Mobilisation des policiers en septembre : salaires, prime de risque et budget mettent Beauvau sous pression
Après une rencontre sans annonce concrète avec Laurent Nuñez, Alliance et UN1TÉ appellent les policiers à se mobiliser le 15 septembre. La revalorisation de la prime de risque et les moyens budgétaires restent au cœur du conflit.

Alliance et UN1TÉ dénoncent l’absence d’avancée après leur rencontre avec Laurent Nuñez sur les salaires, la prime de risque et les moyens de la police. Les deux syndicats appellent à manifester le 15 septembre, tandis que l’UNSA Police privilégie une autre journée d’action. Le gouvernement devra arbitrer ces demandes lors du budget 2027.
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Que peut faire un policier quand ses revendications salariales restent sans réponse, mais que la sécurité du quotidien continue de reposer sur ses effectifs ? C’est la question qui se retrouve au cœur de la rentrée sociale du ministère de l’Intérieur.
Une rencontre sans annonce concrète
Les principaux syndicats de police sont sortis insatisfaits de leur rencontre avec Laurent Nuñez, vendredi 4 septembre 2026, place Beauvau à Paris. Les échanges ont porté sur les moyens budgétaires, les salaires et les conditions de travail.
La réunion, organisée sous la forme d’entretiens bilatéraux, a duré plus d’une heure. Elle n’a toutefois débouché sur aucune annonce publique concernant une nouvelle enveloppe pour les policiers.
À la sortie, Grégory Joron, secrétaire général d’UN1TÉ, a déclaré que les représentants syndicaux avaient surtout « le sentiment de sortir de là incompris ». De son côté, Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance Police Nationale, a dénoncé un manque de considération envers les agents.
Les deux organisations appellent désormais à une mobilisation le mardi 15 septembre. Alliance promet la présence de milliers de policiers dans la rue. UN1TÉ soutient également cette journée, tout en laissant ouverte la possibilité d’une nouvelle discussion avec le ministre.
La prime de risque au centre des revendications
La principale demande concerne l’ISSP, la prime liée aux sujétions spéciales de police. Elle compense notamment la dangerosité et les contraintes propres au métier. Elle entre aussi dans le calcul des droits à la retraite.
Selon les syndicats, cette prime n’a pas été revalorisée depuis 2019. Ils estiment donc que son montant ne reflète plus l’évolution des missions, des horaires et des risques auxquels les agents sont exposés.
Alliance réclame entre 300 et 500 millions d’euros supplémentaires chaque année pour la police. Cette somme devrait financer des revalorisations, mais aussi répondre aux difficultés plus larges rencontrées dans les commissariats.
Les organisations syndicales évoquent la fatigue, les heures supplémentaires, la pression opérationnelle et le sentiment d’un engagement insuffisamment reconnu. Elles demandent que les policiers soient mieux rémunérés en fonction de leurs responsabilités.
Cette revendication ne concerne pas seulement le montant d’une prime. Elle touche également l’attractivité du métier. Dans un service soumis à des horaires irréguliers, à des tensions fréquentes et à des risques physiques, la rémunération devient un facteur de recrutement et de fidélisation.
Un rapport de force qui dépasse la seule question salariale
La colère syndicale intervient dans un contexte budgétaire contraint. Les discussions sur les crédits de la sécurité intérieure dépendent des arbitrages gouvernementaux et de la préparation du budget pour 2027.
Le ministère de l’Intérieur doit donc répondre à des demandes importantes sans disposer d’une marge financière illimitée. Son entourage assure que Laurent Nuñez défend les emplois et les moyens de la police. Mais cette position ne constitue pas, à ce stade, une réponse chiffrée aux revendications syndicales.
Le sujet est d’autant plus sensible que la police ne peut pas interrompre totalement ses missions. Les agents doivent continuer à assurer les interventions, l’accueil du public, les enquêtes et le maintien de l’ordre. Leur capacité de mobilisation reste donc encadrée par les obligations de service.
Pour les policiers de terrain, l’enjeu est concret. Une revalorisation peut améliorer le revenu et les perspectives de carrière. Toutefois, elle ne réglerait pas à elle seule les problèmes d’effectifs, de matériel ou de charge administrative.
Pour les contribuables, une enveloppe de 300 à 500 millions d’euros représenterait une dépense publique supplémentaire. Le gouvernement devra donc arbitrer entre les attentes des forces de l’ordre et les autres priorités budgétaires.
Les grands syndicats disposent, eux, d’un avantage important : ils peuvent donner une dimension nationale à la contestation. Les agents des petits commissariats, souvent éloignés de Paris, peuvent cependant ressentir plus directement les difficultés d’effectifs et de remplacement.
Les syndicats veulent maintenir la pression
Alliance présente la mobilisation du 15 septembre comme une réponse directe à l’absence d’avancée. Fabien Vanhemelryck affirme que « la colère est grande » et que les collègues l’exprimeront dans la rue.
UN1TÉ adopte une position proche, mais conserve un canal de discussion avec le ministre. Grégory Joron a indiqué qu’une nouvelle rencontre pourrait avoir lieu rapidement. Cette stratégie permet au syndicat de soutenir la mobilisation tout en laissant une place à la négociation.
La contestation n’est toutefois pas totalement unifiée. L’UNSA Police ne s’est pas associée à l’appel du 15 septembre. Le syndicat invite plutôt les agents du ministère de l’Intérieur à participer à la journée nationale d’action prévue le 29 septembre.
Cette différence révèle un rapport de force interne au monde syndical. Les organisations cherchent à défendre les intérêts des policiers, mais aussi à imposer leur ligne auprès des agents. Les élections professionnelles prévues en décembre 2026 renforcent cette concurrence.
La mobilisation peut donc répondre à une colère réelle tout en servant une bataille de représentation. Ces deux dimensions ne s’excluent pas. Elles expliquent pourquoi les syndicats durcissent leur discours à l’approche des discussions budgétaires.
Pour le gouvernement, le risque est double. Une absence de réponse peut amplifier le mouvement. Une concession financière importante peut, à l’inverse, ouvrir une nouvelle série de demandes dans d’autres secteurs de la fonction publique.
Ce qu’il faudra surveiller
La première échéance est fixée au 15 septembre 2026, avec la mobilisation annoncée par Alliance et UN1TÉ à Paris. Son ampleur permettra de mesurer le niveau de soutien des agents au-delà des déclarations des directions syndicales.
Il faudra ensuite suivre les arbitrages du budget 2027. Le calendrier gouvernemental prévoit une présentation du projet de budget à la fin du mois de septembre. Les crédits accordés à la sécurité donneront un premier indice sur la réponse apportée à la police.
Enfin, une nouvelle réunion entre Laurent Nuñez et les syndicats pourrait préciser les engagements du ministère. Le point décisif sera de savoir si le gouvernement propose une revalorisation chiffrée de l’ISSP ou seulement une poursuite des discussions.



