À Saint-Gaudens, la nationalisation temporaire peut-elle sauver 270 emplois et préserver la filière bois française ?
La Région Occitanie demande à l’État d’entrer temporairement au capital de Fibre Excellence. Elle veut sécuriser 15 millions d’euros et gagner du temps pour finaliser la reprise de l’usine de Saint-Gaudens.

La Région Occitanie demande une entrée provisoire de l’État au capital de Fibre Excellence, menacée de fermeture à Saint-Gaudens. Elle prévoit 13 millions d’euros et réclame 15 millions supplémentaires pour relancer l’usine, diversifier son activité et trouver un industriel privé dans les mois à venir.
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Que se passerait-il si la dernière grande usine française de pâte à papier fermait ses portes ? À Saint-Gaudens, la réponse ne concerne pas seulement 270 salariés. Elle touche aussi les sous-traitants, les fournisseurs de bois et tout un bassin d’emploi du Comminges.
Une usine au bord de la fermeture
Le site de Fibre Excellence, en Haute-Garonne, est à l’arrêt depuis avril 2026. L’entreprise a d’abord été placée en redressement judiciaire, une procédure qui doit permettre à une société en difficulté de poursuivre son activité et de préparer un plan de reprise.
Le tribunal de commerce de Toulouse a ensuite prononcé la liquidation judiciaire de Fibre Excellence Saint-Gaudens le 30 juillet. Il a toutefois autorisé la poursuite de l’activité jusqu’au 15 septembre et fixé au 8 septembre l’examen des offres de reprise.
Cette échéance est décisive. Sans projet suffisamment solide, le tribunal pourrait mettre fin à la période de recherche d’un repreneur. La liquidation ne signifie donc pas encore la fermeture immédiate du site. Elle place cependant l’usine sous une pression financière et juridique maximale.
Le groupe possédait également une usine à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. Celle-ci a été liquidée fin juillet. Saint-Gaudens reste ainsi le dernier site français de grande capacité consacré à la production de pâte à papier.
La Région veut gagner quelques mois
Le 24 août, la Région Occitanie a déposé une offre de reprise par l’intermédiaire de l’Agence régionale des investissements stratégiques, l’ARIS. Le projet prévoit le redémarrage de l’usine et une diversification de ses activités.
Le coût total annoncé atteint 91 millions d’euros. Parmi cette somme, 31 millions serviraient à relancer la production. Les 60 millions restants financeraient la diversification industrielle du site.
La Région prévoit déjà d’apporter environ 13 millions d’euros. Carole Delga demande désormais à l’État de compléter ce financement avec 15 millions d’euros.
Cette contribution se répartirait entre 5 millions d’euros au capital et 10 millions d’euros de trésorerie. La trésorerie correspond à l’argent immédiatement disponible pour payer les dépenses courantes, les salaires, les approvisionnements et les investissements urgents.
La présidente de Région réclame surtout du temps. Elle estime qu’il faudrait trois à quatre mois supplémentaires pour finaliser l’arrivée d’un industriel. Des contacts auraient été établis avec des investisseurs étrangers, notamment dans la péninsule Ibérique et en Europe du Nord.
Le projet associe aussi le groupe alsacien Soprema, spécialisé dans les matériaux d’étanchéité, ainsi qu’un opérateur étranger intéressé par l’activité papetière. La présence de ces partenaires reste toutefois à transformer en engagement industriel et financier définitif.
Que signifie une nationalisation temporaire ?
La demande de Carole Delga ne vise pas à maintenir durablement l’État propriétaire de l’usine. Elle consiste à faire entrer provisoirement les pouvoirs publics au capital, aux côtés de la Région.
Dans ce scénario, l’État et la Région deviendraient des actionnaires temporaires. Ils sécuriseraient le financement du redémarrage, puis céderaient leur participation lorsqu’un industriel privé serait prêt à reprendre le site.
