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ACTUALITé NATIONALE La pause des retraites contestée

Retraites : pourquoi Attal et Horizons veulent remettre en cause la pause qui protège les départs des prochaines générations

Les groupes d’Attal et d’Horizons veulent supprimer la suspension du calendrier des retraites. Au-delà des tensions au sein du camp gouvernemental, l’enjeu concerne l’âge de départ et le financement du système.

Pupitres équipés de microphones et de boîtiers de vote dans un hémicycle parlementaire aux rangées de sièges courbes.
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En bref

Les groupes parlementaires Ensemble pour la République et Horizons veulent revenir sur la suspension du calendrier de la réforme des retraites. Cette pause, inscrite dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026, permet à certaines générations de partir plus tôt que prévu. Son éventuelle suppression remettrait en jeu leurs dates de départ et relancerait le débat sur le financement du système.

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Peut-on préparer son départ à la retraite quand les règles reviennent chaque année dans le débat budgétaire ? Pour les personnes proches de cette échéance, la bataille parlementaire porte sur des mois de travail supplémentaires, pas seulement sur des alliances politiques.

Une suspension qui n’a pas supprimé la réforme

Le point de départ remonte au 14 octobre 2025. Sébastien Lecornu propose alors de suspendre la réforme des retraites pour desserrer le blocage politique. Il annonce un coût de 400 millions d’euros en 2026 et de 1,8 milliard en 2027, à compenser par des économies. Ces chiffres correspondent à l’annonce initiale, avant les modifications parlementaires.

Cette concession répond notamment à une demande des socialistes. Elle permet au Premier ministre de rechercher leur non-censure : leur décision de ne pas contribuer à renverser le gouvernement. En octobre 2025, celui-ci échappe effectivement à la censure après avoir proposé cette pause.

Mais suspension ne signifie pas abrogation. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 modifie le calendrier des départs, sans rétablir une retraite à 62 ans pour tous. Les ajustements s’appliquent aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Les règles de retraite après la suspension permettent de distinguer les générations concernées.

Attal et Horizons veulent rouvrir le compromis

Les groupes Ensemble pour la République, dirigé par Gabriel Attal, et Horizons, lié à Édouard Philippe, prévoient chacun de défendre des amendements supprimant cette suspension. Leur véhicule : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, ou PLFSS, qui fixe les recettes et les dépenses des organismes sociaux.

Leur objectif mérite une clarification. Ils ne proposent pas d’abroger la réforme de 2023. Ils veulent abroger sa suspension, donc remettre en cause la pause obtenue par ses adversaires. À ce stade, cette intention politique ne modifie aucun droit : il faut encore qu’un texte rassemble les votes nécessaires.

Pour Sébastien Lecornu, la difficulté vient de son propre camp. Le compromis recherché avec les socialistes heurte des élus attachés à la réforme. Cette fracture existait déjà pendant l’examen du budget 2026 : Gabriel Attal avait appelé ses députés à mener la bataille amendement par amendement.

La portée de cette nouvelle initiative ne se mesure donc pas uniquement à ses chances d’adoption. Elle oblige les groupes parlementaires à afficher leur position. Elle met aussi en discussion la solidité d’un accord dont le gouvernement a fait un instrument de stabilité.

Des conséquences différentes selon les carrières

Pour les assurés nés en 1964, la suspension fixe l’âge légal à 62 ans et neuf mois, contre 63 ans auparavant. Elle ramène également à 170 trimestres la durée nécessaire pour obtenir le taux plein, c’est-à-dire une pension sans réduction liée aux trimestres manquants.

Ces deux paramètres ne se confondent pas. Atteindre l’âge légal autorise un départ, mais ne garantit pas toujours une pension à taux plein. Une personne ayant suffisamment cotisé peut utiliser immédiatement l’ouverture de ses droits. Une carrière incomplète peut, au contraire, imposer un arbitrage entre départ plus tôt et montant de pension.

La suspension concerne aussi certaines carrières longues pour les personnes nées entre 1964 et 1968. Ses effets dépendent donc de l’année de naissance, mais également du début de carrière et des trimestres acquis. Un même slogan politique recouvre plusieurs situations individuelles.

C’est précisément sur ces bénéfices concrets que la CFDT appuie sa défense de la pause. Le 14 octobre 2025, elle la qualifie de « vraie victoire » et souligne le gain de trois mois pour la génération 1964. Pour le syndicat, préserver cette mesure bénéficie d’abord aux travailleurs proches du départ.

Le financement reste une contrainte réelle

Les défenseurs d’un calendrier de départ plus tardif disposent toutefois d’un argument budgétaire documenté. Dans son rapport de juin 2026, le Conseil d’orientation des retraites estime le déficit de 2025 à 5,1 milliards d’euros, hors charges et produits financiers. En intégrant ces éléments, il atteint 1,3 milliard. Pour 2026, le COR projette environ 5 milliards de déficit hors éléments financiers.

Ces chiffres ne désignent pas une solution unique. Le rapport du COR sur les perspectives financières des retraites examine plusieurs leviers : pensions, cotisations et âge de départ. Chaque choix répartit différemment l’effort entre retraités, salariés et employeurs.

Retarder les départs fait davantage porter l’ajustement sur les actifs concernés. Augmenter les cotisations sollicite salariés ou employeurs. Freiner la revalorisation des pensions touche les retraités. Ainsi, préserver une règle pour un groupe peut déplacer la contrainte vers un autre.

Le précédent budgétaire l’illustre. Dans sa présentation du PLFSS pour 2026, la commission des affaires sociales du Sénat rappelle que le financement initial de la suspension mobilisait notamment les complémentaires santé et une moindre revalorisation des pensions. Elle avait supprimé l’article instaurant la pause. Le désaccord portait donc aussi sur qui devait payer.

Le prochain test sera parlementaire

Deux priorités s’affrontent désormais : préserver le répit accordé aux futurs retraités ou rétablir le calendrier défendu par les partisans de la réforme. La CFDT voit aussi dans cette pause une ouverture pour débattre de l’avenir des retraites lors de l’élection présidentielle de 2027.

Les étapes à surveiller sont concrètes : le dépôt des amendements EPR et Horizons, leur rédaction exacte, puis leur examen en commission et en séance. Les votes diront si cette offensive change les règles ou expose surtout les divisions du camp gouvernemental. Pour les assurés, le point décisif sera le calendrier d’application de toute modification adoptée.

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