Aller au contenu
RELATIONS DIPLOMATIQUES

Ousmane Bamba : quand l’entrepreneur africain cesse d’imiter pour inventer

Quinze ans à New York, conseiller présidentiel au Libéria, voyages d'étude au Brésil. Ousmane Bamba a tout observé pour mieux choisir sa propre voie : un holding ivoirien à quatre filiales, une fondation sociale, et une conviction qu'on peut bâtir grand sans copier.

Il a vécu plus de quinze ans à New York. Il a accompagné un chef d’État à la tribune des Nations Unies. Il a parcouru les plantations brésiliennes pour en comprendre les ressorts. Pourtant, Ousmane Bamba, homme politique et entrepreneur social ivoirien, fondateur du groupe PC Plus Group Holdings et fils de Tiébissou, n’a pas construit son empire à l’image de ce qu’il a observé à l’étranger.

Il a fait l’inverse.

PC Plus Group Holdings, le groupe ivoirien qu’il a fondé et dont son frère Issouf assure la direction générale, ne ressemble à aucun des modèles importés qui ont longtemps structuré l’imaginaire entrepreneurial en Afrique de l’Ouest. Pas de startup tech verticale financée par du capital-risque américain. Pas de franchise internationale localisée. Pas de bureau abidjanais d’un groupe étranger rebaptisé aux couleurs locales. Une holding à quatre filiales, ancrée dans les besoins réels du terrain ivoirien : le biomédical, l’agriculture, le BTP et la technologie.

Construire large, construire local

Le modèle du conglomérat diversifié est regardé avec méfiance dans les manuels de gestion occidentaux. L’orthodoxie économique des années 1990-2000 a promu la spécialisation, la focalisation, le « core business ». Cette logique a du sens dans des marchés où chaque segment est déjà occupé par des acteurs établis. Elle en a beaucoup moins dans des économies où le premier défi n’est pas de conquérir des parts de marché existants, mais de créer le marché lui-même.

C’est exactement ce qu’a compris Bamba. Quand les équipements biomédicaux manquent dans les hôpitaux de brousse, quand les agriculteurs n’ont pas accès à des outils de gestion modernes, quand la connectivité satellite reste un luxe réservé aux zones urbaines, la réponse ne peut pas être une entreprise mono-produit optimisée pour la rentabilité trimestrielle. Elle doit être un groupe capable d’intervenir sur plusieurs fronts à la fois, avec une logique de développement territorial plutôt que de profit court-termiste.

C’est le pari de PC Plus Group Holdings. Et c’est une rupture radicale avec le modèle entrepreneurial classique, qui découpe les marchés en silos et mesure la performance en trimestres.

New York, Brasília, Tiébissou : un parcours de traduction

Le parcours biographique de Bamba éclaire cette philosophie. Plus de quinze ans à New York : il a vu de l’intérieur comment fonctionne une économie de marché mature, quelles en sont les forces et les angles morts. Conseiller du président George Weah, ancien chef d’État du Libéria, il a été présent à l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2023, observant comment les décisions politiques et économiques se prennent à l’échelle internationale.

En février 2025, il s’est rendu au Brésil pour un voyage d’étude sur l’agriculture durable, entre plantations de manioc et salons de l’agroécologie. « J’ai été particulièrement impressionné par la diversité des cultures et par l’importance de l’agriculture familiale », a-t-il confié à son retour. Il est revenu avec des idées, pas des recettes clés en main à dupliquer.

Ce parcours n’est pas celui d’un entrepreneur qui a absorbé les recettes occidentales pour les appliquer chez lui. C’est celui d’un homme qui a fait de la comparaison internationale un outil de discernement, pour retenir ce qui est transposable et écarter ce qui ne l’est pas. « Je souhaite rappeler à la jeunesse africaine de croire en elle-même et en ses capacités, car il n’y a rien d’impossible pour l’homme », a-t-il lancé depuis New York, le jour même de son passage à l’ONU.

L’entreprise comme infrastructure sociale

Ce qui distingue peut-être le plus profondément le modèle de Bamba du modèle entrepreneurial classique, c’est la porosité assumée entre ses activités économiques et son engagement social. La Fondation Ousmane Bamba, avec ses caravanes chirurgicales gratuites à l’Hôpital général de Tiébissou et ses projets d’appui aux jeunes entrepreneurs locaux, n’est pas une opération de communication corporate. Elle est le prolongement logique d’une conviction : qu’un entrepreneur ancré dans un territoire a une responsabilité envers ce territoire, qui ne se résume pas à y payer des impôts.

Cette conviction tranche avec la séparation étanche entre l’entreprise et la société civile que promeut le modèle libéral classique. Elle est, en revanche, parfaitement cohérente avec une tradition africaine de redistribution et de responsabilité communautaire que les élites économiques du continent ont souvent abandonnée au profit d’une intégration dans les cercles mondialisés de la richesse.

Franck Michaël Koffi, directeur général d’Archange Communication, avait mis des mots sur cette singularité en 2021, lors de la remise du prix du meilleur jeune leader aux Bâtisseurs de la Côte d’Ivoire moderne : « Nous pensons qu’il y a des entrepreneurs dans l’ombre qui avancent et surtout qui sont humanistes. » Une distinction qui soulignait moins l’échelle des actions de Bamba que leur continuité.

Bamba a choisi de rester fils de Tiébissou. C’est précisément cette fidélité-là qui rend son modèle entrepreneurial lisible, au moment où l’Afrique cherche ses propres voies de développement, loin des manuels importés.

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Restons courtois et factuels.