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ACTUALITé NATIONALE Majorité numérique, acte II

Réseaux sociaux mineurs : comment la règle des 15 ans pourrait changer la vie numérique des familles françaises

La France veut relancer l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans, après la censure du premier dispositif. Bruxelles doit vérifier la compatibilité de cette nouvelle approche avec le droit européen.

Journaliste préparant un sujet sur la protection des mineurs en ligne dans une rédaction française lumineuse
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En bref

Le gouvernement français cherche à instaurer une limite d’âge pour l’accès aux réseaux sociaux, après la censure constitutionnelle d’un premier texte. Le nouveau projet mise sur les fonctionnalités à risque, la vérification de l’âge et un rôle accru des parents. Bruxelles doit encore examiner sa compatibilité avec le droit européen.

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Faut-il empêcher les adolescents de moins de 15 ans d’ouvrir un compte sur les réseaux sociaux, même avec l’accord de leurs parents ? En France, cette question revient au centre du débat politique. Elle touche à la protection des mineurs, mais aussi à la liberté de communiquer en ligne.

Pourquoi le gouvernement veut reprendre le dossier

Le gouvernement français a transmis à la Commission européenne une nouvelle version de son projet visant à limiter l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux. Cette notification constitue une étape juridique avant toute nouvelle initiative législative.

La France cherche ainsi à relancer une mesure déjà adoptée par le Parlement en 2023. Le dispositif prévoyait de fixer une « majorité numérique » à 15 ans. En pratique, un mineur de moins de 15 ans n’aurait pas pu s’inscrire seul sur un réseau social. L’autorisation d’un parent aurait été nécessaire.

Le projet précédent avait toutefois été censuré par le Conseil constitutionnel. Les Sages avaient estimé que le texte portait une atteinte trop large à la liberté d’expression et de communication. Ils avaient également relevé que le dispositif ne distinguait pas suffisamment les services selon les risques qu’ils présentent.

Cette décision n’a pas mis fin au débat. Elle a obligé le gouvernement à revoir la rédaction du texte et à mieux définir les plateformes concernées. La notification à Bruxelles doit précisément permettre de vérifier la compatibilité de cette nouvelle approche avec le droit européen.

Une interdiction fondée sur les fonctionnalités

La nouvelle piste ne consisterait plus à établir une liste figée de réseaux sociaux interdits. Le gouvernement chercherait plutôt à identifier les services à partir de leurs fonctionnalités et des risques associés à leur fonctionnement.

Plusieurs mécanismes pourraient être pris en compte. Il s’agit notamment du lancement automatique des vidéos, des notifications envoyées la nuit ou de la possibilité d’échanger avec des comptes inconnus. Les systèmes de recommandation pourraient aussi entrer dans l’analyse.

Cette méthode vise à éviter qu’une plateforme échappe à la règle simplement parce qu’elle n’est pas nommément citée dans la loi. Elle pourrait aussi permettre d’adapter le périmètre du dispositif lorsque les usages évoluent.

Le choix reste cependant délicat. Une définition trop générale risquerait de rendre la règle difficile à appliquer. À l’inverse, une liste trop précise pourrait rapidement devenir obsolète ou encourager les contournements.

Le Conseil constitutionnel avait justement reproché au précédent dispositif de ne pas assez tenir compte de la diversité des services numériques. Une encyclopédie en ligne, une messagerie privée et une plateforme centrée sur les vidéos publiques ne présentent pas les mêmes risques pour un adolescent.

Ce que le droit européen change

La France ne peut pas agir seule sans tenir compte du règlement européen sur les services numériques, le DSA. Ce texte impose aux grandes plateformes de limiter les risques liés à leurs services, notamment pour les mineurs.

La Commission européenne travaille également sur la protection des enfants en ligne. Les lignes directrices liées à l’article 28 du DSA reconnaissent désormais aux États membres une marge de manœuvre pour fixer un âge minimal d’accès aux réseaux sociaux. Cette possibilité doit toutefois s’appuyer sur des règles proportionnées et sur des dispositifs solides de vérification de l’âge.