Le mécanisme permettrait donc de faire le lien entre deux moments. D’un côté, la décision rapide du tribunal. De l’autre, une négociation industrielle qui demande davantage de temps.
La difficulté tient au calendrier judiciaire. Le tribunal doit apprécier la solidité immédiate d’une offre. Il ne peut pas simplement attendre plusieurs mois sans garantie financière, industrielle et sociale.
La demande adressée à l’État relève en outre du niveau national. Une prise de participation publique de cette nature suppose une décision du pouvoir exécutif et un montage compatible avec les règles budgétaires et européennes.
Un enjeu pour toute la filière bois
La fermeture de Saint-Gaudens aurait un effet direct sur les salariés. Elle pèserait aussi sur les transporteurs, les entreprises de maintenance, les fournisseurs et les exploitants forestiers qui dépendent de l’usine.
La filière bois fonctionne par interdépendances. Une usine papetière achète du bois, mobilise des transports et fait travailler des prestataires industriels. Lorsque le débouché disparaît, les conséquences se diffusent bien au-delà du site principal.
La Région évalue le préjudice d’une fermeture à 55 millions d’euros. Ce montant inclurait le coût social et les pertes pour la filière. Il s’agit d’une estimation politique et économique destinée à mesurer le risque collectif, et non d’une facture déjà établie.
Le dossier pose également une question de souveraineté industrielle. La pâte à papier sert notamment à fabriquer des emballages, du papier, des produits d’hygiène et certains dispositifs liés à la santé.
La France importe déjà une grande partie de cette matière première. La disparition du dernier grand producteur national renforcerait donc la dépendance aux fournisseurs étrangers et aux fluctuations du marché mondial.
Les arguments favorables et les objections
Pour la Région, l’intervention publique peut éviter une fermeture précipitée. Elle donnerait une chance au projet industriel de se consolider et préserverait des emplois dans un territoire où l’usine joue un rôle central.
Les organisations syndicales défendent également l’idée d’un maintien de l’activité. La CGT a notamment plaidé pour une intervention publique, en insistant sur les emplois, la filière bois et la nécessité de conserver une capacité de production en France.
Mais cette stratégie comporte aussi des risques. L’État devrait engager de l’argent public dans une entreprise dont le modèle économique doit encore être démontré. Il devrait également vérifier que la diversification annoncée peut générer des revenus suffisants et durables.
Le futur repreneur devra donc apporter plus qu’une promesse. Il devra préciser ses besoins en financement, ses débouchés commerciaux, ses volumes de production et sa capacité à remettre l’outil industriel en marche.
Le tribunal devra, lui, arbitrer entre l’urgence sociale et la crédibilité économique. Sauver temporairement le site ne suffira pas si aucun industriel ne veut ensuite en assurer la gestion sur le long terme.
Les prochaines étapes à surveiller
La Région doit encore ajuster son offre de reprise. Le dossier sera examiné par le tribunal de commerce de Toulouse lors de l’audience prévue le mardi 8 septembre 2026.
D’ici là, trois éléments seront particulièrement observés : le contenu définitif du financement régional, la réponse de l’État à la demande de participation et la confirmation d’un partenaire industriel étranger.
La commission permanente de la Région doit également se réunir avant l’audience pour formaliser les ajustements du projet. L’enjeu sera de présenter une offre assez précise pour convaincre le tribunal, tout en laissant le temps nécessaire aux négociations industrielles.
Le dossier de Saint-Gaudens se joue donc sur deux horloges. Celle de la justice commerciale impose une décision rapide. Celle de la recherche d’un repreneur réclame plusieurs mois. La nationalisation temporaire demandée par Carole Delga vise précisément à faire tenir ces deux calendriers ensemble.
Consulter la décision du tribunal de commerce de Toulouse sur Fibre Excellence
Lire les propositions syndicales pour l’avenir de Fibre Excellence Saint-Gaudens



