Expulsée de France, Xenia Fedorova pourrait continuer à peser dans le débat public depuis l’antenne de CNews
Malgré son arrêté d’expulsion et le gel de ses avoirs, Xenia Fedorova pourrait revenir sur CNews en visioconférence depuis l’étranger. Ce dispositif soulève des questions juridiques et relance le débat sur l’influence russe.

Visée par un arrêté d’expulsion et un gel de ses avoirs, Xenia Fedorova pourrait reprendre ses chroniques sur CNews depuis l’étranger. Le droit français ne bloque pas nécessairement une prise de parole à distance, mais la chaîne reste tenue de respecter ses obligations de pluralisme, de rigueur et de financement.
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Une chroniqueuse visée par une mesure d’expulsion peut-elle continuer à intervenir sur une chaîne française ? Dans le cas de Xenia Fedorova, la réponse de CNews est oui : elle devrait bientôt retrouver l’antenne, mais à distance, depuis l’étranger.
Une expulsion qui ne bloque pas la parole à distance
Le mercredi 2 septembre, dans l’émission L’Heure inter, le présentateur Gauthier Le Bret a annoncé le retour prochain de la chroniqueuse russe. « Xenia Fedorova pourra revenir très prochainement sur l’antenne pour livrer son analyse, son expertise, en visio, à distance puisque le gouvernement français l’empêche d’être en France », a-t-il déclaré.
Le principe est simple : Xenia Fedorova n’apparaîtrait pas dans un studio français. Elle participerait aux émissions par visioconférence depuis un pays étranger. Sa destination actuelle n’a pas été rendue publique. La chroniqueuse a toutefois démenti certaines informations sur ses déplacements en Europe.
CNews n’a pas précisé la date de cette reprise, ni sa fréquence. La prochaine émission de L’Heure inter était alors annoncée pour le dimanche suivant, à 16 heures. La chaîne n’a pas confirmé si Xenia Fedorova y participerait.
Cette annonce intervient un peu plus d’un mois après la notification d’un arrêté d’expulsion. Le document lui a été remis le 29 juillet 2026. Dans le même temps, ses avoirs ont été gelés pour six mois par un arrêté publié au Journal officiel.
Ce que dit le droit français
Un arrêté d’expulsion oblige un étranger à quitter le territoire français. Il ne constitue pas, en lui-même, une interdiction générale de s’exprimer depuis l’étranger. C’est la distinction centrale dans ce dossier.
Le juriste Serge Slama estime ainsi qu’une intervention en visioconférence ne place pas automatiquement CNews en infraction. Selon lui, les autorités françaises ne peuvent pas empêcher une personne située hors du pays de prendre la parole, même lorsque cette personne fait l’objet d’une mesure d’expulsion.
En revanche, la chaîne reste soumise aux règles applicables aux services audiovisuels. L’Arcom, le régulateur des médias, peut notamment intervenir si une antenne manque à ses obligations de pluralisme, de rigueur ou de traitement honnête de l’information.
Le contenu et la présentation des chroniques seront donc déterminants. Une intervention ponctuelle, clairement identifiée comme une prise de position, ne pose pas les mêmes questions qu’une présence régulière, présentée comme une expertise sans contradiction.
Le droit ne crée pas non plus une frontière étanche autour des médias. Une personne interdite de séjour peut continuer à publier, à écrire ou à intervenir dans une émission depuis un autre pays. Les outils numériques rendent cette séparation encore plus concrète.
Pourquoi le gouvernement a pris cette mesure
L’arrêté ministériel reproche à Xenia Fedorova un comportement qui porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État. Il considère également que sa présence en France représente une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public.
Le texte l’accuse de relayer des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes. Le gouvernement estime que ses prises de parole peuvent contribuer à déstabiliser l’ordre public et à affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions.
