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ÉCONOMIE & SOCIéTé Blocus ou reprise des cours ?

À Montreuil, les lycéens veulent peser sur le budget de l’école sans sacrifier davantage leur année scolaire

Au lycée Jean-Jaurès, le blocus vise à maintenir la pression sur le budget de l’Éducation nationale et les conditions d’apprentissage. Mais à l’approche des vacances, des élèves s’inquiètent des cours manqués et défendent d’autres formes de mobilisation.

Un portillon métallique ouvre sur la cour d’un lycée public, tandis qu’une chaîne d’élèves se tient derrière la grille.
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En bref

Au lycée Jean-Jaurès de Montreuil, des élèves bloquent l’accès pour demander plus de moyens, des bâtiments rénovés et des emplois du temps mieux conçus. À l’approche des vacances, le mouvement met aussi en lumière un désaccord sur sa stratégie : certains veulent maintenir le blocus, d’autres préserver les cours et poursuivre la contestation autrement.

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Faut-il manquer des cours pour obtenir de meilleures conditions d’apprentissage ? À Montreuil, les élèves mobilisés du lycée Jean-Jaurès affrontent ce dilemme : maintenir la pression, sans compromettre leur année scolaire.

Une mobilisation pour les moyens, mais aussi pour le quotidien

Les revendications touchent directement la vie des élèves : davantage d’enseignants, des bâtiments rénovés et des emplois du temps mieux organisés. Depuis deux semaines, les lycéens mobilisés demandent une rallonge budgétaire. Le gouvernement promet des réponses à la fin du mois.

Cette contestation s’inscrit dans un territoire où les difficultés scolaires alimentent régulièrement des mobilisations. Dès novembre 2023, une intersyndicale réclamait un plan d’urgence pour l’éducation en Seine-Saint-Denis. Il s’agit d’un précédent, distinct du mouvement lycéen actuel.

Au printemps 2024, le conflit avait également porté sur les postes et les conditions d’accueil. Dans un communiqué du 16 avril 2024, la FSU, SUD et la CGT dénonçaient l’absence de réponses chiffrées après plusieurs rencontres gouvernementales. Ces organisations défendaient les conditions de travail des personnels et les moyens d’apprentissage des élèves.

À Jean-Jaurès, le rapport de force repose aujourd’hui sur l’accès au lycée. Empêcher les cours rend la contestation visible. Mais cette méthode impose aussi un coût immédiat aux élèves, y compris à ceux qui soutiennent les revendications.

Le 12 octobre, une reprise des cours empêchée

Lundi 12 octobre, aucun élève n’est entré dans le lycée au début de la matinée. L’établissement devait rouvrir après plusieurs jours d’interruption. De nombreux jeunes ont rejoint le blocage dès 8 heures, à la veille d’une nouvelle journée nationale de mobilisation.

Marius, élève de première, explique cette affluence par la reprise annoncée. Les élèves qui devaient avoir cours sont venus. Certains ont alors participé au blocage. Il a également appelé Ulysse, un ami scolarisé à Vincennes, pour renforcer la présence devant l’établissement.

Les participants ont formé une chaîne humaine pour empêcher le passage après le retrait de poubelles. Des policiers ont tenté d’ouvrir un accès, mais les lycéens ont fait barrage avec leur corps. Côté collège, le portillon a toutefois ouvert.

Vers 10 heures, des poubelles utilisées pour le blocus ont pris feu. Les pompiers ont rapidement éteint l’incendie. Les lycéens interrogés affirment que les auteurs n’étaient pas des élèves de Jean-Jaurès. Cette attribution reste leur témoignage, pas un fait établi.

À l’échelle nationale, le ministère a fait état d’« au moins huit personnels » de l’Éducation nationale blessés lundi matin. Ce bilan concerne la mobilisation nationale : il ne constitue pas un bilan propre à Jean-Jaurès.

Un budget supplémentaire ne produit pas partout les mêmes effets

La demande de moyens pose une question concrète : où doit aller l’argent ? Recruter des enseignants, financer l’accompagnement et rénover des locaux répondent à des besoins différents. Une annonce globale ne permet donc pas, à elle seule, de mesurer les changements dans un établissement.

Les données de la DEPP sur le financement de l’éducation éclairent cette contrainte. En 2022, les salaires, charges et pensions représentaient 71,8 % de la dépense intérieure d’éducation. L’investissement en représentait 8,5 %. Ces chiffres couvrent l’ensemble du système éducatif, pas seulement les lycées.

Le financement mobilise aussi plusieurs acteurs. Pour cette même année, l’État assurait 55,7 % de la dépense et les collectivités territoriales 22,7 %. Demander des postes et demander des travaux ne revient donc pas nécessairement à solliciter les mêmes budgets.

En outre, une enveloppe nationale doit se traduire en moyens locaux. Le ministère publie des indicateurs d’encadrement par établissement, département et académie. Ils mesurent notamment les heures d’enseignement financées par élève. Leur intérêt : regarder la répartition des moyens, plutôt que le seul montant total.

Pour les lycéens, l’enjeu consiste donc à obtenir des engagements identifiables : quels recrutements, quels travaux et quel calendrier ? Pour les pouvoirs publics, il s’agit de répondre aux besoins locaux tout en répartissant les ressources entre établissements.

Continuer le mouvement, sans perdre davantage de cours

La détermination reste forte chez certains participants. Lola se lève chaque jour à 5 heures pour rejoindre le blocage dès 6 h 45. « S’il faut ça pour avoir des droits et être respectés à l’école, il faut le faire », explique-t-elle.

Mais soutenir les revendications ne signifie pas approuver indéfiniment la même méthode. Camille, également en première, souhaite reprendre les cours. Elle s’inquiète de la préparation du baccalauréat et propose de poursuivre la mobilisation autrement, afin de limiter les heures perdues.

Sa position révèle une tension interne, plutôt qu’une opposition aux demandes. Les partisans du blocus cherchent à accroître le coût politique de l’inaction. Les élèves favorables à une autre forme de mobilisation veulent préserver leur apprentissage tout en maintenant la contestation.

Les possibilités de rattrapage posent aussi une question d’égalité. Camille prévoit de réviser pendant les vacances avec des manuels de français et de mathématiques qu’elle a achetés. Cet exemple rappelle que travailler seul suppose des ressources, du temps et une capacité d’organisation. Il ne décrit pas la situation de tous ses camarades.

Le 17 octobre, un tournant dans la stratégie

Marius fixe un objectif : tenir jusqu’au 17 octobre, avant la pause des vacances. Il évoque également une échéance budgétaire le 20 octobre pour justifier le maintien de la pression. Cette date correspond au calendrier qu’il cite, et non à une confirmation du calendrier parlementaire.

Les vacances modifieront le levier disponible : sans cours, le blocage perd son effet immédiat. Les participants envisagent donc de poursuivre par des manifestations, avec un rassemblement annoncé pour le 17 octobre. Deux éléments seront alors à surveiller : l’évolution des formes de mobilisation et le contenu précis des réponses gouvernementales promises pour la fin du mois.

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