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ACTUALITé NATIONALE La gauche face à son miroir

Deux élus LFI au Sénat : leur groupe d’accueil peut redessiner les équilibres de la gauche parlementaire

L’élection de Gabriel Amard et Marc Péré offre à La France insoumise une première présence au Sénat. Sans groupe propre, les deux élus doivent choisir entre un rapprochement avec les écologistes et le statut de non-inscrits.

L’hémicycle du Sénat avec ses bancs et pupitres, lieu où les élus choisissent leur groupe parlementaire.
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En bref

Gabriel Amard et Marc Péré deviennent les premiers élus liés à La France insoumise au Sénat. Faute d’effectif suffisant pour former un groupe, ils doivent choisir entre un rapprochement avec les écologistes et le statut de non-inscrits. Leur décision pèsera sur les équilibres de la gauche parlementaire.

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À quoi sert un sénateur quand son parti ne peut pas former de groupe ? C’est la question qui se pose désormais à Gabriel Amard et Marc Péré, les deux nouveaux élus liés à La France insoumise. Leur arrivée au Palais du Luxembourg est historique. Mais leur influence dépendra surtout du groupe qu’ils choisiront de rejoindre.

Une première pour La France insoumise au Sénat

Dimanche 27 septembre 2026, Gabriel Amard a été élu sénateur dans le Rhône. Marc Péré a remporté un siège en Haute-Garonne. LFI revendique cette double victoire comme une entrée officielle dans la chambre haute.

Le résultat est symbolique. Depuis sa création en 2016, La France insoumise n’avait jamais obtenu de sénateur. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon s’était surtout construit autour des élections présidentielles et législatives. Or, les sénatoriales reposent d’abord sur un ancrage local.

Les sénateurs sont élus par un collège de grands électeurs. Celui-ci rassemble principalement des délégués des conseils municipaux, mais aussi des parlementaires, des conseillers régionaux et des conseillers départementaux. Dans le Rhône, le collège électoral comptait environ 3 800 personnes.

La percée de LFI s’explique donc moins par un vote direct des habitants que par les rapports de force locaux. Les élections municipales de mars 2026 ont renforcé la présence de la gauche dans plusieurs territoires du Rhône. Cette implantation a offert aux insoumis des relais qu’ils possédaient rarement jusque-là.

Dans le Rhône, Gabriel Amard a été élu sur une liste classée LFI par l’administration électorale. Il obtient le dernier des sept sièges à pourvoir. En Haute-Garonne, Marc Péré a été élu à la tête d’une liste de rassemblement soutenue par LFI, Les Écologistes et Génération.s.

Deux profils, deux rapports à LFI

Gabriel Amard est le profil le plus directement identifié à La France insoumise. Député du Rhône depuis 2022, réélu en 2024, il possède aussi une longue expérience locale. Il a notamment été maire de Viry-Châtillon, en Essonne, de 1995 à 2006.

Il est également connu pour son travail sur la gestion de l’eau. Il défend depuis plusieurs années une gestion publique de cette ressource. Ce dossier pourrait lui ouvrir des passerelles avec les élus écologistes, même si ses positions politiques restent celles d’un dirigeant insoumis.

Marc Péré présente un parcours différent. Maire de L’Union, en Haute-Garonne, depuis 2014, il a été élu sur une liste d’union. Il n’est pas encarté à LFI. Son profil est davantage celui d’un élu local divers gauche, habitué aux compromis entre formations.

Cette différence sera déterminante. Au Sénat, un élu soutenu par LFI ne devient pas automatiquement membre d’un groupe lié à LFI. Chaque sénateur choisit son rattachement politique après son élection. La nuance attribuée à une liste par la préfecture ne fixe donc pas son appartenance parlementaire.

Pourquoi le groupe compte autant

Gabriel Amard et Marc Péré ne peuvent pas créer leur propre groupe. Le règlement du Sénat exige au moins dix membres pour constituer un groupe politique. Les deux élus devront donc rejoindre une structure existante, s’y apparenter ou rester non-inscrits.

Le choix n’est pas seulement symbolique. Les groupes participent à la fixation de l’ordre du jour, organisent la prise de parole et répartissent les sièges dans les commissions. Ils jouent aussi un rôle dans les demandes de scrutin public, les travaux de contrôle et les questions d’actualité au gouvernement.

