Présidentielle 2027 : Maud Bregeon lâche le camp Attal et rallie Édouard Philippe, signal d’une recomposition au sein de la majorité
La porte-parole du gouvernement, figure de Renaissance, a annoncé soutenir le maire du Havre pour la présidentielle. Un choix qui fragilise Gabriel Attal et dessine les contours d'un rapport de force inédit au sein du bloc central.

C’est un coup porté en direct, au micro de France Inter, un lundi matin de fin juin. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, a annoncé ce 29 juin qu’elle soutiendrait la candidature d’Édouard Philippe à l’élection présidentielle de 2027. Le problème, c’est qu’elle est adhérente de Renaissance, le parti dont Gabriel Attal, lui aussi candidat, est le chef de file.
La séquence a de quoi saisir. Invitée de la matinale de France Inter, cette macroniste de la première heure, ingénieure de formation passée par le nucléaire civil, élue députée en 2022, n’a pas tourné autour du pot. Elle a posé le diagnostic sans détour : il existe, selon elle, « un risque absolument majeur d’un second tour entre le RN et LFI ». Et le seul capable d’empêcher ce scénario serait Édouard Philippe, président du parti Horizons et maire du Havre, candidat déclaré de longue date.
« Rassembler bien au-delà de sa propre famille politique »
Deux arguments, dans cet ordre. D’abord « le rassemblement », qu’elle qualifie d’« impératif absolument vital pour le pays ». Le maire du Havre serait « plus que les autres dans cette capacité de rassembler largement, bien au-delà de sa propre famille politique ». Ensuite, l’expérience : Matignon pendant trois ans sous Macron, la gestion de la crise du Covid, la direction d’une « ville populaire ». Et le fait qu’il vienne « de la droite », un ancrage que Maud Bregeon juge stratégiquement décisif pour capter un électorat qui ne se reconnaît plus dans le macronisme tel qu’il a évolué.
À aucun moment, la porte-parole du gouvernement n’a accablé Gabriel Attal. Elle a pris soin de préciser qu’elle ne reniait rien et ne critiquait « en rien les compétences, la légitimité des uns et des autres ». Elle a cité le nom de Bruno Retailleau, patron des Républicains, lui aussi dans la course, pour bien montrer que son choix relève d’un calcul politique global plutôt que d’un désaveu personnel.
Reste que le signal envoyé est brutal.
Rester au gouvernement, ne pas changer de parti
Maud Bregeon a pris soin de baliser son geste. Pas question de quitter Renaissance, dont elle reste adhérente. Pas question non plus de démissionner du gouvernement ni de son portefeuille ministériel. Sur la règle fixée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a demandé à ses ministres de ne pas faire de politique en dehors de leurs fonctions, elle a été catégorique : elle n’aura « aucun rôle opérationnel » dans la campagne du Havrais.
Elle sera en revanche présente dimanche 5 juillet au premier grand meeting d’Édouard Philippe, prévu à l’Adidas Arena à Paris. La nuance entre « soutien personnel » et « engagement opérationnel » pourrait vite devenir difficile à tenir, surtout pour une porte-parole du gouvernement dont chaque prise de parole est scrutée.
L’ombre de Darmanin
Maud Bregeon, 35 ans, originaire de Poitiers, n’est pas n’importe quelle figure du paysage macroniste. Elle est surtout connue pour sa proximité avec Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, lui-même ancien soutien d’Édouard Philippe et issu, comme lui, des Républicains. Plusieurs observateurs estiment que son positionnement « donne une indication » de celui du ministre de la Justice, qui pourrait à son tour annoncer son ralliement au Havrais.
Le 26 mai dernier, Darmanin avait déjà qualifié Édouard Philippe de « mieux placé » pour la course à l’Élysée, tout en l’exhortant à montrer « son envie d’être président de la République ». L’ambiguïté est calculée. Le garde des Sceaux, qui a lui-même déclaré publiquement avoir « envie d’être président », hésite encore entre soutien loyal et aventure personnelle. Selon le JDD, il jouerait surtout Matignon et ne compterait pas « se faire doubler » par Bruno Retailleau dans la course au poste de Premier ministre d’un éventuel président Philippe.
Attal distancé dans les sondages, fragilisé dans son camp
Pour Gabriel Attal, le coup est d’autant plus rude que les sondages confirment son retard. Dans l’enquête Toluna Harris Interactive publiée début mai, Édouard Philippe recueillait 19 % des intentions de vote au premier tour contre 14 % pour Attal, quelle que soit la configuration testée. Les deux restent loin derrière le Rassemblement national, crédité de 34 à 35 % avec Jordan Bardella. Mais seul le maire du Havre apparaît en mesure de battre le RN au second tour, selon plusieurs enquêtes concordantes.
Le chef de Renaissance, candidat officiel depuis le 22 mai, subit par ailleurs des tensions internes sur des sujets sociétaux. Sa proposition de légaliser la GPA avait provoqué fin mai une sortie publique de Maud Bregeon elle-même, qui s’était dite « en total désaccord » et « extrêmement défavorable » à cette idée, estimant qu’elle allait « à l’encontre du féminisme ». Rétrospectivement, cet épisode apparaît comme le premier signe visible de la fracture.
Un bloc central à trois candidats, face à un RN dominant
Le paysage de la droite et du centre se présente donc, à un an du scrutin, sous une forme éclatée. Édouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance) et Bruno Retailleau (LR) se disputent un espace électoral que tous savent insuffisant s’il est divisé. Les appels à une candidature unique se multiplient depuis des mois. Élisabeth Borne a récemment déploré les « aventures individuelles ». Darmanin lui-même a prévenu que « ceux qui se présentent comme des personnes qui peuvent s’entendre en février prochain pourraient montrer des différences trop fortes qui rendraient une alliance impossible ».
Le meeting du 5 juillet à l’Adidas Arena constituera un premier test grandeur nature pour la capacité de mobilisation d’Édouard Philippe. Les regards seront tournés vers la salle, mais aussi vers les absents. Le silence de l’Élysée sur cette compétition interne devient, au fil des semaines, une position politique en soi.



