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ACTUALITé NATIONALE Le Sénat sous tension

Sénatoriales 2020 : pourquoi le vote des grands électeurs peut changer l’équilibre politique au Parlement

Le scrutin sénatorial de 2020 s’annonce stable, mais plusieurs enjeux se dessinent : âge des candidats, faible progression de la parité, implantation du RN et rivalités à gauche. Les grands électeurs restent au cœur du résultat.

Salle de conseil municipal française avec élus anonymes, micros, dossiers et une chaise vide en vue oblique
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En bref

Le renouvellement sénatorial de 2020 concerne 172 sièges et repose principalement sur le vote des élus municipaux. La majorité de droite et du centre reste favorite, tandis que le RN vise dix sénateurs pour former un groupe. L’âge élevé et la faible féminisation demeurent des enjeux persistants.

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Qui décide de la composition du Sénat, quand les Français ne votent pas directement pour leurs sénateurs ? À quelques jours du scrutin du 27 septembre 2020, les candidatures dessinent une chambre haute plus stable que bouleversée. Mais plusieurs partis espèrent profiter de cette élection indirecte pour modifier les rapports de force.

Un scrutin discret, mais décisif

Les élections sénatoriales renouvellent la moitié du Sénat tous les trois ans. En 2020, 178 sièges devaient être renouvelés dans la série concernée. Le scrutin du 27 septembre portait finalement sur 172 sièges, six sièges représentant les Français établis hors de France devant être renouvelés ultérieurement.

Les sénateurs ne sont pas élus au suffrage direct. Ils sont choisis par un collège de « grands électeurs », composé principalement de représentants des communes, mais aussi de conseillers départementaux, régionaux et de parlementaires. Les maires et les élus municipaux jouent donc un rôle central dans le résultat.

Cette mécanique favorise généralement les candidats déjà implantés localement. Elle donne aussi un poids important aux équilibres issus des élections municipales. Or, en 2020, ces élections ont souvent reconduit les équipes sortantes, malgré une forte abstention.

Les informations officielles sur les élections sénatoriales de 2020 confirment l’importance de ce calendrier : le dépôt des candidatures s’est achevé le 11 septembre, avant le vote du 27 septembre.

La stabilité avant le renouvellement

Premier enseignement des candidatures : les sortants restent largement présents. Sur 178 sénateurs concernés par le renouvellement, 130 se représentaient, soit environ 73 %.

Cette forte proportion ne garantit pas leur réélection. Elle montre toutefois que les partis misent d’abord sur des élus connus des grands électeurs. Dans les départements, la relation entre sénateurs et maires repose souvent sur un travail régulier : subventions, accompagnement juridique, défense des communes et relais auprès de l’État.

Cette proximité peut favoriser la continuité. Elle peut aussi limiter l’arrivée de nouveaux profils, surtout lorsque les formations politiques privilégient les accords entre élus locaux. Pour les candidats sans mandat exécutif ou sans réseau municipal solide, l’accès au Sénat reste donc difficile.

Le mode de scrutin accentue ces écarts. Dans certains départements, les sénateurs sont élus à la proportionnelle. Dans d’autres, notamment lorsque peu de sièges sont à pourvoir, le scrutin majoritaire à deux tours s’applique. Les règles varient donc selon les territoires et ne donnent pas les mêmes chances aux petites listes.

Une chambre encore âgée et masculine

Les candidatures confirment également le vieillissement relatif de la représentation politique. L’âge moyen des candidats s’établissait à 55 ans. Seuls 3 % avaient moins de 30 ans, tandis qu’environ 1 % dépassaient 80 ans.

L’âge minimum pour se présenter est fixé à 24 ans. Le plus jeune candidat cité était Clément Bellière, âgé de 24 ans, sur une liste du Rassemblement national dans l’Eure. À l’autre extrémité, Christiane Raust, 85 ans, figurait sur une liste divers droite en Seine-Maritime.

La moyenne d’âge des sénateurs était alors proche de 60 ans. Elle avait baissé après les élections précédentes, mais le Sénat restait plus âgé que l’Assemblée nationale, où la moyenne se situait autour de 49 ans après les élections législatives de 2017 et les changements intervenus depuis.

