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ANALYSES & OPINIONS Le président sous pression

Face à la colère sociale, Emmanuel Macron tente de reprendre la main, mais son discours convainc de moins en moins les Français

Alors que la hausse des carburants nourrit l’inquiétude, Emmanuel Macron multiplie les prises de parole sur les crises internationales. Son impopularité et la fragilité politique du gouvernement limitent toutefois sa capacité à apaiser la contestation.

Station-service en périphérie, pompes usées au premier plan et voitures de passage sous une lumière d’hiver rasante.
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En bref

Emmanuel Macron veut expliquer aux Français les effets de la guerre en Ukraine et des tensions au Moyen-Orient sur les prix de l’énergie. Les aides annoncées par le gouvernement ciblent plusieurs professions, mais l’impopularité du président et les tensions budgétaires rendent improbable un apaisement durable de la colère sociale.

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Quand le prix du carburant grimpe, les explications géopolitiques semblent parfois bien lointaines. Pour les automobilistes, les infirmières libérales, les pêcheurs ou les salariés qui prennent leur voiture chaque jour, la question est plus directe : Emmanuel Macron peut-il encore calmer la colère sociale en parlant aux Français ?

Un président rattrapé par les crises internationales

Emmanuel Macron doit s’exprimer à la télévision jeudi 24 septembre 2026. Cette interview intervient moins d’une semaine après sa conférence de presse du 18 septembre, organisée à l’issue d’une réunion avec les chefs des partis représentés au Parlement.

Le chef de l’État veut expliquer les conséquences françaises d’un contexte international très tendu. La guerre en Ukraine se poursuit. Les tensions avec la Russie prennent aussi une dimension économique. Au Moyen-Orient, la situation perturbe les marchés de l’énergie et renchérit les approvisionnements.

Lors de sa réunion du 18 septembre, le président a notamment évoqué la forte hausse des carburants. Il a aussi défendu les démarches engagées par la France pour sécuriser ses importations d’énergie et diversifier ses fournisseurs. La déclaration présidentielle sur la situation internationale et les prix de l’énergie détaille cette stratégie.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a, de son côté, annoncé plusieurs mesures d’urgence. Elles concernent notamment les grands rouleurs, les pêcheurs et les infirmières libérales. L’objectif est de limiter le choc pour les professions qui dépendent fortement de leur véhicule ou de leur consommation de carburant.

Pourquoi reprendre la parole maintenant ?

Dans l’entourage présidentiel, cette intervention est présentée comme une obligation institutionnelle. Emmanuel Macron est chef de l’État, chef des armées et responsable de la politique étrangère. Ses proches estiment donc logique qu’il rende compte des négociations internationales et de leurs effets sur la vie quotidienne.

Cette justification bénéficie d’un argument simple : les crises extérieures produisent désormais des effets visibles en France. Une tension sur les routes maritimes peut modifier le prix du pétrole. Une décision militaire peut perturber les échanges commerciaux. Une rupture d’approvisionnement peut toucher les entreprises comme les ménages.

Le président cherche aussi à reprendre la maîtrise du récit. Il veut montrer que la hausse des carburants ne résulte pas uniquement d’une décision nationale. Son raisonnement est le suivant : une mobilisation sociale peut exprimer une souffrance, mais elle ne permet pas toujours de régler un problème provoqué par un choc extérieur.

Cette ligne a cependant une limite. Les Français ne jugent pas seulement l’origine d’une crise. Ils évaluent surtout la réponse apportée par le pouvoir. Une mesure ciblée peut aider les professions les plus exposées. Elle ne compense pas forcément la hausse répétée des dépenses de transport, de chauffage ou d’alimentation.

Une parole présidentielle qui convainc moins

Le principal obstacle est politique. Emmanuel Macron dispose encore d’une forte visibilité institutionnelle. En revanche, sa capacité à convaincre l’opinion apparaît très réduite.

