécutif, garantir les conditions des manifestations constitue un enjeu immédiat. Pour les organisations syndicales, répondre aux difficultés matérielles doit avancer en parallèle. Les bénéficiaires attendus ne sont pas opposés : les mêmes citoyens peuvent demander davantage de sécurité et une amélioration de leurs revenus.
Le 5 novembre, un test de participation
D’ici au jeudi 5 novembre 2026, trois éléments permettront de mesurer la portée de l’appel : les décisions des assemblées générales, les modalités annoncées dans chaque secteur et les éventuelles nouvelles propositions gouvernementales.
La participation effective dira ensuite si la déception exprimée à Matignon se transforme en mobilisation plus large. Il faudra surtout distinguer une journée d’action réussie d’un mouvement capable de durer : les déclarations syndicales du 21 octobre ne tranchent pas encore cette question.