La parité progresse, mais lentement. Les 1 657 candidatures déclarées comptaient 770 femmes, soit 46,47 %. La proportion était presque identique à celle observée lors du précédent renouvellement, en 2017. Pourtant, les femmes ne représentaient que 39 % des membres du Sénat.

Le problème ne se limite pas à la présence sur les listes. Dans les scrutins de liste, l’alternance entre femmes et hommes impose une meilleure représentation formelle. Mais les positions éligibles, la tête de liste et les accords locaux restent déterminants. Une liste paritaire ne garantit donc pas une assemblée paritaire.

Des listes aux couleurs des territoires

Les intitulés des listes témoignent d’une campagne très locale. Certaines revendiquent directement un ancrage territorial, avec des formules comme « Libertés communales, bon sens provençal », « Le Doubs avance quand il fait équipe » ou « L’Eure du Rassemblement ».

Ces noms répondent à la logique particulière des sénatoriales. Les candidats ne s’adressent pas d’abord à l’ensemble des habitants du département. Ils cherchent à convaincre des élus municipaux, attentifs aux moyens des communes, à leur autonomie et à leurs relations avec l’administration.

Plusieurs figures nationales tentaient aussi de conserver ou de conquérir un siège. Bruno Retailleau, candidat des Républicains à l’élection présidentielle, se représentait après plusieurs mandats. Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, figurait également parmi les personnalités suivies. Claude Malhuret, connu pour ses interventions remarquées au Sénat, était lui aussi candidat.

Le pari du Rassemblement national

Le Rassemblement national jouait une partie importante de son implantation institutionnelle. Le parti ne comptait alors que trois sénateurs. Il espérait atteindre le seuil de dix membres nécessaire pour constituer un groupe politique au Sénat.

Un groupe dispose de moyens et de droits spécifiques : temps de parole, représentation dans les commissions, participation à la Conférence des présidents et capacité à peser davantage sur l’ordre du jour. Pour le RN, l’enjeu dépassait donc la simple conquête de sièges.

Le parti pouvait s’appuyer sur ses résultats aux élections municipales et sur des candidatures présentées dans des départements où il avait progressé, notamment les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, le Var et le Vaucluse.

Cette dynamique ne suffisait toutefois pas à menacer la majorité sénatoriale. Les Républicains et les centristes conservaient un réseau d’élus locaux dense. Leur alliance autour de Gérard Larcher restait le scénario le plus probable.

Le seuil de dix sénateurs constitue par ailleurs un point de bascule, mais pas une garantie d’influence équivalente à celle des groupes déjà installés. Le poids réel d’une formation dépend aussi de ses alliances, de ses effectifs et de sa capacité à participer aux compromis parlementaires.

La gauche face à deux risques

Pour les socialistes, l’objectif principal consistait à préserver leur groupe, alors composé de 64 sénateurs. Ils devaient aussi éviter que les écologistes ne récupèrent une partie de leurs élus ou de leurs bastions locaux.

La compétition pouvait donc se jouer à l’intérieur même de l’opposition. Dans plusieurs départements, les accords entre formations de gauche pouvaient déterminer la répartition des sièges. Une liste concurrente de plus pouvait suffire à fragiliser un sortant.

La France insoumise espérait de son côté faire entrer le député Gabriel Amard au Palais du Luxembourg. Une telle arrivée aurait marqué la première implantation directe du mouvement dans l’hémicycle sénatorial.

Mais le scrutin indirect rend l’opération complexe. La notoriété nationale ne remplace pas un réseau de maires et de conseillers municipaux. Elle peut même peser moins qu’un accord local bien négocié.

Ce qu’il fallait surveiller après le vote

Le résultat du 27 septembre devait permettre de mesurer trois évolutions : la capacité du RN à atteindre le seuil d’un groupe, la solidité de la majorité de droite et du centre, et la résistance des socialistes face aux écologistes.

Il fallait aussi observer la composition du Sénat après le renouvellement : âge moyen, part des femmes, nombre de nouveaux élus et répartition entre groupes. Ces données permettent de distinguer un simple renouvellement de sièges d’une véritable transformation politique.

La présidence de Gérard Larcher constituait enfin l’échéance institutionnelle immédiate. Après les élections sénatoriales, les groupes devaient se reconstituer, puis élire le président du Sénat et renouveler les instances de la chambre haute.

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