Pourquoi le prochain ministre de la Ruralité devra surtout obtenir des moyens pour les territoires oubliés
La candidature d’Hubert Brigand relance le débat sur le rôle du ministre de la Ruralité. Derrière la nomination, les territoires attendent des réponses sur les services publics, la mobilité, l’emploi et l’accès aux soins.

Hubert Brigand propose sa candidature au poste de ministre de la Ruralité après le départ de Michel Fournier. Il défend une action renforcée contre la fermeture des services publics, les difficultés de mobilité, le recul de l’emploi et l’accès inégal aux soins. La future nomination devra surtout s’accompagner de moyens et d’une réelle capacité de coordination.
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Que peut changer un ministre de la Ruralité pour une commune qui perd une classe, un médecin ou un service public ? La question est au cœur de la candidature portée par Hubert Brigand, député de la Côte-d’Or, après le départ de Michel Fournier du gouvernement.
Un député propose sa candidature à Matignon
Hubert Brigand a écrit au Premier ministre Sébastien Lecornu pour proposer son nom au poste de ministre de la Ruralité. Il a également envoyé des courriels afin de s’assurer que sa démarche soit bien prise en compte.
Le député Les Républicains de la 4e circonscription de la Côte-d’Or affirme toutefois n’avoir reçu aucune réponse à ce stade. Il dit avoir choisi une méthode directe, loin des discussions informelles et des appels entre responsables politiques.
« D’habitude, les discussions pour être ministre, ce sont des dessous-de-table, des coups de fil. Moi, j’y vais franco. J’écris, c’est clair, net et précis », a-t-il expliqué.
Cette démarche intervient après l’annonce, jeudi 17 septembre, du départ de Michel Fournier, qui occupait le portefeuille de la Ruralité. La fonction doit donc être attribuée à nouveau dans les prochains jours ou les prochaines semaines.
Hubert Brigand est député depuis 2022 et siège actuellement dans le groupe Droite Républicaine à l’Assemblée nationale. Son parcours comprend aussi plusieurs responsabilités locales, notamment à Châtillon-sur-Seine, dont il a été maire. La fiche officielle d’Hubert Brigand à l’Assemblée nationale le présente comme le député de la 4e circonscription de la Côte-d’Or.
La ruralité au-delà des symboles
Pour justifier sa candidature, l’élu met en avant les difficultés quotidiennes rencontrées dans les territoires ruraux. Il cite l’emploi, la mobilité, l’accès aux services publics et la baisse du nombre d’habitants ou d’élèves.
« On ne parle pas au ministère de la Ruralité des problèmes d’emploi, de mobilité, de services publics », estime-t-il. Il reproche également au gouvernement d’avoir parfois traité cette fonction comme un rôle de représentation, sans donner à son titulaire les moyens d’agir.
Le sujet dépasse pourtant le seul périmètre d’un ministère. L’accès aux soins dépend aussi de la santé. Les transports relèvent largement des régions et des intercommunalités. L’école dépend de l’État, mais les bâtiments et de nombreux services du quotidien reposent sur les collectivités locales.
Cette répartition rend l’action publique plus complexe. Un ministre peut fixer des priorités, coordonner les administrations et défendre des crédits. Il ne peut pas, seul, rouvrir une ligne de bus, recruter un médecin ou empêcher la fermeture d’un commerce.
Le gouvernement dispose déjà de plusieurs dispositifs. Le plan France Ruralités, lancé en juin 2023, vise notamment l’accès aux services, les mobilités, la santé, l’éducation et la revitalisation économique. Le programme Villages d’avenir accompagne, lui, les communes dans leurs projets locaux. La présentation officielle du plan France Ruralités détaille ces différents volets.
Des besoins très différents selon les territoires
La ruralité n’est pas un bloc homogène. Les communes proches d’une grande ville peuvent gagner des habitants grâce au télétravail ou à l’arrivée de nouveaux ménages. Elles restent toutefois dépendantes des déplacements vers les pôles d’emploi.
