Procès Rachida Dati : une décision judiciaire qui peut bouleverser son mandat et son retour dans la magistrature
Le parquet requiert quatre ans de prison, une lourde amende et cinq ans d’inéligibilité contre Rachida Dati. Le tribunal rendra sa décision le 21 janvier 2027.

Le Parquet national financier réclame quatre ans de prison, dont deux aménageables, ainsi que 450 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité contre Rachida Dati. Le jugement déterminera aussi si elle pourra conserver son mandat de maire du 7e arrondissement et poursuivre son retour dans la magistrature.
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Que risque concrètement Rachida Dati après les réquisitions du parquet ? Pour l’ancienne garde des Sceaux, l’enjeu dépasse une éventuelle peine de prison : son mandat local, son retour dans la magistrature et son activité d’avocate pourraient aussi être concernés.
Un procès centré sur 900 000 euros d’honoraires
Le tribunal correctionnel de Paris a examiné, du 16 au 28 septembre 2026, les liens entre Rachida Dati et Carlos Ghosn, l’ancien dirigeant de Renault-Nissan jugé en son absence. Le dossier porte sur un contrat d’avocat conclu en 2009 et sur environ 900 000 euros versés à Rachida Dati entre 2010 et 2012.
À cette période, Rachida Dati était députée européenne. L’accusation estime que ces rémunérations ne correspondaient pas seulement à des prestations juridiques. Elle soupçonne un dispositif destiné à financer une activité d’influence auprès du Parlement européen, au bénéfice de Renault-Nissan.
Rachida Dati conteste cette lecture. Sa défense soutient que les sommes rémunéraient un véritable travail d’avocate et qu’aucune intervention illégale n’a été réalisée pour le constructeur automobile. La question centrale du procès est donc concrète : s’agissait-il d’honoraires professionnels ou d’une rémunération dissimulant un pacte de corruption ?
Les juges doivent aussi examiner les qualifications retenues contre elle : corruption passive, trafic d’influence passif, recel d’abus de pouvoir et recel d’abus de confiance. Ces infractions concernent des comportements supposés commis alors qu’elle détenait un mandat électif au Parlement européen.
Le parquet demande une peine qui pourrait bouleverser sa vie publique
Le 28 septembre, dernier jour des débats, le Parquet national financier a requis quatre ans d’emprisonnement contre Rachida Dati, dont deux ans ferme aménageables sous bracelet électronique. Un aménagement de peine permet d’exécuter une peine en dehors de la prison, sous certaines contraintes fixées par la justice.
Le parquet a également demandé 450 000 euros d’amende, soit le maximum encouru au moment des faits selon les réquisitions rapportées à l’audience. Il a réclamé la confiscation de 900 000 euros, présentés comme le produit des infractions reprochées.
Les conséquences politiques pourraient être immédiates si le tribunal suivait ces demandes. Le parquet a requis cinq ans d’inéligibilité, ainsi qu’une interdiction d’exercer une fonction publique et la profession d’avocate. Ces peines complémentaires seraient assorties de l’exécution provisoire : elles s’appliqueraient sans attendre l’issue d’un éventuel appel.
Dans ce scénario, Rachida Dati pourrait perdre son mandat de maire du 7e arrondissement de Paris. Son retour dans la magistrature serait également compromis. Elle a récemment été réintégrée dans ce corps et attend une nouvelle affectation.
À la barre, une défense personnelle et politique
Après les réquisitions, Rachida Dati a choisi de répondre directement aux deux représentants du parquet. Elle a dénoncé leur « condescendance » et leur « mépris », tout en affirmant que leurs demandes relevaient davantage de l’humiliation que du droit.
« L’avidité, j’en suis loin Monsieur le procureur », a-t-elle déclaré. Elle a aussi rejeté les accusations d’« esprit de lucre », c’est-à-dire la recherche excessive du gain. Selon elle, l’argent gagné devait notamment lui permettre de rester indépendante de la vie politique et d’aider sa famille.
Son intervention a pris une dimension plus intime. Rachida Dati a évoqué sa fille, ses huit sœurs et le parcours de ses parents. Elle a rappelé que sa mère, qui ne savait ni lire ni écrire, suivait une chimiothérapie lorsqu’elle a prêté serment.
Elle a aussi défendu son identité professionnelle. « Vous dites que j’ai sali la robe d’avocat, la robe de magistrat », a-t-elle lancé, en rappelant que la robe portée lors de son serment était, selon ses mots, celle de Simone Veil.
Cette stratégie bénéficie d’abord à sa défense personnelle. Elle cherche à replacer le procès sur le terrain de la compétence, de la dignité et du parcours social. Mais elle répond aussi à un enjeu politique : convaincre que les poursuites ne doivent pas transformer un débat sur des actes précis en jugement global de sa personnalité.
Deux lectures opposées du même contrat
Pour l’accusation, le contrat d’honoraires aurait servi d’« habillage contractuel ». Le parquet considère que les paiements étaient liés à une mission d’influence au Parlement européen. Il reproche à Rachida Dati d’avoir tiré profit de son mandat public pour obtenir une rémunération privée particulièrement élevée.
La défense présente une situation inverse. Elle affirme que Rachida Dati a travaillé pour Renault-Nissan sur des questions juridiques réelles et qu’aucune preuve ne démontre une intervention auprès d’autres parlementaires européens. Ses avocats contestent donc l’existence d’un lien entre les honoraires et une quelconque action de lobbying.
Le tribunal devra départager ces deux récits à partir des contrats, des factures, des échanges et des témoignages examinés pendant les audiences. Il devra aussi apprécier l’intention de la prévenue. En matière de corruption, la présence d’un paiement ne suffit pas à elle seule : les juges doivent établir ce qu’il rémunérait et dans quel but.
L’affaire pose également une question plus large sur les incompatibilités entre activité professionnelle et mandat électif. Les élus européens peuvent exercer certaines activités privées, mais ils ne doivent pas utiliser leur fonction pour obtenir un avantage indu. La frontière entre conseil juridique, représentation d’intérêts et trafic d’influence peut alors devenir difficile à tracer.
La décision attendue le 21 janvier 2027
Rachida Dati a conclu son intervention en demandant au tribunal de « statuer en droit » et de ne pas juger sa vie, sa famille ou sa réputation. « Vos réquisitions, elles ne m’effraient pas », a-t-elle assuré, en disant croire « à la vie, au droit, à la justice, à l’État de droit ».
Ses dernières paroles n’ont pas modifié le calendrier judiciaire. Le tribunal correctionnel de Paris rendra sa décision le 21 janvier 2027 à 10 heures.
D’ici là, trois éléments seront particulièrement surveillés : la qualification finalement retenue par les juges, le montant d’une éventuelle amende ou confiscation et le sort des peines complémentaires. Le jugement dira aussi si les conséquences politiques demandées par le parquet doivent s’appliquer immédiatement ou non.



