Autour d’Arnaud Deslandes (Union de la gauche), au pupitre pour la proclamation des résultats du premier tour des élections municipales, les visages restaient mesurés ce dimanche 15 mars. Le successeur de la socialiste Martine Aubry, qui avait pris les commandes sous le beffroi lillois en mars 2025, apparaît en tête mais avec un avantage étroit : 26,26 % des suffrages contre 23,36 % pour la candidate de La France insoumise (LFI), Lahouaria Addouche, soit un écart de 2,9 points.
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La surprise de ce premier tour tient en grande partie à la progression d’Addouche, longtemps peu connue des Lillois. Suppléante du député LFI Aurélien Le Coq, elle a récolté 23,36 % des voix et relance une configuration politique serrée pour la suite de la campagne municipale.
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Un résultat serré et ses chiffres
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Les pourcentages publiés — 26,26 % pour Arnaud Deslandes, 23,36 % pour Lahouaria Addouche et 17,75 % pour l’écologiste Stéphane Baly — traduisent une fragmentation de l’électorat de gauche. L’écart de 2,9 points entre Deslandes et Addouche est faible au regard d’une élection municipale et explique la tension qui a marqué la soirée électorale.
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Pour Stéphane Baly, l’obtention de 17,75 % représente un résultat inférieur aux attentes affichées par certains de ses soutiens. En 2020, rappelle le camp écologiste, il avait manqué la victoire de peu, battu alors par Martine Aubry de seulement 227 voix. Ce souvenir nourrit une frustration perceptible dans les rangs des Verts.
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Les réactions dans les camps
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Dans le café lillois où se retrouvaient les écologistes, la prudence a d’abord prévalu. « On a raté le coche la dernière fois », confie une militante, résumant la déception d’une partie du camp. « Il n’y a pas de vague verte, cette fois. Le contexte national est très différent », ajoute-t-elle, en guise d’analyse succincte des causes du score.
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Malgré la déception, certains responsables écologistes relativisent la défaite. « Ce qui me rassure, c’est que la gauche est en tête à Lille ce soir, et que [la ville] restera à gauche dimanche prochain », affirme Axel Harbonnier, secrétaire des Jeunes Ecologistes du Nord-Pas-de-Calais, soulignant que l’objectif prioritaire reste d’éviter une bascule politique de la ville.
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Côté social-démocrate, la direction de liste d’Arnaud Deslandes a mis en avant la tenue du score et l’ancrage de la majorité municipale, tout en admettant la nécessité d’un travail de rassemblement pour le second tour. Chez LFI, la progression d’Addouche est perçue comme la reconnaissance d’un ancrage local renouvelé, notamment grâce à des campagnes de terrain.
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Les enjeux pour le second tour
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La présence significative des écologistes au premier tour place Stéphane Baly au rôle d’arbitre pour le second tour. Avec 17,75 % des voix, sa décision — maintien, fusion ou retrait en faveur d’une autre liste — pèsera sur l’issue finale dans une ville où la gauche, prise globalement, réalise des scores importants mais divisés.
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La logique des alliances sera déterminante : un rapprochement des écologistes vers la liste d’Arnaud Deslandes pourrait consolider une majorité unifiée à gauche, tandis qu’un désistement vers la liste LFI modifierait substantiellement les équilibres locaux. À ce stade, les déclarations publiques restent mesurées et aucune décision définitive n’a été officialisée dans les heures qui ont suivi le premier tour.
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La configuration locale doit aussi être lue en lien avec le contexte national évoqué par des militants écologistes. Les différences de résultats entre scrutins locaux et dynamiques nationales sont souvent mises en avant par les acteurs politiques pour expliquer des variations de vote.
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Contexte et mémoire électorale
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La référence à 2020 — lorsque Stéphane Baly fut battu de 227 voix par Martine Aubry — témoigne d’une mémoire électorale vive et d’un enjeu de revanche pour certains acteurs. Martine Aubry, socialiste historique de la ville, a cédé la main en mars 2025 ; son successeur, Arnaud Deslandes, hérite d’un héritage politique important mais fragile, comme l’illustre l’écart réduit avec LFI au premier tour.
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Au final, ce premier tour à Lille confirme une compétition à gauche marquée par la concurrence entre familles politiques proches mais distinctes. Le second tour, dans une semaine selon le calendrier électoral habituel, décidera si la ville reste gouvernée par une union large de la gauche ou si des recompositions locales redistribueront les cartes.





