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ANALYSES & OPINIONS L’héritage en question

Après la mort de François Patriat, la macronie réunie face au bilan et aux ambitions de l’après-Macron

Les obsèques de François Patriat ont rassemblé les figures historiques de la macronie à Semur-en-Auxois. L’hommage d’Emmanuel Macron a relancé le débat sur l’héritage présidentiel et l’avenir du camp présidentiel.

Mains anonymes examinant un dossier de nomination près d’un micro de commission au Sénat
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En bref

Les obsèques de François Patriat ont réuni Emmanuel Macron, plusieurs responsables gouvernementaux et les principales figures de la majorité présidentielle. En saluant sa fidélité, le chef de l’État a aussi défendu son bilan et critiqué ceux qui veulent déjà en dresser l’inventaire. La succession politique de 2027 s’installe ainsi au cœur du débat.

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Que reste-t-il d’un camp présidentiel quand l’un de ses soutiens les plus constants disparaît ? À Semur-en-Auxois, les obsèques de François Patriat ont pris une dimension politique. Elles ont réuni, mardi 25 août 2026, une large partie de la famille macroniste, au moment où celle-ci cherche déjà sa place après Emmanuel Macron.

Un dernier hommage dans sa ville natale

La cérémonie s’est tenue dans la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois, en Côte-d’Or. François Patriat y était né le 21 mars 1943. Plus d’un millier de personnes se sont rassemblées dans la ville, dont une centaine à l’extérieur, devant un écran installé sur le parvis.

Le cercueil a quitté l’édifice au son des cors de chasse. Un symbole local pour cet élu attaché à la Bourgogne, à ses paysages et à ses traditions. François Patriat pratiquait aussi assidûment le vélo. C’est après un grave accident survenu le 17 juillet qu’il avait été hospitalisé à Dijon. Il est mort le 19 août, à l’âge de 83 ans.

Emmanuel Macron a fait le déplacement en tant que président, mais aussi en tant qu’ami. Dans son discours, il a salué un homme dont la fidélité ne s’est jamais démentie. « À chaque fois que je me suis retourné, François était là », a déclaré le chef de l’État.

Il a également résumé son attachement à son territoire par une formule : « Il était la vie. Il était la Bourgogne aussi. » L’hommage officiel rendu à François Patriat rappelait son parcours d’élu local, de parlementaire et de ministre.

Un parcours de gauche jusqu’au macronisme

François Patriat n’était pas un nouveau venu lorsque Emmanuel Macron est apparu sur la scène politique. Fils d’agriculteur, vétérinaire de formation, il avait rejoint le Parti socialiste en 1974. Il se réclamait notamment de Michel Rocard et de la deuxième gauche, attachée à la décentralisation, aux réformes et au compromis.

Il a commencé sa carrière élective comme conseiller général de la Côte-d’Or en 1976. Il a ensuite été député, maire, président du conseil général puis président de la région Bourgogne, de 2004 à 2015. Il a aussi participé au gouvernement de Lionel Jospin. Il a été secrétaire d’État chargé des PME, du commerce et de l’artisanat entre 2000 et 2002, avant de devenir ministre de l’Agriculture et de la Pêche.

Élu sénateur de la Côte-d’Or en 2008, il a conservé son mandat jusqu’à sa mort. Au Sénat, il présidait le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, le groupe qui rassemble les sénateurs favorables à la majorité présidentielle.

Son rapprochement avec Emmanuel Macron a commencé avant la première élection présidentielle de celui-ci. Patriat a soutenu le lancement d’En marche ! en 2016. En 2017, il a contribué à structurer le groupe macroniste au Palais du Luxembourg.

Cette trajectoire explique sa place particulière. François Patriat n’était pas seulement un responsable parlementaire. Il servait aussi de passerelle entre l’ancien Parti socialiste, les élus locaux et le nouveau mouvement présidentiel.

Le message politique de Macron

Le président a profité de cet hommage pour défendre la fidélité de son compagnon de route. Il a évoqué un homme qui, selon lui, n’a pas renié ses convictions en rejoignant le macronisme. Il a plutôt voulu présenter cette décision comme le prolongement d’une culture politique fondée sur la réforme et la conciliation.