Les non-inscrits disposent de certains droits, mais leur capacité d’action est plus limitée. Ils forment une réunion administrative et désignent un délégué. Celui-ci participe à certaines répartitions internes, sans disposer de l’ensemble des leviers d’un président de groupe.

Concrètement, un sénateur non-inscrit peut intervenir dans les débats. Il pèse toutefois moins sur le calendrier parlementaire et sur l’organisation collective du travail. Pour LFI, l’enjeu est donc de transformer une victoire électorale en présence politique durable.

Les Écologistes au centre du choix

Le groupe écologiste apparaît comme la solution la plus plausible. Il compte 16 membres avant le renouvellement de septembre 2026. Le scrutin l’a cependant affaibli. Les écologistes pourraient passer à 13 sénateurs, selon les premières estimations.

L’arrivée de deux élus permettrait au groupe de retrouver une partie de son poids. Elle éviterait aussi qu’il soit dépassé numériquement par le nouveau groupe formé autour du Rassemblement national et de l’Union des droites, qui compte 14 élus.

Cette perspective crée une tension entre intérêt institutionnel et cohérence politique. Accueillir deux sénateurs supplémentaires renforcerait les moyens du groupe écologiste. Mais cela pourrait aussi brouiller sa ligne sur l’Europe, la guerre en Ukraine et les alliances à gauche.

Yannick Jadot s’est opposé publiquement à l’arrivée de Gabriel Amard. Il estime que les élus insoumis n’ont pas leur place dans le groupe. Il reproche notamment à LFI ses positions sur l’Union européenne et sur le conflit en Ukraine.

Son influence doit toutefois être nuancée. Le sénateur écologiste a été suspendu de son parti après avoir soutenu Raphaël Glucksmann dans la primaire sociale-démocrate. Il ne dirige pas le groupe sénatorial. La décision reviendra donc aux membres du groupe, après leurs discussions internes.

Le cas de Marc Péré pourrait être traité séparément. Plusieurs élus écologistes considèrent qu’un maire divers gauche issu d’une liste commune ne pose pas exactement la même question qu’un responsable LFI identifié. Cette distinction pourrait permettre un compromis : accueillir Marc Péré, mais pas Gabriel Amard.

Un choix qui dépasse le Sénat

La décision des écologistes aura une portée nationale. LFI cherche à démontrer que des alliances restent possibles à gauche, malgré les tensions avec le Parti socialiste et Les Écologistes. Un accueil de Gabriel Amard pourrait être présenté comme un signe d’ouverture en vue de la présidentielle de 2027.

À l’inverse, un refus donnerait à LFI l’occasion de dénoncer l’isolement organisé de son mouvement. Le parti pourrait affirmer qu’il tend la main sans obtenir de réponse. Dans les deux cas, les débats du Sénat deviendront un test supplémentaire pour les relations entre les forces de gauche.

Les socialistes et les communistes ne constituent pas des solutions évidentes. Les relations entre LFI et le groupe socialiste sont très dégradées. Les communistes, eux, défendent leur propre stratégie présidentielle autour de Fabien Roussel.

Pour les élus locaux, l’enjeu est plus concret. Marc Péré veut défendre les moyens des communes et la capacité d’investissement des collectivités. Il souhaite aussi porter la question du versement mobilité, une contribution des employeurs qui finance les transports publics.

Gabriel Amard devrait, de son côté, continuer à mettre en avant la vie chère, la gestion de l’eau et les services publics. Leur marge de manœuvre dépendra cependant de leur rattachement et de leur capacité à construire des alliances dossier par dossier.

La prochaine étape : le choix du groupe

Les deux nouveaux sénateurs doivent annoncer leur décision d’ici au 5 octobre 2026. Ils pourront rejoindre le groupe écologiste, demander un apparentement ou rester non-inscrits.

Cette échéance permettra de mesurer la portée réelle de l’entrée de LFI au Sénat. La victoire électorale est acquise. Le rapport de force parlementaire, lui, reste à construire.

À surveiller également : la composition définitive des groupes après le renouvellement, la position collective des sénateurs écologistes et les premières prises de parole de Gabriel Amard et Marc Péré dans l’hémicycle.

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