Le baromètre Ipsos publié en septembre 2026 attribue au président 16 % d’opinions favorables. Il s’agit de son plus bas niveau dans cette enquête, en recul de cinq points par rapport à juillet. Les résultats détaillés du baromètre politique Ipsos de septembre 2026 montrent aussi une progression du mécontentement à l’approche de la présidentielle de 2027.

Pour les soutiens du chef de l’État, ce niveau de popularité ne supprime pas sa responsabilité. Un président peut être contesté et devoir néanmoins expliquer les décisions prises au nom de la France. Cette position est défendue par les responsables macronistes et par certains politologues.

Pour ses adversaires, le problème est différent. Ils considèrent que la parole présidentielle ne peut plus être séparée du bilan national du quinquennat. Dans cette lecture, invoquer les crises internationales ne suffit pas à répondre aux critiques sur le pouvoir d’achat, les finances publiques ou les choix économiques.

La différence est importante. Les premiers voient dans l’intervention un exercice de responsabilité. Les seconds y voient une tentative de reprendre la main dans une séquence politique qui échappe largement à l’Élysée.

Des oppositions critiques, mais pas totalement alignées

La France insoumise accuse Emmanuel Macron de vouloir imposer son calendrier autour des questions internationales. Le mouvement conteste surtout l’absence de réponses jugées suffisantes sur les prix et les revenus. Pour ses élus, la politique étrangère ne doit pas servir à repousser le débat sur les difficultés concrètes des ménages.

Le Rassemblement national critique lui aussi le président, mais son positionnement international évolue. Le parti a récemment condamné plus fermement certaines actions russes contre des intérêts français. Cette convergence ponctuelle avec la position de l’Élysée ne signifie pas un rapprochement politique sur la gestion intérieure.

Les partis de gouvernement adoptent une attitude plus nuancée. Ils reconnaissent la gravité du contexte international et l’utilité d’une information régulière. Toutefois, certains responsables socialistes redoutent que le président ne se transforme à nouveau en acteur central de la politique nationale. Cette présence pourrait, selon eux, nourrir la colère au lieu de l’apaiser.

Le risque concerne aussi la fonction présidentielle. À quelques mois de la fin de son mandat, Emmanuel Macron ne peut pas se représenter immédiatement. Pourtant, chacune de ses interventions peut être interprétée comme une tentative d’influencer la future campagne. Cette ambiguïté affaiblit le message institutionnel qu’il souhaite porter.

Les automobilistes ne vivent pas tous la crise de la même façon

La hausse des carburants frappe d’abord les personnes qui ne peuvent pas réduire leurs déplacements. Dans les zones rurales et périurbaines, l’absence de transports collectifs rend la voiture indispensable. Les salariés modestes disposent souvent de moins de marges pour absorber une dépense supplémentaire.

Les grandes entreprises peuvent parfois négocier leurs achats, adapter leurs tournées ou accélérer leur transition énergétique. Les travailleurs indépendants et les petites structures ont moins de solutions. Pour eux, une hausse durable peut réduire directement le revenu disponible.

Les mesures annoncées par le gouvernement peuvent donc produire des effets différents selon les catégories. Une aide ciblée soutient rapidement certains métiers. Elle laisse toutefois de côté les ménages qui subissent la hausse sans entrer dans les critères prévus. Cette différence alimente le sentiment d’injustice.

Le budget sera le prochain test politique

L’interview présidentielle ne suffira pas à déterminer l’issue de la crise. Le prochain rendez-vous décisif sera budgétaire, au début du mois d’octobre. Le gouvernement devra défendre ses choix devant une Assemblée nationale fragmentée.

Le Rassemblement national a laissé entendre qu’il pourrait ne pas censurer immédiatement l’exécutif. Mais cette position dépendra de l’évolution des prix et du contenu du budget. Si le carburant continuait de progresser fortement, la pression sur les députés deviendrait plus difficile à contenir.

Le pouvoir devra donc surveiller trois éléments : l’évolution des prix à la pompe, la mobilisation sociale et le vote budgétaire. Emmanuel Macron peut encore expliquer les crises. Il lui sera plus difficile de convaincre que les réponses proposées changent réellement le quotidien.

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