Xenia Fedorova rejette cette lecture. Ses soutiens présentent la mesure comme une atteinte à la liberté d’expression et dénoncent une décision politique visant une journaliste en raison de ses opinions. Le débat porte donc sur la limite entre une parole contestable et une opération d’influence étrangère.
La justice administrative a déjà rejeté deux recours déposés par la chroniqueuse contre les mesures prises à son encontre. Ces décisions n’épuisent pas nécessairement toutes les voies de recours, mais elles maintiennent pour l’instant les effets de l’arrêté.
Le gel des avoirs ajoute une contrainte particulière. Cette mesure interdit la mise à disposition directe ou indirecte de fonds ou de ressources économiques au bénéfice de la personne concernée. En pratique, une rémunération versée pour des chroniques peut donc poser problème.
Un retour qui expose surtout la chaîne
Pour CNews, la visioconférence permet de conserver une intervenante identifiée par son public sans lui permettre de revenir physiquement en France. La chaîne préserve ainsi une séquence éditoriale appréciée de ses téléspectateurs, tout en contournant la contrainte territoriale.
Pour Xenia Fedorova, le dispositif maintient une visibilité médiatique et une capacité d’influence. Il lui permet aussi de poursuivre une activité publique auprès d’un public français, malgré son éloignement du pays.
Pour les autorités, l’expulsion perd une partie de son efficacité si la personne visée peut continuer à s’exprimer régulièrement dans les médias nationaux. La mesure agit sur sa présence physique, mais beaucoup moins sur sa circulation médiatique.
Cette différence concerne davantage les grandes chaînes que les médias de petite taille. CNews dispose de studios, de moyens techniques et d’une audience suffisante pour organiser des duplex réguliers. Un média local ou indépendant aurait plus de difficultés à mettre en place un dispositif comparable.
Le sujet dépasse donc le seul cas individuel. Il pose la question de la capacité d’un État à limiter une influence étrangère lorsque celle-ci passe par des entreprises privées, des réseaux sociaux et des médias capables de diffuser des contenus depuis l’étranger.
Le pluralisme au centre de la controverse
Valérie Hayer, présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, a demandé aux médias du groupe Canal+ de respecter leurs obligations légales. Elle cite notamment l’honnêteté, la rigueur, la mise en perspective et le pluralisme.
L’eurodéputée relie cette affaire à la question plus large de l’ingérence russe en Europe. Elle estime que la période précédant les prochaines échéances électorales rend nécessaire une vigilance renforcée face aux opérations d’influence du Kremlin.
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a lui aussi décrit Xenia Fedorova comme une relais de la désinformation russe. À l’inverse, les défenseurs de la chroniqueuse considèrent que l’expulsion constitue une réponse disproportionnée et dangereuse pour le débat public.
Le Comité Diderot, qui travaille sur la désinformation russe, juge que le retour à distance révèle les limites de l’expulsion. Ce collectif estime qu’une inscription sur une liste européenne de personnes sanctionnées aurait davantage limité la possibilité de mettre des ressources économiques à sa disposition.
La surveillance portera donc sur plusieurs éléments : le temps d’antenne accordé, la manière dont la chroniqueuse sera présentée, la présence ou non de contradicteurs et l’éventuelle rémunération de ses interventions.
Les prochaines étapes à surveiller
La première échéance est la date effective du retour annoncé sur CNews. La chaîne devra ensuite préciser les conditions techniques et éditoriales de ces interventions depuis l’étranger.
L’Arcom pourrait également être saisie si des séquences sont considérées comme contraires aux obligations de pluralisme ou de rigueur. Le régulateur devra alors distinguer une opinion exprimée à l’antenne d’un dispositif régulier susceptible de donner une place excessive à un même récit.
Enfin, la question financière restera sensible. Tant que le gel des avoirs s’applique, tout versement direct ou indirect devra respecter les restrictions prévues par l’arrêté du 30 juillet 2026. Le retour à l’écran est donc juridiquement possible en principe, mais il ne règle ni le problème du financement ni celui du contrôle éditorial.



