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ANALYSES & OPINIONS Le pouvoir dans le miroir

Quand le théâtre met en scène nos présidents, il raconte aussi les choix et les contradictions des citoyens français

Avec Huit Rois, Léo Cohen-Paperman transforme les présidents de la Ve République en personnages de théâtre. La saga mêle comédie, mémoire politique et regard citoyen, sans imposer de jugement partisan.

Une scène de théâtre avec quelques chaises et accessoires, évoquant une pièce sur les présidents de la Ve République.
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En bref

La saga Huit Rois met en scène les huit présidents de la Ve République, de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron. Chaque épisode adopte un registre différent pour montrer les dirigeants dans leur intimité politique et rappeler que leurs parcours reflètent aussi les attentes, les fractures et les contradictions de la société française.

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Peut-on parler des présidents de la République sans transformer le théâtre en meeting politique ? Léo Cohen-Paperman tente le pari avec Huit Rois (nos présidents), une saga qui observe les chefs de l’État à hauteur d’homme. Rire, malaise et mémoire collective s’y mêlent pour raconter aussi la société française.

Une histoire de France racontée par ses présidents

Depuis 2019, le metteur en scène travaille sur une série consacrée aux huit présidents de la Ve République, de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron. Le projet compte six spectacles, chacun pouvant être vu séparément. Ensemble, ils composent une fresque politique et sociale.

La série ne cherche pas à résumer les quinquennats ou les septennats comme un manuel d’histoire. Elle transforme les présidents en personnages de théâtre. Le pouvoir devient alors une situation concrète : un dîner de famille, une séance de thérapie, un face-à-face ou une scène de crise.

Ce choix rejoint une idée défendue par Léo Cohen-Paperman : le théâtre doit « être au rendez-vous de l’histoire ». Mais il ne s’agit pas de reconstituer mécaniquement les événements. Il s’agit plutôt de faire apparaître les tensions d’une époque à travers des figures connues de tous.

La saga propose ainsi une forme différente pour chaque président. Valéry Giscard d’Estaing est associé au vaudeville. Nicolas Sarkozy passe par le stand-up. François Hollande prend les traits du clown. Emmanuel Macron est abordé par la science-fiction. Le style devient un outil de lecture politique.

Humaniser sans absoudre

Léo Cohen-Paperman refuse l’idée d’un spectacle militant. Son objectif n’est pas de distribuer les bons et les mauvais points. Les présidents sont placés dans des situations où ils peuvent trembler, hésiter ou perdre le contrôle.

Cette approche ne revient pas à effacer leurs responsabilités. Elle cherche plutôt à montrer les contradictions propres à l’exercice du pouvoir. Un président décide, promet, renonce et doit répondre de ses choix. Sur scène, cette mécanique devient visible à travers les corps, les silences et les débordements comiques.

Le metteur en scène veut aussi laisser le spectateur libre de son jugement. Cette liberté est importante dans une période où chaque prise de parole politique est souvent interprétée comme un soutien ou une attaque. Ici, le rire ne fournit pas automatiquement une conclusion.

La démarche est proche de celle d’un théâtre documentaire, mais sans se limiter à l’accumulation de faits. Les événements historiques servent de matière première. La fiction permet ensuite de déplacer le regard et de faire surgir une part moins officielle des présidences.

Les citoyens ne sont jamais loin de l’Élysée

Les présidents occupent le centre du récit. Pourtant, les citoyens sont présents à chaque étape. Familles, électeurs, salariés, militants et personnages ordinaires rappellent que le pouvoir présidentiel ne flotte pas au-dessus du pays.

Cette présence permet de relier les décisions nationales aux transformations de la société. Les représentations de Giscard d’Estaing, de François Mitterrand ou de Jacques Chirac renvoient à des périodes marquées par des changements économiques, sociaux et culturels. Les présidents deviennent alors les produits d’une époque autant que ses dirigeants.

