Baisser le salaire des ministres peut-il vraiment réduire le déficit de l’État avant le budget 2027 ?
Le gouvernement étudie une baisse des indemnités des ministres et de leurs conseillers avant le budget 2027. Une mesure surtout symbolique, dont l’impact financier resterait très limité face au déficit de l’État.

Le gouvernement envisage de réduire les indemnités des ministres et de certains conseillers avant l’examen du budget 2027. Une baisse de 10 % pour 35 membres du gouvernement économiserait environ 456 000 euros par an, une somme faible face aux 124,7 milliards d’euros de déficit de l’État en 2025. L’enjeu est donc principalement politique et symbolique.
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Faut-il demander un effort aux Français sans commencer par les membres du gouvernement ? C’est l’argument politique derrière la piste étudiée à Matignon : réduire les indemnités des ministres et, peut-être, celles de leurs conseillers.
La mesure serait surtout symbolique. Elle intervient alors que le gouvernement prépare le budget de l’État pour 2027, qui doit organiser de nouvelles économies. Elle pose aussi une question très concrète : combien coûte réellement la rémunération des ministres, en France comme chez ses voisins européens ?
Une baisse encore à l’étude
Le 9 septembre 2026, l’entourage de Sébastien Lecornu a confirmé que Matignon réfléchissait à une diminution des indemnités versées aux membres du gouvernement. Le périmètre exact n’est pas arrêté. Les ministres, les secrétaires d’État et les conseillers ministériels pourraient être concernés.
Le gouvernement présente cette réflexion comme un geste d’exemplarité. L’idée est simple : ceux qui demandent des efforts budgétaires aux citoyens doivent aussi accepter d’en fournir. Cette logique vise d’abord l’opinion publique. Elle cherche à donner un signe politique avant les débats sur le budget 2027.
La précédente baisse générale remonte à 2012. Après l’élection de François Hollande, les rémunérations des ministres avaient diminué de 30 %. Le montant brut mensuel d’un ministre était alors passé de 14 200 à 9 940 euros. Pour un secrétaire d’État, il était passé de 13 490 à 9 443 euros.
Comment est calculée la rémunération d’un ministre ?
En France, le traitement d’un ministre repose sur trois éléments. Il comprend un traitement brut de base, une indemnité de résidence équivalente à 3 % de ce traitement, puis une indemnité de fonction représentant 25 % de l’ensemble.
Le traitement de base dépend de la grille applicable aux hauts fonctionnaires de l’État. Cette grille est elle-même liée au point d’indice de la fonction publique, dont la dernière revalorisation générale remonte à 2023.
À ce jour, un ministre de plein exercice ou un ministre délégué perçoit 10 692 euros brut par mois. Un secrétaire d’État reçoit 10 200 euros brut mensuels. Ces sommes sont soumises à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales.
La comparaison avec les salaires courants permet de mesurer l’écart. En 2024, le salaire net moyen dans le secteur privé atteignait 2 733 euros par mois en équivalent temps plein, selon les données publiées par l’Insee sur les salaires du privé. Il s’agit toutefois d’une moyenne. La moitié des salariés gagnait moins de 2 190 euros net par mois.
Des comparaisons européennes à manier avec prudence
Les montants étrangers donnent des ordres de grandeur, mais ils ne mesurent pas toujours la même chose. Les fonctions, les institutions et les règles fiscales diffèrent d’un pays à l’autre.
En Allemagne, un ministre fédéral est présenté comme mieux rémunéré qu’un ministre français. Sa rémunération brute mensuelle s’établit autour de 17 990 euros, à laquelle peut s’ajouter une indemnité forfaitaire annuelle. Cette comparaison porte sur le gouvernement fédéral allemand. Elle ne prend donc pas en compte les ministres des Länder, les États régionaux allemands.
La Suisse se situe très au-dessus de la France. Les sept conseillers fédéraux, qui forment le gouvernement central helvétique, perçoivent une rémunération annuelle de plusieurs centaines de milliers de francs suisses. Le fonctionnement du Conseil fédéral suisse est cependant très différent de celui du gouvernement français. Le nombre de membres est limité et leurs responsabilités sont réparties selon un système collégial.
Le Royaume-Uni obéit également à une logique particulière. Les ministres sont généralement députés ou membres de la Chambre des lords. Ils peuvent donc cumuler une rémunération liée à leur fonction gouvernementale avec leur indemnité parlementaire, selon leur situation. Les chiffres publiés dans les comptes officiels britanniques distinguent ces différentes composantes. Le rapport de rémunération des ministres britanniques précise ainsi que le salaire de député est séparé de la rémunération ministérielle.
Dans certains pays, les montants sont plus proches du niveau français. L’Italie verse environ 9 203 euros brut par mois à ses ministres, auxquels s’ajoutent des indemnités. En Espagne, la rémunération mensuelle brute se situe autour de 8 300 euros. En Pologne, elle est inférieure, autour de 4 600 euros. Ces chiffres restent difficiles à comparer sans tenir compte des avantages en nature, des pensions et des frais liés à la fonction.
Un effet limité sur les finances publiques
La faiblesse principale de la mesure est son rendement budgétaire. Une baisse de 10 % appliquée aux 35 membres du gouvernement représenterait environ 456 000 euros d’économies par an.
Cette somme n’est pas négligeable pour un ménage. Elle reste toutefois minuscule à l’échelle de l’État. Le solde budgétaire de l’État s’est établi à environ 124,7 milliards d’euros de déficit en 2025, selon les résultats publiés par la direction du Budget.
Autrement dit, la baisse des indemnités ne réduirait pas significativement la dette. Son intérêt se trouve ailleurs : elle peut servir de signal avant des mesures beaucoup plus lourdes, qui toucheront les dépenses sociales, les services publics, les collectivités ou les contribuables.
Le cas des conseillers ministériels ajoute une autre dimension. Leur rémunération représente une masse plus importante que celle des seuls ministres. Une baisse appliquée à plusieurs centaines de collaborateurs pourrait produire davantage d’économies. Elle soulèverait aussi une question de recrutement, car les cabinets doivent attirer des experts capables de travailler dans des conditions politiques instables.
Un symbole contesté avant le budget 2027
Les partisans de la baisse y voient une mesure de cohérence. Elle réduirait le décalage entre le train de vie des dirigeants et les efforts demandés aux citoyens. Elle pourrait aussi renforcer la crédibilité d’un gouvernement qui annonce des économies.
Les critiques disposent d’un argument inverse. Pour eux, la mesure ne rapporterait presque rien et risquerait de transformer une décision budgétaire en opération de communication. Certains estiment qu’il serait plus efficace de réduire le nombre de ministres, de revoir les dépenses de cabinet ou de cibler les dispositifs les plus coûteux.
La comparaison internationale nourrit également le débat dans les deux sens. Les rémunérations françaises sont inférieures à celles de certains voisins. Mais cet écart ne suffit pas à justifier une hausse ou une baisse automatique. Les systèmes politiques ne donnent pas les mêmes responsabilités aux ministres et ne leur accordent pas les mêmes indemnités annexes.
La prochaine étape sera politique
La question devrait revenir au moment de la préparation du budget 2027, puis lors de son examen au Parlement. Matignon devra préciser le pourcentage envisagé, les fonctions concernées et la date d’entrée en vigueur.
Il faudra aussi surveiller le sort réservé aux conseillers ministériels. Enfin, une éventuelle baisse des indemnités des députés ou des sénateurs ne pourrait pas être décidée unilatéralement par le gouvernement : elle relève des règles propres à l’Assemblée nationale et au Sénat.



