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ACTUALITé NATIONALE Liberté d’expression sous tension

Pétition contre CNews : ce que les 820 000 signatures peuvent réellement changer à l’Assemblée nationale

La pétition réclamant la suppression de CNews dépasse les 820 000 signatures, mais ne peut pas provoquer seule la fermeture de la chaîne. Les députés doivent décider s’ils l’examinent ou la classent, tandis que le contrôle des obligations audiovisuelles relève de l’Arcom.

Des députés avancent vers l’entrée monumentale du palais Bourbon, devant sa façade classique sous un ciel d’hiver lumineux.
Image IA · ZeusUpsistos / Wikimedia Commons

Image composée par IA à partir d'une photo Wikimedia Commons (ZeusUpsistos, CC BY-SA 4.0).

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En bref

La pétition demandant la suppression de CNews a dépassé les 820 000 signatures et doit être examinée par la commission des affaires culturelles de l’Assemblée. Les députés peuvent la classer ou ouvrir la voie à un débat, mais seul le régulateur audiovisuel peut contrôler les obligations de la chaîne et prendre des sanctions dans le cadre prévu par la loi.

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Signer une pétition peut-il faire disparaître une chaîne de télévision ? Derrière la mobilisation contre CNews, deux questions se croisent : la liberté éditoriale des médias et le droit du public à une information pluraliste. Les députés peuvent ouvrir ce débat. Ils ne peuvent pas, par leur seul vote, fermer une antenne.

Plus de 820 000 signatures, mais aucune fermeture automatique

La pétition demandant de « supprimer CNews de l’audiovisuel français » dépassait 820 000 signatures le 4 novembre 2026. Déposée en juin par un particulier, elle a changé d’échelle après l’attentat raciste de Trappes et de La Verrière. Cette mobilisation place désormais la réponse parlementaire au centre du débat.

Le 4 novembre, la commission des affaires culturelles et de l’éducation a nommé Alexandre Portier rapporteur, chargé de préparer ses travaux. Le député Droite républicaine du Rhône préside également cette commission. Ses collègues doivent se prononcer le mardi 10 novembre, à 13 heures, sur le classement de la pétition ou son examen.

Portier combat la demande de suppression. Il accuse LFI de mener une « offensive de muselage des avis contraires ». Cette lecture présente l’initiative comme une menace contre la liberté du débat. Elle ne résume toutefois ni l’origine citoyenne de la pétition, ni les arguments de tous ses soutiens, qui dénoncent notamment les manquements au pluralisme et les propos racistes.

Ce que permet vraiment une pétition à l’Assemblée

Le nombre de signatures donne du poids politique à une demande. Il ne transforme pas celle-ci en décision obligatoire. Le parcours officiel des pétitions parlementaires distingue plusieurs étapes : renvoi à une commission, classement ou examen, puis éventuel débat dans l’hémicycle.

Le seuil de 100 000 signatures apporte une visibilité supplémentaire sur le site de l’Assemblée. Au-delà de 500 000 signatures provenant d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer, un débat en séance publique devient possible. Il reste soumis à une demande parlementaire et à la décision de la Conférence des présidents, qui organise les travaux de l’Assemblée.

Un classement ferme la pétition aux nouvelles signatures. Cependant, un député peut encore demander un débat en séance dans les huit jours suivants. Pour les signataires, la différence est concrète : leur mobilisation peut nourrir une discussion politique, sans leur garantir ni un vote législatif ni la mesure réclamée.

Liberté éditoriale et obligations : deux principes indissociables

La décision concernant une autorisation de diffusion relève d’un autre circuit. L’Arcom, l’autorité indépendante qui régule l’audiovisuel, contrôle les obligations des chaînes. La loi du 30 septembre 1986 protège leur liberté de communication. Elle impose aussi l’honnêteté, le pluralisme et l’indépendance de l’information.

Le régulateur dispose de plusieurs moyens d’intervention. Une mise en demeure ordonne à une chaîne de respecter ses obligations. Des sanctions peuvent ensuite comprendre une amende et, dans les conditions prévues par la loi, aller jusqu’au retrait de l’autorisation. Une pétition ne remplace donc pas cette procédure, distincte du débat parlementaire.

Le contentieux dépasse d’ailleurs cette mobilisation. Le 13 février 2024, après une saisine de Reporters sans frontières, le Conseil d’État a précisé les règles du contrôle. Pour apprécier le pluralisme, l’Arcom doit regarder l’ensemble des participants aux programmes : responsables politiques, mais aussi invités, animateurs et chroniqueurs.

Autrement dit, équilibrer les temps de parole des partis ne suffit pas nécessairement. Une chaîne peut respecter ces décomptes tout en présentant trop peu de points de vue différents dans ses débats. Le Conseil d’État a néanmoins rappelé la liberté éditoriale des chaînes et laissé au régulateur un large pouvoir d’appréciation. Sa décision ne constatait pas elle-même un manquement de CNews.

Des intérêts différents derrière la même controverse

Pour CNews, conserver sa diffusion protège son accès au public. Pour ses téléspectateurs, le maintien de l’antenne préserve leur choix d’information. Les opposants à sa suppression défendent ainsi une garantie importante : une majorité politique ne doit pas pouvoir écarter directement un média dont elle conteste les orientations.

À l’inverse, les partisans d’une intervention réclament une protection effective contre les propos discriminatoires. Au Sénat, le 4 novembre, l’écologiste Antoinette Guhl a demandé des moyens juridiques pour exclure le racisme des fréquences publiques. Elle a également contesté l’effet dissuasif des amendes face à la puissance financière du groupe Bolloré.

Cette critique pose une question économique : une sanction financière produit-elle le même effet sur un grand groupe que sur un acteur plus fragile ? Elle souligne aussi l’impact différencié des contenus. Les personnes visées par des discours discriminatoires attendent une protection ; les équipes et les publics d’une chaîne subiraient directement un retrait d’autorisation. Ces intérêts ne dispensent ni du respect de la loi ni d’une procédure proportionnée.

Le 10 novembre, le périmètre du débat sera décisif

La ministre de la Culture, Catherine Pégard, renvoie l’appréciation des manquements à l’Arcom et au juge. Elle rappelle que la liberté éditoriale s’exerce dans les limites légales, notamment contre l’incitation à la haine. Cette position distingue donc la responsabilité politique du gouvernement du contrôle indépendant des antennes.

Le 10 novembre, il faudra surveiller autant le sort de la pétition que le thème d’une éventuelle discussion. Alexandre Portier envisage un débat élargi sur la liberté d’expression et la régulation. À gauche, des députés veulent maintenir au premier plan la sanction de la parole raciste. La commission devra choisir sa réponse, avant une éventuelle décision de la Conférence des présidents.

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