Du Smic aux manifestations, les choix de Dominique de Villepin pourraient-ils changer concrètement la vie des citoyens ?
Dominique de Villepin défend une rénovation des lycées, un encadrement des manifestations et davantage de négociations salariales. Ses propositions soulèvent des questions de financement, de libertés publiques et de protection des travailleurs, tandis qu’il prépare une éventuelle candidature en 2027.

Dominique de Villepin expose des pistes sur la rénovation des lycées, le maintien de l’ordre et la fixation des salaires, sans détailler encore toutes leurs modalités. Il affirme avoir obtenu plus de 300 parrainages d’élus, mais devra en réunir 500 pour être candidat à la présidentielle de 2027.
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Comment se faire entendre quand la contestation débouche sur des violences et des interdictions de manifester ? Dominique de Villepin défend le dialogue, mais ses propositions posent aussi une question concrète : qui décide, et avec quelles garanties ?
Le 22 octobre 2026, l’ancien Premier ministre a précisé ses positions sur les lycéens, le maintien de l’ordre et les salaires. À l’approche de la présidentielle de 2027, il cherche à incarner une « quatrième force ». Sa candidature reste toutefois suspendue à une décision annoncée pour les prochaines semaines.
Lycées : écouter les élèves, mais financer quoi ?
Dominique de Villepin appelle Emmanuel Macron à faire un geste envers les lycéens. Le président doit recevoir plusieurs de leurs organisations le vendredi 23 octobre. Pour l’ancien chef du gouvernement, reconnaître leurs difficultés constitue un préalable à toute sortie de crise.
Il avance notamment un plan État-Régions pour rénover les établissements les plus dégradés. Cette proposition touche directement aux conditions d’apprentissage. Cependant, elle suppose de déterminer les financements, les priorités et le calendrier des travaux.
Les régions ont déjà la responsabilité de construire, rénover et entretenir les lycées. Un engagement national devrait donc s’articuler avec leurs investissements. Pour les élèves des bâtiments les plus dégradés, l’enjeu serait surtout de savoir quels établissements bénéficieraient des premiers crédits.
Autre chantier : Parcoursup. Dominique de Villepin réclame une remise à plat de la plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur, jusqu’à sa suppression « dans l’état actuel ». Mais il ne précise pas ici le système de remplacement. Pour les familles, cette question compte autant que la critique : comment répartir les places et garantir des règles compréhensibles ?
Manifestations : protéger sans fermer la rue
Après les violences du 17 octobre, plusieurs préfectures ont interdit les manifestations du samedi 24 octobre. Ces décisions concernent notamment les Bouches-du-Rhône, Nice, Angoulême et Saint-Étienne. Dominique de Villepin conteste la multiplication de ces interdictions.
Son raisonnement repose sur un risque : empêcher les cortèges déclarés pourrait favoriser des rassemblements dispersés, plus difficiles à encadrer. Il préfère donc des manifestations organisées. Il demande également des règles de dispersion plus claires et l’arrêt des nasses en début de défilé, ces encerclements policiers qui limitent les déplacements.
Les intérêts ne se superposent pas. Les manifestants veulent pouvoir exprimer leurs revendications. Les riverains et commerçants attendent une protection contre les dégradations. Les autorités doivent, elles, apprécier les risques et les moyens policiers disponibles.
Le droit impose précisément cet arbitrage. Dans une décision du 20 juin 2026 sur l’interdiction d’une manifestation, le Conseil d’État rappelle que celle-ci ne peut intervenir qu’en dernier recours. Elle doit être adaptée, nécessaire et proportionnée. Il admet néanmoins une interdiction lorsque des risques suffisamment établis la justifient.
Dominique de Villepin refuse par ailleurs le parallèle avec les émeutes de 2005. Son gouvernement avait alors instauré l’état d’urgence, un régime donnant des pouvoirs exceptionnels aux autorités. Le RN et Bruno Retailleau réclament aujourd’hui cette mesure après les violences. Lui estime les situations différentes et privilégie l’encadrement des cortèges.
Smic : derrière le dialogue, la question du rapport de force
Sur les salaires, l’ancien Premier ministre veut transférer davantage de décisions aux partenaires sociaux, c’est-à-dire aux représentants des salariés et des employeurs. Il juge dépassée la fixation du Smic par l’État et évoque une négociation à l’échelle des entreprises, tout en affirmant vouloir conserver un salaire minimum.
Cette proposition reste à clarifier. Veut-il un plancher national négocié entre syndicats et patronat, ou des minima différents selon les entreprises ? Les conséquences ne seraient pas les mêmes pour les salariés comme pour les employeurs.
Aujourd’hui, le système combine plusieurs niveaux. Le Smic constitue un minimum national, auquel s’ajoutent les garanties des conventions collectives. Les négociations peuvent améliorer ces protections, mais elles ne permettent pas de payer un salarié sous le minimum légal applicable.
L’enjeu concerne une population importante : selon la Dares, 2,1 millions de salariés ont bénéficié de la revalorisation du Smic au 1er janvier 2026. Ce chiffre porte sur le privé non agricole, hors Mayotte, apprentis, stagiaires et intérimaires.
La négociation locale laisserait davantage de place à la situation économique des entreprises. En revanche, elle soulève une difficulté : tous les salariés ne disposent pas du même rapport de force. La question serait particulièrement sensible dans les petites structures ou sans représentation syndicale.
La CGT défend une articulation entre négociation d’entreprise, garanties de branche et Smic. Cette approche ne rejette pas le dialogue local. Elle maintient toutefois des protections communes, plutôt que de faire dépendre le minimum salarial du seul équilibre interne à chaque entreprise.
Une candidature encore à transformer en réalité
Politiquement, Dominique de Villepin cherche à se distinguer du pouvoir comme du rapprochement qu’il dénonce entre une partie de la droite et le RN. Il juge l’idéologie de ce dernier dangereuse pour la République. Ces appréciations dessinent son positionnement ; elles ne constituent pas un programme complet.
Son propre bilan reste aussi dans le débat. Interrogé sur la mobilisation contre le contrat première embauche en 2006, il rappelle avoir renoncé au dispositif. Il reconnaît également des erreurs durant son passage à Matignon. Cette référence éclaire sa posture actuelle : défendre l’écoute après avoir lui-même affronté une contestation massive.
Il affirme enfin avoir dépassé les 300 signatures d’élus. Ce décompte annoncé ne vaut pas validation officielle. Les règles de candidature à la présidentielle exigent 500 parrainages provenant d’au moins 30 départements ou collectivités, avec au maximum 50 pour un même territoire.
Deux échéances immédiates permettront de mesurer la portée de son discours : la rencontre présidentielle avec les lycéens le 23 octobre, puis la journée du 24 octobre. Ensuite, Dominique de Villepin devra préciser ses propositions salariales et annoncer s’il entre effectivement dans la course présidentielle.