Les communes rurales éloignées des grands centres connaissent une situation plus fragile. Les distances pèsent davantage sur l’accès au travail, à la formation, aux soins et aux services administratifs. Dans ces territoires, la voiture reste souvent indispensable, alors que son coût réduit le budget des ménages.
Les données de l’Insee montrent cette différence. Entre 2017 et 2023, la population des communes rurales a progressé en moyenne de 0,21 % par an. Mais les communes rurales non périurbaines ont enregistré une évolution moyenne négative de 0,04 % par an. Les chiffres de l’Insee sur la population des communes rurales distinguent ainsi les territoires proches des villes et les zones plus isolées.
Les conséquences ne sont pas les mêmes pour tous. Les ménages actifs peuvent supporter de longs trajets lorsqu’ils disposent d’un véhicule et d’un emploi stable. Les personnes âgées, les jeunes sans permis ou les foyers modestes rencontrent davantage de difficultés.
Les petites communes sont elles aussi exposées. Elles doivent maintenir des équipements avec des budgets limités et des équipes réduites. Une fermeture de classe ou un départ de professionnel de santé peut alors fragiliser toute l’organisation locale.
Un poste politique, mais aussi un poste de coordination
La demande d’Hubert Brigand répond à une frustration politique. L’élu se dit « mécontent du gouvernement » et assure qu’il ne souhaite pas devenir ministre pour occuper une fonction honorifique.
« Ça n’est pas pour faire potiche. Je n’ai pas besoin de ça pour exister. Je veux au moins sauver la ruralité », affirme-t-il. Il ajoute que, sans nomination, il continuera à défendre ces sujets comme député.
Cette position bénéficie d’abord aux élus locaux et aux habitants qui demandent une représentation politique plus visible. Elle peut aussi renforcer le poids des territoires ruraux dans les arbitrages budgétaires du gouvernement.
Mais une critique s’impose. Le risque serait de croire qu’un changement de ministre suffit à régler des problèmes qui résultent de décisions accumulées pendant plusieurs années. Le Sénat a notamment relevé que l’éloignement des services publics nourrit un sentiment d’abandon dans certains territoires. Il souligne aussi que la dématérialisation peut exclure les personnes qui maîtrisent mal les outils numériques. Le rapport du Sénat sur l’accès aux services publics dans les territoires ruraux insiste sur ces limites.
Les maisons France Services apportent une réponse concrète. Elles permettent d’effectuer plusieurs démarches administratives avec l’aide de conseillers. Toutefois, elles ne remplacent pas un cabinet médical, une gare ou un service spécialisé. Elles réduisent l’éloignement administratif, mais ne règlent pas toutes les difficultés de mobilité.
La suite dépendra de la nomination et des moyens
La candidature d’Hubert Brigand ne constitue pas une procédure formelle de recrutement. La composition du gouvernement relève du Premier ministre et du président de la République. Elle dépend aussi des équilibres politiques, de la majorité disponible à l’Assemblée nationale et des relations entre l’exécutif et les collectivités.
Le choix du prochain ministre permettra de mesurer la place réellement accordée à la ruralité. Il faudra observer son rang dans le gouvernement, son budget, son accès aux autres ministères et sa capacité à obtenir des décisions concrètes.
Les prochaines étapes seront donc la nomination du successeur de Michel Fournier, puis la définition de sa feuille de route. Les dossiers à surveiller sont déjà connus : maintien des écoles et des services publics, mobilité du quotidien, accès aux soins, emploi local et soutien aux petites communes.
Pour Hubert Brigand, l’enjeu tient en une phrase : « On perd des habitants, on perd des élèves, des services. Ça va se terminer quand ? » La réponse dépendra moins du titre du futur ministre que des moyens qu’il pourra réellement mobiliser.



