Face à la vie chère, protéger les commerces sans reléguer les revendications sociales au second plan dans le débat public
À l’approche des mobilisations des 24 octobre et 5 novembre, Olivier Faure demande au gouvernement de répondre à la crise sociale autrement que par la sécurité. La protection des commerces et la prise en compte du pouvoir d’achat restent deux enjeux à concilier.

À la veille d’une nouvelle mobilisation contre la vie chère, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure demande au gouvernement de ne pas limiter sa réponse au maintien de l’ordre. Les violences du 17 octobre ravivent le débat sur la protection des commerces, tandis que les prix et les écarts de pouvoir d’achat maintiennent les revendications sociales au premier plan.
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Comment faire entendre une colère contre la vie chère sans que les violences occupent tout le débat ? À l’approche de la mobilisation du samedi 24 octobre, cette question concerne autant les manifestants que les commerçants et les riverains.
Après les violences survenues en marge des manifestations du 17 octobre, Olivier Faure réclame une réponse politique. Le premier secrétaire du Parti socialiste conteste une gestion centrée sur la sécurité. Mais son intervention soulève aussi une question concrète : comment protéger les personnes et les commerces tout en répondant aux difficultés qui poussent à manifester ?
Deux urgences qui ne se remplacent pas
Le calendrier social comporte deux prochaines étapes : une deuxième journée de mobilisation contre la vie chère, samedi 24 octobre, puis une grève générale annoncée pour le 5 novembre. Entre ces échéances, le gouvernement doit prévenir de nouvelles violences. Les participants attendent, eux, que leurs revendications restent au centre des discussions.
Jeudi 22 octobre, Olivier Faure résume sa critique : « On ne peut pas traiter uniquement un sujet de manière sécuritaire quand c’est un sujet d’abord politique. » Il ne demande donc pas l’absence de policiers. Il oppose un dispositif « adapté » à un dispositif « massif ».
La distinction porte sur la stratégie. Déployer des forces permet de protéger des lieux, d’intervenir contre des violences et de sécuriser les déplacements. En revanche, cette présence ne répond pas, à elle seule, aux difficultés de pouvoir d’achat. Inversement, engager une discussion sociale ne dispense pas les autorités de protéger les personnes exposées aux dégradations.
Ces deux impératifs bénéficient parfois aux mêmes citoyens. Un salarié peut soutenir la mobilisation tout en redoutant des affrontements. Un commerçant peut partager les inquiétudes sur les prix et craindre pour son activité. Réduire le débat à deux camps étanches ferait disparaître cette réalité.
La vie chère ne frappe pas tous les budgets de la même façon
Pour comprendre la mobilisation, il faut distinguer le ralentissement de l’inflation et la baisse des prix. Une inflation moins forte signifie que les prix augmentent moins vite, pas qu’ils retrouvent leur niveau antérieur. Le budget quotidien peut donc rester sous pression après un ralentissement des hausses.
Le précédent de 2023 et 2024 l’illustre. Selon le bilan de l’Insee sur les prix à la consommation en 2024, les prix alimentaires ont augmenté de 1,4 % en 2024, après 11,8 % en 2023. La hausse ralentit nettement, mais elle s’ajoute à celle de l’année précédente.
Surtout, les revenus ne compensent pas ces dépenses de manière uniforme. Une étude de l’Insee sur les effets sociaux de l’inflation en 2023 montre un écart majeur. Pour les 20 % les plus modestes, la progression du niveau de vie couvre seulement la moitié du surcoût lié à l’inflation. Pour les 20 % les plus aisés, elle en couvre plus que la totalité.
Ces données historiques ne mesurent pas la situation de chaque manifestant. Elles éclairent cependant un mécanisme central : une moyenne nationale peut masquer des pertes très différentes. Les dépenses indispensables limitent les arbitrages des ménages modestes. Renoncer à un achat de loisir ne pose pas les mêmes difficultés que réduire ses dépenses alimentaires.
Une réponse politique suppose donc de préciser les bénéficiaires des mesures envisagées et leur financement. Soutenir les revenus, agir sur certaines dépenses ou négocier les rémunérations ne mobilise ni les mêmes acteurs ni les mêmes moyens. Dans les propos rapportés, Olivier Faure réclame une réponse, sans détailler de programme chiffré.
Le maintien de l’ordre : protéger sans effacer les revendications
Olivier Faure estime que les violences relèguent les demandes sociales au second plan. Il dénonce une « dérive sécuritaire » et souhaite que la prochaine mobilisation se déroule dans le calme. Cette qualification exprime son jugement politique ; elle ne constitue pas, à elle seule, un constat indépendant sur le dispositif annoncé.
La question des méthodes dépasse néanmoins cet affrontement partisan. Une étude publiée par le Défenseur des droits sur la désescalade examine les pratiques françaises et européennes de gestion des manifestations. La désescalade vise à réduire les tensions plutôt qu’à laisser l’affrontement déterminer toute l’intervention.
Cette approche ne signifie pas renoncer à intervenir contre les violences. Elle invite à examiner les choix opérationnels, et pas seulement le nombre d’agents. Pour les manifestants pacifiques, l’enjeu concerne la possibilité de participer sans subir les conséquences des actes d’autres personnes. Pour les policiers, il concerne aussi les conditions d’intervention et leur sécurité.
Une autre limite mérite attention : toute perturbation n’équivaut pas à une violence. Dans une analyse consacrée à la liberté de manifester en mars 2025, la Défenseure des droits rappelle que les autorités doivent tolérer la gêne ordinaire liée à une manifestation. Elle distingue ainsi une entrave à la circulation d’un risque établi de trouble à l’ordre public.
Une critique politique à confronter aux attentes de protection
En défendant les revendications sociales, Olivier Faure cherche à leur conserver une place dans le débat public. Son positionnement permet aussi au PS de contester la stratégie gouvernementale. Il faut toutefois distinguer cette intervention partisane de la diversité des attentes des participants : elle ne vaut pas mandat de l’ensemble du mouvement.
En contrepoint, la protection des commerces et des riverains constitue une attente concrète, pas seulement un argument d’autorité. Une interruption d’activité ou une dégradation peut fragiliser particulièrement un petit établissement. Cela ne retire rien à la légitimité des revendications sociales, mais interdit de traiter la sécurité comme une préoccupation secondaire.
Le désaccord porte finalement sur l’articulation des réponses. Olivier Faure considère qu’une issue politique peut contribuer à prévenir les violences. Cette proposition ne garantit cependant pas que tous les auteurs de dégradations renonceraient à agir après des annonces sociales. Les deux problèmes se croisent sans se confondre.
Le 24 octobre constituera le prochain test : déroulement des cortèges, protection effective des personnes et place accordée aux revendications. D’ici à la grève annoncée du 5 novembre, l’autre point à surveiller sera le contenu d’éventuelles discussions : leurs interlocuteurs, leurs propositions et leur calendrier.



