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ACTUALITé NATIONALE Le virage institutionnel du RN

Groupe RN au Sénat : ce que cette implantation change pour les communes et le rapport de force parlementaire

En obtenant un groupe au Sénat, le RN gagne des moyens d’action et une tribune sur les enjeux locaux. Cette implantation marque aussi son passage d’une logique de rupture à une stratégie de conquête institutionnelle.

Salle de commission du Sénat avec pupitres et micros, où se prépare le travail parlementaire.
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En bref

Le Rassemblement national dispose désormais d’un groupe constitué au Sénat, grâce à l’arrivée de douze élus qui s’ajoutent aux trois sénateurs déjà présents. Cette nouvelle organisation lui donne davantage de temps de parole et de moyens parlementaires, mais son influence dépendra de son activité et de ses alliances sur les textes concernant les collectivités.

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Que peut changer l’arrivée du Rassemblement national au Sénat pour les communes et les territoires ? En apparence, le parti gagne surtout une tribune. En réalité, il obtient aussi des moyens parlementaires et une place dans les discussions qui organisent le travail de la Haute Assemblée.

Un groupe pour peser dans une chambre longtemps rejetée

À l’issue des élections sénatoriales du dimanche 27 septembre, douze sénateurs du Rassemblement national et de l’Union des droites pour la République ont rejoint les trois élus RN déjà présents au Palais du Luxembourg. Avec quinze membres, ils dépassent le seuil nécessaire pour constituer un groupe politique.

Au Sénat, ce seuil est fixé à dix sénateurs. Un groupe ne sert pas seulement à afficher une couleur politique. Il permet de disposer d’une organisation propre, de participer plus directement à la répartition des responsabilités et de faire entendre ses positions dans les débats et les commissions. Le règlement du Sénat sur la constitution des groupes politiques encadre ces droits.

Les nouveaux élus viennent notamment des Bouches-du-Rhône, de la Gironde, du Gard, de l’Hérault, de la Seine-Maritime, du Var et du Vaucluse. Leur implantation correspond à des territoires où le RN a renforcé son influence électorale ces dernières années.

Marine Le Pen a présenté ce résultat comme une « victoire historique » et une « étape majeure ». Le président du parti a, lui, assuré que le futur groupe porterait « la voix des territoires oubliés, de la ruralité, et des maires trop souvent éloignées des grandes décisions prises à Paris ».

Du projet de suppression à la conquête institutionnelle

Cette arrivée marque aussi une évolution stratégique. En 2014, Marine Le Pen défendait la suppression du Sénat. Elle estimait alors que la France connaissait une « inflation d’élus » et s’interrogeait sur l’utilité de la Chambre haute.

Trois ans plus tard, sa position avait changé. Pendant la campagne présidentielle de 2017, elle proposait de conserver un Sénat réduit à 200 élus. Elle justifiait ce maintien par le rôle de la chambre dans la représentation des territoires.

Depuis 2022, le Sénat n’est plus présenté comme une institution à faire disparaître. Il est devenu un objectif électoral. Cette évolution suit la progression du RN à l’Assemblée nationale. Après avoir obtenu un nombre inédit de députés, le parti cherche désormais à s’installer dans toutes les institutions de la République.

Cette stratégie répond à une contrainte particulière. Les sénateurs ne sont pas élus directement par l’ensemble des citoyens. Ils le sont par un collège de grands électeurs, composé principalement d’élus locaux. Pour gagner des sièges, un parti doit donc disposer d’un réseau municipal et départemental solide.

La conquête du Sénat dépend ainsi moins d’une campagne nationale que de la capacité à convaincre les maires et les élus locaux. Elle oblige aussi le RN à travailler avec des alliés issus de la droite, comme les élus de l’UDR associés à cette nouvelle majorité de groupe.

Un changement de statut, mais pas encore de bilan

Jusqu’à présent, les trois sénateurs RN élus en 2023 étaient non inscrits. Ils ne pouvaient donc pas bénéficier de tous les leviers attachés à un groupe constitué. Leurs marges d’action étaient plus réduites, notamment pour organiser la prise de parole et peser sur les travaux parlementaires.

Le bilan de ces trois élus reste toutefois limité. Depuis leur élection, aucun n’a déposé de proposition de loi à titre individuel. Leur participation aux scrutins publics est également restée inférieure à 300 votes sur les 909 organisés depuis 2023.

La constitution d’un groupe change donc les moyens disponibles. Elle ne garantit pas, à elle seule, une activité parlementaire plus importante. Les élus devront encore transformer cette nouvelle visibilité en amendements, en propositions de loi et en travail régulier dans les commissions.

Le RN entend mettre l’accent sur les communes. Ludovic Pajot, directeur de campagne des élections sénatoriales, a évoqué les transferts de compétences vers les intercommunalités. Ces transferts ont modifié la répartition des responsabilités entre les mairies et les structures intercommunales.

Pour les grandes communes, cette organisation peut offrir des services mutualisés et davantage de moyens. Pour les petites communes, elle peut aussi donner le sentiment d’un éloignement des décisions. Le discours du nouveau groupe devrait donc s’appuyer sur cette tension entre efficacité administrative et proximité démocratique.

Une influence réelle, mais encadrée par les rapports de force

Le Sénat reste dominé par la droite et le centre. Le nouveau groupe RN ne disposera donc pas d’une majorité. Il devra choisir ses textes et ses alliances pour peser sur les votes.

Ses responsables annoncent une méthode proche de celle appliquée à l’Assemblée nationale : soutenir les textes jugés conformes à ses idées, quelle que soit leur origine politique. Cette position peut permettre au RN de participer à certaines majorités ponctuelles. Elle peut aussi l’exposer à des critiques lorsqu’il votera avec le gouvernement ou avec la droite.

Le fonctionnement du Sénat donne néanmoins un rôle important aux groupes. Ils organisent une partie du travail parlementaire, disposent de temps de parole et participent aux discussions entre la présidence, les commissions et les autres formations. Leur influence dépend ensuite de leur nombre et de leur capacité à négocier.

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a déclaré vouloir permettre à chaque groupe d’exercer pleinement ses droits. Cette position correspond au fonctionnement institutionnel de la Haute Assemblée : un groupe constitué selon le règlement doit pouvoir participer à ses travaux.

À gauche, la réaction est plus hostile. Le président du groupe socialiste, Patrick Kanner, a annoncé une « opposition constructive » visant à « contenir les excès » d’un groupe qu’il qualifie d’extrême droite. Le RN bénéficiera donc de droits parlementaires, mais son arrivée ne signifie pas une normalisation politique acceptée par tous.

Les prochaines étapes à surveiller

Le nouveau groupe devra d’abord déposer sa liste officielle de membres et présenter une déclaration politique. Il devra ensuite choisir sa direction et s’inscrire dans l’organisation des commissions et des débats.

Le point essentiel sera son comportement dans les premiers textes examinés. Ses votes montreront s’il privilégie une opposition systématique, des accords ponctuels avec la droite ou une stratégie centrée sur les collectivités locales.

Son activité sera également scrutée à l’aune du bilan des trois sénateurs déjà présents. Le passage d’une stratégie antisystème à une implantation institutionnelle ne se mesure pas seulement au nombre d’élus. Il se vérifie dans le travail produit, les textes défendus et les résultats obtenus pour les territoires.

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