La notification française sert donc de test juridique. Bruxelles pourra examiner le périmètre du projet, ses modalités de contrôle et son articulation avec les obligations déjà imposées aux plateformes européennes.

Le sujet dépasse d’ailleurs les frontières françaises. Plusieurs États membres étudient ou mettent en place des restrictions d’accès pour les mineurs. Les seuils d’âge et les modalités varient, ce qui alimente le débat sur une éventuelle harmonisation à l’échelle de l’Union européenne.

Une souplesse envisagée entre 13 et 15 ans

Le projet pourrait prévoir un régime différent pour les adolescents âgés de 13 à 15 ans. Une autorisation expresse d’un représentant légal permettrait, dans certains cas, de maintenir un accès encadré.

Les parents pourraient alors définir des limites. Elles pourraient concerner les horaires d’utilisation, la durée quotidienne ou encore la nature des contenus accessibles. Une suspension du compte pourrait aussi être demandée par le titulaire de l’autorité parentale.

Cette souplesse répond à une difficulté concrète. Les réseaux sociaux ne servent pas uniquement au divertissement. Certains adolescents les utilisent pour communiquer avec leur famille, suivre des activités scolaires, accéder à des informations ou maintenir un lien social.

Mais cette solution ferait reposer une partie importante du contrôle sur les familles. Les parents ne disposent pas tous du même temps, des mêmes compétences numériques ou des mêmes outils. Les ménages les plus fragiles pourraient donc rencontrer davantage de difficultés pour vérifier l’âge, donner leur accord ou surveiller les usages.

Les plateformes, elles, devraient mettre en place des systèmes d’identification de l’âge. Cette obligation soulève une autre question : comment vérifier qu’un utilisateur est mineur sans collecter davantage de données personnelles ? Le dispositif devra limiter les risques de surveillance et de réutilisation des informations d’identité.

Protection des mineurs contre liberté de communication

Les défenseurs de l’interdiction mettent en avant les risques liés à certains usages. Ils citent l’exposition à des contenus violents ou sexualisés, le cyberharcèlement, les mécanismes de dépendance et les sollicitations de comptes inconnus.

Ils estiment qu’une simple responsabilisation des familles ne suffit pas face à des plateformes conçues pour retenir l’attention. Leur objectif est de déplacer la responsabilité vers les entreprises, qui contrôlent les algorithmes, les notifications et les règles de visibilité.

Les opposants à une interdiction générale soulignent toutefois ses limites. Ils redoutent une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et un risque de déplacement vers des services moins contrôlés. Un adolescent privé d’accès à une plateforme connue pourrait utiliser un réseau étranger ou créer un compte avec une fausse date de naissance.

La vérification de l’âge constitue donc le point central du débat. Une règle ambitieuse mais impossible à contrôler resterait largement symbolique. Une règle efficace, en revanche, pourrait exiger des outils intrusifs et modifier profondément l’accès à internet.

Le débat parlementaire devra aussi préciser qui décidera qu’une plateforme présente un risque particulier. Le gouvernement, l’Arcom ou une autre autorité pourraient être associés à cette classification. La procédure devra être transparente et contestable, afin d’éviter qu’un service soit désigné sans justification suffisante.

Un calendrier encore dépendant de Bruxelles

La France ne devrait pas présenter immédiatement un nouveau texte au Parlement. Le gouvernement doit d’abord attendre le retour de la Commission européenne sur sa proposition.

Cette étape peut conduire à des modifications supplémentaires. Elle permettra notamment de vérifier si le dispositif respecte les règles européennes de libre prestation des services, les exigences du DSA et les principes liés à la protection des données personnelles.

Le Parlement devra ensuite examiner une rédaction précise. La proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale en janvier 2026 prévoit déjà une interdiction de principe pour les moins de 15 ans, avec des mécanismes différenciés selon les plateformes. Le Sénat a toutefois modifié le texte, ce qui laisse subsister des désaccords entre les deux chambres.

La suite dépendra donc de plusieurs échéances : les observations de la Commission européenne, la poursuite de la navette parlementaire et le contenu définitif du compromis entre députés et sénateurs. Le véritable enjeu sera de transformer une promesse politique en règle applicable, proportionnée et réellement contrôlable.

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