Le mécanisme électoral joue un rôle central. Les citoyens élisent le président, puis peuvent le soutenir, le contester ou s’en détourner. La scène interroge donc une relation à double sens : les dirigeants influencent la société, mais ils en reflètent aussi les attentes, les peurs et les contradictions.

Cette lecture permet d’éviter un piège fréquent : expliquer toute une période par la personnalité d’un seul homme. Les présidents incarnent le pouvoir, mais ils ne contrôlent pas seuls les crises économiques, les mobilisations sociales ou les changements culturels.

Du vaudeville à la science-fiction

Le recours à la comédie sert précisément à sortir de cette personnalisation excessive. Dans un vaudeville, les rapports de force passent par les portes qui claquent et les malentendus. Dans un stand-up, ils passent par l’adresse directe au public. Dans le clown, ils apparaissent à travers la fragilité et l’échec.

Le spectacle consacré à Emmanuel Macron pousse cette logique plus loin. La Thérapie d’Emmanuel Macron, sixième épisode de la série, imagine un patient confronté à son propre parcours politique. Les représentations annoncées en 2026 et 2027 déplacent l’action dans un futur de science-fiction.

Selon les présentations du spectacle, Emmanuel Macron y apparaît âgé de 79 ans, toujours obsédé par le pouvoir et candidat à une nouvelle élection. Cette projection ne prétend pas prévoir l’avenir. Elle permet de prendre de la distance avec l’actualité immédiate et d’interroger la longévité politique, la réélection et le rapport personnel au pouvoir.

Le choix est aussi une réponse à la difficulté de représenter un président encore très présent dans la vie publique. Plus l’actualité est proche, plus le risque de caricature ou de commentaire partisan augmente. La science-fiction crée un détour. Elle transforme le présent en hypothèse théâtrale.

Un spectacle politique, mais pas un procès

Cette liberté artistique bénéficie d’abord au public. Les spectateurs qui ont vécu les différentes présidences peuvent reconnaître des situations, des discours et des habitudes politiques. Les plus jeunes peuvent, eux, entrer dans cette histoire par la fiction.

Le dispositif comporte toutefois une limite. En humanisant les présidents, le théâtre peut atténuer la dimension institutionnelle de leurs décisions. Une réforme, une dissolution ou une crise internationale ne se résume jamais à un trait de caractère. Le spectacle doit donc maintenir un équilibre entre incarnation et contexte.

La série semble chercher cet équilibre en faisant entrer les citoyens dans le récit. Les choix présidentiels sont replacés dans des rapports de force plus larges. Les gouvernants ne sont pas seuls responsables de l’époque, mais ils ne peuvent pas non plus s’en abstraire.

Cette tension explique l’intérêt du projet pour un média politique comme pour une salle de théâtre. Huit Rois ne propose pas une lecture unique des présidences. Il met en scène les conditions dans lesquelles chacun peut construire la sienne.

Une saga appelée à accompagner la prochaine présidentielle

La série est programmée à Paris, notamment au Théâtre de la Pépinière, et poursuit sa tournée dans plusieurs villes. Des représentations de Génération Mitterrand et de La Thérapie d’Emmanuel Macron sont annoncées en 2027 dans différents théâtres.

Le calendrier accompagne une nouvelle séquence présidentielle. La prochaine élection doit se tenir en 2027, mais les dates précises du premier et du second tour ne sont pas encore fixées. Le projet initial d’un cabaret consacré à la campagne pourrait donc évoluer selon le calendrier officiel et les conditions politiques du moment.

Dans les prochaines semaines et les prochains mois, il faudra suivre trois éléments : la programmation complète des épisodes, les nouvelles dates de tournée et la création effective du spectacle consacré à Emmanuel Macron. Le véritable enjeu sera alors de voir comment le théâtre représentera une présidence encore en mouvement, sans la réduire à une simple imitation.

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