Cours perdus au lycée : les affectations de remplaçants suffiront-elles à répondre aux besoins réels des élèves ?
Le ministre annonce l’affectation de 35 % des remplaçants disponibles et le recrutement de contractuels, tandis que les lycéens réclament un plan de 10 milliards d’euros. Le débat porte aussi sur la capacité à rétablir les cours dans la bonne discipline.

Édouard Geffray affirme que 35 % des remplaçants disponibles ont été affectés depuis vendredi et annonce le recrutement de contractuels. Les syndicats alertent sur les affectations hors discipline, qui peuvent apporter du soutien sans rétablir le cours manquant. Pour les élèves, l’enjeu est de mesurer les heures effectivement récupérées, tandis que la mobilisation réclame un plan de 10 milliards
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Quand un professeur manque, combien de temps une classe peut-elle avancer sans son cours ? Derrière la mobilisation lycéenne, une question domine : retrouver des enseignants, mais aussi les enseignements réellement prévus.
Les lycéens mobilisés réclament un plan de 10 milliards d’euros pour les lycées. Le gouvernement répond d’abord par des affectations de remplaçants et des recrutements. Deux approches différentes : une demande de moyens supplémentaires, face à une réponse immédiate centrée sur les personnels disponibles.
Des affectations annoncées, pas encore un bilan des cours rétablis
Le mardi 13 octobre, Édouard Geffray annonce sur France Inter que 35 % des professeurs remplaçants disponibles ont reçu une affectation depuis le vendredi 9 octobre. Le ministre de l’Éducation nationale avait annoncé, le jeudi 8 octobre, le déploiement de 3 000 remplaçants dans les lycées les plus en difficulté.
Il précise toutefois que son bilan porte sur 25 académies sur 30. Cette précision compte : le pourcentage décrit l’avancement des affectations dans le périmètre examiné. Il ne mesure ni la proportion nationale des besoins couverts, ni le nombre d’heures de cours effectivement rétablies.
Selon le ministre, ces enseignants attendaient une affectation. Il explique l’accélération par de nouveaux outils informatiques, livrés fin septembre et encore en déploiement. Leur objectif : mieux faire correspondre les remplaçants disponibles aux besoins des établissements. Il affirme que ce travail a commencé un an auparavant.
En parallèle, le ministère prévoit de recruter près d’un millier de contractuels, des enseignants employés sous contrat. Une centaine de recrutements auraient déjà abouti depuis le 9 octobre, indique Édouard Geffray. Ce second volet doit augmenter les capacités de remplacement, au-delà du redéploiement des personnels existants.
Le ministre défend ainsi un ordre de priorité budgétaire : utiliser les remplaçants déjà rémunérés, tout en recrutant lorsque cela reste nécessaire. Pour les élèves, cependant, le critère décisif sera moins le nombre d’affectations que la reprise durable des cours manquants.
Un problème ancien, qui dépasse la gestion des urgences
Les données publiques donnent la mesure du problème. En 2024-2025, les collèges et lycées publics ont perdu 9,8 % de leurs heures d’enseignement. Le non-remplacement des enseignants représente 7,5 % des heures prévues ; les fermetures totales d’établissement expliquent les 2,3 % restants. Ces chiffres couvrent la France hors Mayotte.
Il faut donc distinguer les causes. Une fermeture liée à l’organisation des examens ne relève pas du même mécanisme qu’une absence sans remplaçant. La note de la DEPP sur les heures d’enseignement non assurées chiffre à 15,4 millions les heures perdues pour non-remplacement en 2024-2025.
L’organisation partage les responsabilités. Pour une absence de moins de quinze jours, l’établissement organise le remplacement de courte durée. À partir de quinze jours, les services académiques prennent le relais. Ils mobilisent notamment les titulaires sur zone de remplacement, ou TZR, ainsi que des contractuels.
Depuis la rentrée 2023, le Pacte enseignant finance aussi des missions supplémentaires pour les professeurs volontaires. Le ministère prévoit notamment 1 250 euros bruts pour un engagement de dix-huit heures de remplacement. Ce dispositif rémunère une charge supplémentaire ; il ne crée pas, à lui seul, de nouveaux enseignants disponibles.
Autre distinction essentielle : un remplaçant sans affectation ne reste pas nécessairement sans activité. Le cadre ministériel du remplacement des enseignants prévoit des missions pédagogiques dans son établissement de rattachement, comme le soutien ou le tutorat. Le déplacer suppose donc aussi de réorganiser cet appui.
La discipline enseignée reste le point de friction
La réponse gouvernementale rencontre une objection concrète : un enseignant disponible ne correspond pas forcément au cours manquant. La discipline et la zone d’intervention limitent les possibilités d’affectation. Le SNES-FSU signale précisément des affectations hors discipline ou hors zone dans les premiers retours de personnels.
Le lundi 12 octobre, sur France 2, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, a jugé l’annonce ministérielle « très ambitieuse » et « assez déconnectée des réalités du terrain ». Elle évoque des enseignants sollicités pour intervenir dans une autre discipline que la leur.
Selon son récit, le ministère envisage alors des activités de soutien plutôt qu’un remplacement dans la matière concernée. Son objection porte sur le résultat pédagogique : « l’heure de cours restera perdue ». Un élève peut donc bénéficier d’un accompagnement sans retrouver l’enseignement inscrit à son emploi du temps.
Dans sa position sur le plan de remplacement dans les lycées, le syndicat rapporte que le ministre s’est engagé à respecter les règles d’affectation existantes. Il maintient néanmoins sa critique sur l’écart entre les profils disponibles et les besoins.
Les intérêts ne se confondent pas. Le gouvernement cherche à rétablir les cours rapidement en maîtrisant la dépense. Le syndicat défend les qualifications et les conditions d’exercice des enseignants. Les lycéens, eux, demandent des moyens plus larges. Une affectation peut servir ces trois objectifs, mais seulement si elle répond au besoin réel.
Des effets très différents selon les établissements
La moyenne nationale masque des écarts importants. Selon la DEPP, les 10 % d’établissements les plus touchés perdent plus de 15 % de leurs heures. À l’autre extrémité, les 10 % les moins concernés en perdent moins de 5 %. Prioriser les lycées les plus en difficulté répond donc à une inégalité mesurable.
Les établissements accueillant les élèves les plus défavorisés perdent aussi davantage d’heures pour non-remplacement : 8 %, contre 7 % dans les établissements plus favorisés. Ces données concernent l’ensemble du second degré public, pas uniquement les lycées mobilisés. Elles montrent néanmoins pourquoi une réponse uniforme ne suffit pas.
Enfin, Édouard Geffray annonce 86 000 contributions à la plateforme de consultation lycéenne. Ce volume indique une participation importante, mais ne renseigne pas, à lui seul, sur le nombre de participants distincts ni sur les demandes prioritaires. Le ministre estime également qu’environ 200 établissements devraient fermer le 13 octobre, en recul selon lui.
Dans les prochains jours, trois résultats permettront d’apprécier la réponse : le bilan des cinq académies restantes, l’avancement des recrutements et les cours effectivement rétablis dans leur discipline. La suite donnée à la consultation montrera aussi si le gouvernement répond au-delà de l’urgence du remplacement.



