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ACTUALITé NATIONALE La pompe sous haute tension

Aides carburants : le gouvernement privilégie les secteurs exposés, au risque de laisser certaines professions de côté

Face à la hausse des prix à la pompe, le gouvernement défend des aides ciblées pour les grands rouleurs et les secteurs fragiles. Il refuse une baisse générale des taxes, jugée incompatible avec un déficit supérieur à 5 %.

Une pompe à carburant en station-service, avec affichage des prix et une voiture en train de faire le plein.
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En bref

Le gouvernement veut concentrer les soutiens sur les grands rouleurs, les agriculteurs, les pêcheurs et les professions très dépendantes de leur véhicule. Maud Bregeon se dit ouverte à de nouvelles discussions, mais exclut une baisse générale des taxes, en raison d’un déficit public supérieur à 5 %.

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Quand le plein devient trop cher, qui doit être aidé en priorité ? Les automobilistes qui roulent chaque jour, les professionnels dépendants de leur véhicule ou les secteurs dont l’activité peut s’arrêter sans soutien ? Le gouvernement veut répondre par des aides ciblées, tout en refusant une baisse générale des taxes sur les carburants.

Une aide ouverte à de nouveaux secteurs

Le gouvernement ne ferme pas la porte à l’élargissement des dispositifs existants. Mercredi 23 septembre 2026, Maud Bregeon a assuré qu’il était « ouvert » à discuter avec d’autres secteurs confrontés à la hausse des prix des carburants.

La porte-parole du gouvernement et ministre déléguée chargée de l’Énergie répondait aux critiques de plusieurs professions. Le bâtiment et les auto-écoles estiment notamment que les mesures annoncées mardi ne couvrent pas suffisamment leurs dépenses.

« Si on doit discuter avec d’autres secteurs concernés, on est bien sûr ouverts à le faire », a déclaré Maud Bregeon. Cette ouverture ne constitue toutefois pas une annonce de nouvelle aide. Elle signifie plutôt que le gouvernement accepte d’examiner les situations au cas par cas.

Les secteurs déjà cités par l’exécutif sont les pêcheurs, les agriculteurs, les entreprises du bâtiment et les professionnels qui parcourent de longues distances. Les infirmières et d’autres travailleurs très dépendants de leur véhicule sont également présentés comme des publics concernés.

Le choix des aides ciblées

Le gouvernement défend une méthode : concentrer l’argent public sur les ménages et les activités les plus exposés. Le dispositif destiné aux « grands rouleurs » vise ainsi les personnes qui travaillent et utilisent régulièrement leur voiture pour se déplacer.

Cette logique répond à une contrainte budgétaire. Maud Bregeon rappelle que le déficit public devrait dépasser 5 % cette année. Dans ce contexte, l’exécutif refuse de financer une mesure générale qui réduirait les taxes pour tous les consommateurs, quels que soient leurs revenus ou leur usage du véhicule.

La ministre estime qu’une baisse massive des taxes coûterait plusieurs milliards d’euros. Elle évoque des demandes de réduction comprises entre 10 et 15 milliards d’euros. Selon elle, une telle dépense ne pourrait pas être décidée sans conséquences sur les finances publiques.

« Quand vous avez plus de 5 % de déficit, comme ça va être le cas cette année, vous n’en gardez pas sous le coude », a-t-elle déclaré. Autrement dit, le gouvernement affirme ne pas disposer d’une réserve budgétaire facilement mobilisable.

Cette position s’inscrit dans une doctrine déjà défendue par l’exécutif : accompagner les secteurs les plus vulnérables plutôt que subventionner chaque litre acheté. Dans une réponse au Sénat, Maud Bregeon a également présenté la maîtrise du déficit comme un impératif et écarté une baisse générale de la fiscalité sur les carburants.

Pourquoi la facture pèse autant sur certaines activités

La hausse du carburant ne produit pas les mêmes effets pour tout le monde. Pour un salarié qui parcourt quelques kilomètres, elle réduit surtout le budget disponible à la fin du mois. Pour un artisan, un chauffeur, une auto-école ou une entreprise du bâtiment, elle augmente directement le coût de chaque journée de travail.