Le passage le plus politique concernait le bilan des deux quinquennats. Emmanuel Macron a salué François Patriat comme un défenseur « tout entier » engagé derrière son action. Puis il a critiqué ceux qui veulent déjà « faire l’inventaire » et ceux chez qui « l’esprit de défaite a déjà gagné ».

Le mot « inventaire » renvoie ici à l’examen critique du bilan présidentiel. Dans le camp macroniste, cette question est devenue centrale. Faut-il défendre l’héritage du président sortant ? Faut-il en reconnaître les limites ? Ou faut-il prendre ses distances pour préparer l’après-2027 ?

En choisissant de parler de fidélité et de combat, Emmanuel Macron a clairement privilégié la première option. Son discours visait d’abord la mémoire de François Patriat. Mais il s’adressait aussi aux responsables de la majorité qui envisagent déjà la suite.

Une famille politique réunie, mais fragilisée

Plusieurs figures historiques de la macronie étaient présentes. Le président du Conseil constitutionnel Richard Ferrand a assisté à la cérémonie. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, le président du Sénat Gérard Larcher et la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet étaient également là.

D’anciens chefs du gouvernement ont aussi fait le déplacement : François Bayrou, Gabriel Attal, Élisabeth Borne et Michel Barnier. Cette concentration de responsables souligne l’importance de François Patriat dans la construction du pouvoir macroniste.

Elle révèle aussi une difficulté. Le camp présidentiel existe encore dans les institutions, mais il ne forme plus forcément un bloc politique homogène. Les élus doivent composer avec des sensibilités différentes, des ambitions concurrentes et une échéance présidentielle qui approche.

Les responsables qui défendent la continuité peuvent s’appuyer sur le bilan du pouvoir et sur la stabilité institutionnelle. Ceux qui souhaitent tourner la page mettent davantage en avant la nécessité d’un renouvellement. Les premiers bénéficient de l’appareil politique existant. Les seconds espèrent attirer un électorat qui ne veut plus reconduire le macronisme à l’identique.

François Patriat incarnait, à sa manière, une génération de responsables capables de changer de famille politique sans rompre avec leur histoire. Cette souplesse a permis à Emmanuel Macron de rallier des élus venus du centre gauche. Elle est aujourd’hui plus difficile à reproduire, alors que les clivages se sont durcis et que le bilan présidentiel est davantage contesté.

Ce que cette disparition change au Sénat

La mort de François Patriat laisse également un vide institutionnel. Il dirigeait le groupe RDPI au Sénat et représentait la Côte-d’Or depuis 2008. Son décès met fin à son mandat parlementaire. Annouck Cotillot lui a succédé comme sénatrice du département et a rejoint le groupe RDPI.

Pour le groupe présidentiel, l’enjeu dépasse la succession personnelle. Le Sénat est dominé par la droite et le centre. Les groupes favorables à Emmanuel Macron doivent donc négocier texte par texte. La disparition de leur président prive les sénateurs macronistes d’un responsable expérimenté, habitué aux compromis et aux rapports de force parlementaires.

Les grands groupes politiques disposent de cadres nombreux pour absorber ce type de transition. Pour un groupe plus limité, chaque départ compte davantage. Le remplacement de François Patriat devra donc préserver à la fois l’unité interne et la capacité de dialogue avec la majorité sénatoriale.

L’après-Patriat commence déjà

À Semur-en-Auxois, Emmanuel Macron a rendu hommage à un homme qui refusait de se laisser enfermer dans une lecture comptable de la politique. Pourtant, la disparition de François Patriat ramène précisément le camp présidentiel à cette question : que veut-il conserver de ces dernières années ?

Dans les prochaines semaines, il faudra surveiller la réorganisation du groupe RDPI au Sénat. Il faudra aussi observer les prises de position des anciens ministres et des parlementaires macronistes sur l’après-2027. Le débat entre fidélité, renouvellement et bilan ne fait que commencer.

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