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ACTUALITé NATIONALE La promesse face au réel

La loi intégrale sur les violences veut mieux protéger les victimes, mais son efficacité dépendra des moyens accordés

La proposition de loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles arrive à l’Assemblée après l’affaire Lyhanna. Le texte veut mieux coordonner prévention, protection, justice et accompagnement, alors que les associations réclament des financements durables.

Salle municipale française avec micros, dossiers flous et chaise vide lors d’un débat institutionnel sur les violences
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En bref

La proposition de loi portée par Céline Thiébault-Martinez entend coordonner prévention, repérage, accompagnement, justice et suivi des auteurs face aux violences sexistes et sexuelles. Son examen intervient après la mort de Lyhanna et sous la pression des associations, qui demandent des garanties budgétaires pour protéger réellement les victimes.

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Comment éviter qu’un enfant ou une femme victime de violences reste seul face à la police, aux médecins ou à la justice ? C’est le défi posé par la proposition de « loi intégrale » examinée à partir du lundi 7 septembre 2026 à l’Assemblée nationale.

Un texte né après la mort de Lyhanna

Le débat parlementaire intervient quelques mois après la mort de Lyhanna, une enfant de 11 ans. Son affaire a provoqué une forte émotion et relancé les mobilisations contre les violences sexuelles faites aux enfants et aux femmes.

Des rassemblements sont de nouveau organisés lundi soir devant plusieurs tribunaux. À Paris, les manifestants sont attendus devant le ministère de la Justice. Les associations veulent maintenir la pression pendant l’examen du texte.

La proposition de loi est portée par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez. Elle compte 69 articles. Son contenu s’appuie notamment sur 140 propositions élaborées depuis 2024 par une coalition d’associations féministes et de défense des droits des enfants.

Le Conseil d’État a rendu son avis sur la proposition de loi le 16 juillet 2026. Cet avis a contribué à préciser et à resserrer le dispositif avant son examen parlementaire.

Que signifie une « loi intégrale » ?

L’expression désigne un texte qui ne traite pas seulement la sanction pénale. Elle vise l’ensemble du parcours des victimes et des auteurs, de la prévention jusqu’au suivi judiciaire.

Le projet aborde donc le repérage des violences, la formation des professionnels, l’accompagnement médical et psychologique, l’accès à la justice, la réparation et le suivi des auteurs.

Son champ est large. Il couvre les violences commises dans la famille, mais aussi dans les établissements scolaires, le monde du travail, les services de santé, les tribunaux et l’espace numérique.

Cette approche cherche à éviter une réponse fragmentée. Aujourd’hui, une victime peut dépendre de plusieurs administrations. Elle peut devoir répéter son récit à la police, à un médecin, à un juge ou à un service social. Le texte veut mieux coordonner ces interventions.

Une priorité politique affichée par le gouvernement

Le gouvernement a décidé de placer la proposition de loi parmi les premiers textes examinés à la rentrée parlementaire. Le Premier ministre Sébastien Lecornu présente cette inscription comme une promesse tenue.

Ce choix répond aussi à une pression politique et associative. Des députés de plusieurs groupes ont participé à la rédaction du texte. La proposition est soutenue par une large partie de l’Assemblée, à l’exception de La France insoumise et du Rassemblement national, selon les éléments communiqués avant l’examen.

La commission spéciale installée à l’Assemblée doit permettre aux députés d’amender les 69 articles. L’examen en séance publique est prévu au début du mois d’octobre 2026.

Le passage en commission ne garantit toutefois pas l’adoption définitive. Le texte devra encore être voté par l’Assemblée nationale, puis examiné par le Sénat. Des désaccords peuvent aussi apparaître sur le calendrier, le contenu ou le financement des mesures.

Le principal enjeu : transformer les principes en protections concrètes

Pour les victimes, une nouvelle loi ne changera la situation que si elle modifie réellement les pratiques. Le repérage suppose des professionnels formés. La protection exige des services capables d’intervenir rapidement. La justice nécessite aussi des enquêteurs, des magistrats et des structures d’accueil en nombre suffisant.

Les familles ne sont pas toutes confrontées aux mêmes obstacles. Une victime vivant dans une grande ville peut trouver plus facilement une association spécialisée ou une consultation médico-judiciaire. Dans certains territoires ruraux, les distances et le manque de professionnels compliquent davantage l’accès aux soins et au dépôt de plainte.

Les enfants en situation de handicap, les mineures isolées ou les femmes migrantes peuvent également rencontrer des difficultés supplémentaires. Leur accès à l’information, à l’interprétariat ou à un accompagnement adapté n’est pas toujours assuré.

Le texte concerne aussi les professionnels. Enseignants, soignants, policiers, magistrats et travailleurs sociaux pourraient être davantage associés au repérage et à l’orientation des victimes. Cette évolution suppose du temps, des formations et des moyens pour éviter que de nouvelles obligations restent théoriques.

Le débat sur les moyens reste central

Le gouvernement cherche à montrer qu’il répond à une demande devenue majeure dans l’opinion. Les associations, elles, veulent vérifier que cette priorité sera accompagnée d’un financement durable.

Une partie des députés soutenant le texte redoute déjà une loi sans effets si les budgets ne suivent pas. Les associations de la coalition demandent une loi-cadre financée et opérationnelle. Elles mettent en avant les difficultés persistantes dans la prise en charge des victimes et le traitement des plaintes.

Le gouvernement a annoncé vouloir préserver les crédits consacrés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le budget pour 2027. Cette annonce devra être confrontée aux arbitrages budgétaires et au contenu précis des crédits votés.

Les critiques ne portent donc pas uniquement sur le principe du texte. Elles concernent sa capacité à agir sur les délais de justice, l’accueil des victimes, la protection de l’enfance et le suivi des personnes condamnées.

Une fenêtre politique, mais encore plusieurs étapes

Le caractère transpartisan de la proposition peut faciliter son adoption. Dans une Assemblée nationale fragmentée, un accord entre plusieurs groupes augmente les chances de faire avancer un texte.

Mais ce compromis peut aussi conduire à des arbitrages. Les députés devront préciser les obligations imposées aux administrations, le rôle des départements dans la protection de l’enfance et les ressources nécessaires à leur application.

Le Conseil d’État a notamment rappelé le rôle des départements dans la protection de l’enfance. Cette question est sensible, car les services départementaux assurent une grande partie du suivi des mineurs en danger. Toute nouvelle mission devra donc être coordonnée avec leurs capacités réelles.

Dans les prochaines semaines, trois rendez-vous seront particulièrement suivis : les modifications adoptées en commission, le débat en séance publique annoncé pour début octobre et les premières discussions budgétaires pour 2027.

Le texte doit désormais répondre à une question simple : peut-il réunir la prévention, la protection et la justice sans rester une déclaration de principe ?

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