Les petites entreprises sont particulièrement exposées. Elles disposent souvent de moins de marge pour négocier leurs tarifs ou absorber une hausse temporaire de leurs charges. Une société de travaux peut difficilement renoncer à ses véhicules. Une auto-école ne peut pas remplacer rapidement ses voitures par des modèles moins coûteux.

Le problème est encore plus marqué pour les activités où le carburant représente une part centrale des dépenses. Dans la pêche, par exemple, la rentabilité d’une sortie dépend directement du prix du gazole et du niveau des prises. Au-delà d’un certain seuil, sortir en mer peut devenir économiquement impossible.

Les agriculteurs et les professionnels du bâtiment doivent, eux aussi, utiliser des engins ou des véhicules lourds. Leur consommation ne peut pas être réduite aussi facilement que celle d’un particulier. Les aides ciblées cherchent donc à éviter l’arrêt d’activités qui fournissent des emplois et des services locaux.

Mais ce ciblage crée une autre difficulté. Deux travailleurs ayant des revenus proches peuvent recevoir une aide différente selon leur secteur ou la distance parcourue. Les entreprises qui ne rentrent pas dans les critères peuvent avoir le sentiment de rester à l’écart, même si leurs charges augmentent elles aussi.

Le débat sur une baisse générale des taxes

Le Rassemblement national défend une baisse des taxes sur les carburants. Marine Le Pen répète qu’il s’agit, selon elle, de la seule solution pour éviter un blocage de l’économie. Cette mesure bénéficierait immédiatement à tous les automobilistes, y compris à ceux qui ne peuvent pas accéder à une aide ciblée.

Son avantage est simple : elle ne nécessite pas de vérifier les revenus, le métier ou le nombre de kilomètres parcourus. Elle s’appliquerait directement à la pompe. En revanche, elle profiterait aussi aux ménages les plus aisés et aux gros consommateurs, ce qui en réduirait le ciblage social.

Le coût constitue le principal obstacle. Une baisse de taxes pèserait directement sur les recettes de l’État. Pour la financer, il faudrait réduire d’autres dépenses, augmenter une autre recette ou accepter un déficit plus élevé.

Maud Bregeon répond que ceux qui réclament aujourd’hui plusieurs milliards de dépenses pourraient être amenés à voter de nouveaux impôts demain. Le gouvernement présente donc son choix comme une protection contre un transfert de la facture vers les contribuables.

Ses opposants contestent cette priorité. Ils estiment que les ménages et les entreprises supportent déjà la hausse des prix et que l’État doit agir davantage sur la fiscalité. Le débat oppose ainsi deux risques : laisser les professionnels et les travailleurs subir une hausse immédiate, ou creuser encore un déficit public déjà élevé.

Une réponse appelée à évoluer

Le gouvernement reconnaît que les aides actuelles ne répondent pas à toutes les situations. Maud Bregeon admet une « usure » face à l’inflation des prix du carburant. Cette fatigue concerne les ménages, mais aussi les entreprises qui doivent réviser leurs prix ou réduire leurs marges.

L’exécutif affirme avoir adapté ses dispositifs depuis le début de la crise. Les aides ont d’abord concerné les publics jugés les plus précaires et les secteurs les plus dépendants du carburant. Leur éventuelle extension dépendra désormais des discussions avec les branches professionnelles concernées.

Le point de tension sera le calibrage des critères. Une aide trop étroite laisserait de côté des activités fragiles. Une aide trop large augmenterait rapidement la dépense publique et rapprocherait le dispositif d’une subvention générale.

Ce qu’il faut surveiller

Dans les prochaines semaines, le gouvernement devra préciser quels secteurs pourraient rejoindre les bénéficiaires. Les demandes du bâtiment et des auto-écoles seront particulièrement suivies. Il faudra aussi observer si de nouvelles mesures sont annoncées pour les grands rouleurs et les travailleurs aux revenus modestes.

Le débat budgétaire donnera un autre indicateur. Les oppositions devraient continuer à réclamer une baisse des taxes, tandis que l’exécutif cherchera à défendre des aides limitées et temporaires. Le choix final dépendra donc autant de l’évolution des prix à la pompe que de la marge financière laissée par le déficit public.

Les annonces gouvernementales sur les aides ciblées aux carburants permettront de mesurer la ligne retenue : soutenir davantage de secteurs, ou maintenir une réponse réservée aux activités considérées comme les plus exposées.

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