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ACTUALITé NATIONALE

Lyhanna ravive la colère sur les violences faites aux enfants et relance le bras de fer autour d’une loi plus ferme

La réaction de Yaël Braun-Pivet aux propos d’Emmanuel Macron rouvre le débat sur la place de la colère dans l’action publique. En parallèle, la proposition de loi intégrale veut accélérer la protection des enfants.

Réunion à l’Assemblée nationale sur la protection des enfants, avec députés et acteurs associatifs autour d’une table.

Quand un drame frappe des enfants, peut-on vraiment demander le silence ?

Quand une affaire d’une telle violence secoue le pays, la question n’est pas seulement judiciaire. Elle est aussi politique : comment entendre la colère sans la mépriser, et comment éviter qu’elle se transforme en impuissance ?

C’est tout l’enjeu de la polémique née après la mort de Lyhanna, 11 ans. Emmanuel Macron avait appelé au calme en estimant qu’« on ne répond pas à un drame par des cris ». Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a pris le contre-pied de cette formule : « On a le droit d’être en colère ». Elle défend aussi l’idée qu’en politique, il faut être « à l’écoute de la société », y compris quand cette société élève la voix pour réclamer des protections plus fortes.

Le débat ne porte donc pas seulement sur les mots. Il dit quelque chose de la place laissée à l’émotion dans la vie publique. Et, surtout, il renvoie à une réalité brutale : les violences sexuelles et les violences faites aux enfants restent massives en France. La commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants a évalué en 2023 leur coût annuel pour l’État à 9,7 milliards d’euros. De son côté, le gouvernement a déjà reconnu l’ampleur du problème en rappelant qu’au moins 160 000 enfants sont victimes chaque année d’infractions sexuelles.

La loi « intégrale » remet la protection des enfants au centre

Au cœur de la séquence, il y a une proposition de loi dite « intégrale ». Le texte, déposé à l’Assemblée nationale, vise à lutter « de manière intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants. Il a été porté par plusieurs députés, dont Céline Thiébault-Martinez, et soutenu dans l’hémicycle comme un cadre global pour prévenir, détecter, signaler, accompagner, juger et réprimer.

Yaël Braun-Pivet en fait un marqueur politique. Elle demande que le texte soit inscrit à l’ordre du jour d’une session extraordinaire, en juillet ou en septembre. Elle insiste sur l’urgence et refuse l’argument budgétaire comme ligne de défense principale : selon elle, protéger les enfants relève d’abord d’un devoir moral. Cette position profite à ceux qui réclament un renforcement rapide des moyens publics, notamment les associations d’aide aux victimes et les collectifs de protection de l’enfance.

Mais le débat est aussi budgétaire, et c’est là que les rapports de force apparaissent. La coalition à l’origine du texte chiffre le besoin à 2,7 milliards d’euros par an. La commission des affaires sociales de l’Assemblée rappelle, elle, que le projet de loi « intégrale » a été présenté dans un contexte où les besoins de financement restent très discutés, alors même que les moyens actuels sont jugés insuffisants par ses soutiens.

Le cœur du sujet : prévenir plus tôt, protéger mieux, juger plus vite

Concrètement, ce type de loi change la chaîne entière de traitement des violences. D’abord dans les écoles, les services sociaux, la justice et la santé. Ensuite dans les familles, où la parole de l’enfant reste souvent la plus difficile à faire reconnaître. C’est là que se joue la différence entre un système qui réagit tard et un système qui repère tôt.

Les chiffres montrent l’ampleur de l’enjeu. Le ministère de l’Intérieur et les travaux de Vie publique rappellent que les violences sexuelles restent très majoritairement subies par des femmes, mais qu’elles touchent aussi lourdement les mineurs. Dans le cadre familial, les enfants de 5 à 9 ans figurent parmi les plus exposés. Autrement dit, le problème ne se limite pas aux agressions visibles dans l’espace public : il s’enracine aussi dans l’intime, là où la protection est la plus difficile à déclencher.

Ce constat explique pourquoi la proposition de loi veut agir sur plusieurs étages à la fois. Mieux former les professionnels, mieux signaler les situations de danger, mieux protéger les victimes pendant la procédure, et mieux articuler les mesures civiles et pénales. Pour les familles concernées, l’enjeu est immédiat : éviter que la procédure n’écrase la protection. Pour l’État, l’enjeu est financier et administratif : il faut des places, du personnel, du temps d’enquête et des dispositifs d’accompagnement.

Des voix concordantes, mais pas les mêmes priorités

Du côté des soutiens du texte, le message est clair : il faut cesser de raisonner à moyens constants. La députée Céline Thiébault-Martinez a déjà demandé que la proposition de loi soit inscrite rapidement à l’ordre du jour, au nom de l’urgence pour les femmes et pour les 160 000 enfants victimes d’infractions sexuelles chaque année. La logique est simple : plus le système tarde, plus les dégâts durent.

Du côté du gouvernement, la prudence reste de mise sur le calendrier et sur l’ampleur des engagements financiers. La discussion porte donc moins sur le diagnostic que sur la méthode : faut-il voter vite un texte-cadre, puis ouvrir ensuite le chantier budgétaire, ou verrouiller d’emblée les moyens avant de légiférer ? Cette hésitation bénéficie à l’exécutif, qui garde la main sur l’agenda, mais elle alimente aussi l’impatience des associations et des parlementaires qui veulent des résultats rapides.

La contradiction est nette : pour les uns, la colère doit être entendue comme un signal démocratique. Pour les autres, elle ne doit pas gêner la stabilité de la réponse publique. Entre les deux, il y a la question la plus concrète : combien de temps un enfant peut-il attendre avant d’être protégé ?

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains jours

Le rendez-vous politique immédiat est la réunion annoncée entre des députés porteurs du texte et le gouvernement. C’est là que doit se préciser la suite : inscription du texte, ordre de passage, calendrier de séance, et surtout arbitrage sur les moyens. Si le compromis avance, la proposition de loi pourrait revenir très vite dans le débat parlementaire. Si rien ne bouge, la colère exprimée dans la rue risque de se transformer en nouvelle pression sur l’exécutif et sur la majorité.

En clair, la séquence Lyhanna ne teste pas seulement la capacité des responsables politiques à parler juste. Elle teste leur capacité à transformer une émotion collective en protection réelle. C’est souvent là que la promesse publique se juge.

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